La police de Lausanne accusée de passages à tabac

LausanneDans un rapport destiné aux autorités, le Collectif Jean Dutoit, qui compte une centaine de migrants SDF, livre des témoignages détaillés

Le Collectif Jean Dutoit occupe depuis cet été un bâtiment désaffecté à la Blécherette.

Le Collectif Jean Dutoit occupe depuis cet été un bâtiment désaffecté à la Blécherette. Image: Florian Cella

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«Le 4 décembre 2015 vers 20 h 30, je marchais vers la place de la Riponne pour prendre le bus pour rentrer. Un monsieur s’arrête devant moi et me demande si je parle français. J’ai dit non mais que je parle anglais. Sans rien rajouter, il m’a violemment poussé en me prenant à la gorge. Plusieurs policiers en uniforme sont ensuite arrivés, dont une femme. Celle-ci m’a donné un coup dans le ventre.»

Précis, daté, situé, ce récit accable la police de Lausanne. Avec deux autres témoignages, il a été diffusé ce mercredi sur Facebook dans un rapport compilé par le Collectif Jean Dutoit, un groupe d’une centaine de migrants africains qui occupent un bâtiment désaffecté au nord de la ville.

Long d’une centaine de pages, le document aborde de nombreux sujets en lien avec la situation des migrants qui vivent dans la précarité à Lausanne. Plusieurs revendications concernent l’ouverture des frontières, le droit au travail, le droit à des logements non précaires, la fin de la répression contre les petits dealers et enfin la lutte contre les violences policières, cheval de bataille de longue date de Jean Dutoit.

Pour la première fois, les accusations du Collectif se précisent, même si les victimes ne sont pas nommées. Au nombre de trois, les témoignages relatent tous des faits qui se seraient produits à Lausanne: interpellations arbitraires, propos xénophobes, confiscation d’argent et surtout agressions. L’un des récits détaille comment une personne interpellée aurait été passée à tabac, d’abord dans une voiture de police, puis dans un lieu isolé, avant d’être emmenée à l’Hôtel de police. Selon le Collectif, l’homme a été récupéré par des ambulanciers, gisant sur le sol, nu, avant de passer trois jours au CHUV. Contacté, l’Hôpital cantonal ne donne aucune information permettant de confirmer le cas.

«Accusations graves»

«Ce sont des accusations graves qui seront examinées avec soin, réagit Pierre-Antoine Hildbrand, municipal en charge de la Sécurité à Lausanne. J’ai demandé un rapport au commandant de la police sur les pratiques hypothétiques décrites par Jean Dutoit. Je fais pleinement confiance aux instances responsables pour prendre les mesures nécessaires, mais je ne veux pas croire à la réalité de violences policières à Lausanne.»

Un représentant du Collectif précise que si aucune plainte n’a été déposée à ce jour, c’est justement que les victimes ont peur de s’adresser à la police. Une crainte que balaie Pierre-Antoine Hildbrand: «Il est aussi possible de s’adresser au Ministère public ou à d’autres corps de police que celui de Lausanne. Le système en place permet aux personnes d’être entendues sans crainte, même si elles sont elles-mêmes dans l’illégalité.»

Les dénonciations publiques du Collectif pourraient se retourner doublement contre lui: «S’il est établi que ces accusations sont fausses, les auteurs devront en assumer la responsabilité», avertit d’abord Pierre-Antoine Hildbrand. Mais un autre élément du rapport retient son attention: «Je prends aussi acte du fait que, pour la première fois à ma connaissance, le Collectif admet abriter des dealers.» Jean Dutoit précise en effet que, sur une centaine de ses membres, «seulement un certain nombre, variable, recourt ou a recouru, temporairement et pour sa survie, à la vente de stupéfiants». La police de Lausanne est d’un autre avis. Au début de cette année, le major Stéphane Dumoulin avait estimé devant le Conseil communal, que sur 200 personnes qui tiennent commerce de drogue à Lausanne, une centaine était membre du Collectif.

Pour l’heure, le souci le plus pressant de Jean Dutoit pourrait toutefois être de garder un toit. Depuis le début de l’été, il occupe un immeuble près de la Blécherette sans l’autorisation du propriétaire. Celui-ci a récemment déposé une plainte pénale alors que le Collectif espérait pouvoir rester sur la base d’un contrat de confiance.

* Rapport pour les droits et la mobilité des personnes migrantes noires africaines en Suisse et en Europe

Créé: 01.12.2017, 06h58

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