Des policiers lausannois feront face à la justice

EnquêteLe Nigérian mort suite à une interpellation musclée n’aurait pas opposé de résistance, selon l’avocat de sa famille. Six agents auraient été prévenus d’homicide par négligence.

Trois rassemblement ont déjà été organisés à Lausanne pour protester contre les circonstances de la mort de Mike, le 1er mars dernier suite à un contrôle de police.

Trois rassemblement ont déjà été organisés à Lausanne pour protester contre les circonstances de la mort de Mike, le 1er mars dernier suite à un contrôle de police. Image: Odile Meylan

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Des agents de la police de Lausanne auront affaire à la justice. Sans préciser leur nombre exact, le ministère public confirme que des policiers ont été mis en prévention pour homicide par négligence dans l’affaire du décès d’un homme suite à une opération antideal qui a viré au drame. Dans la soirée du 28 février dernier, Mike, un Nigérian de 40 ans, avait été contrôlé par un agent municipal, alerté par son «comportement suspect». Selon la police, face à son refus de coopérer, des renforts ont été appelés pour l’interpeller par la force. Il est mort le lendemain au CHUV.

Suite à ce décès, l’enquête a très vite été confiée à la division des affaires spéciales du Ministère public central vaudois, qui traite typiquement les affaires impliquant les forces de l’ordre. Selon Me Simon Ntah, l’avocat genevois engagé par la famille de la victime, pas moins de six agents ont été mis en prévention. Sébastien Fetter, le procureur en charge de cette affaire, ne corrobore pas ce chiffre. Il confirme toutefois que des policiers ont bien été entendus comme prévenus. Qu’est que cela signifie? Que le ministère public dispose de suffisamment d’éléments pour les mettre en cause.

«Il a pris des coups»

«Il n’y a absolument aucun doute sur le fait que cet homme a été violenté. Il a pris des coups. Il a été sprayé. Il a été mis au sol dans des positions connues pour être dangereuses et qui sont interdites dans plusieurs pays», déclare Me Simon Ntah, qui représente à la fois la femme, les deux enfants et le frère de la victime, tous établis entre l’Italie et l’Espagne. Si l’homme de loi sort du bois maintenant, les accusations contre la police ont commencé à pleuvoir dès l’annonce de la mort de Mike. Celui-ci habitait à Lausanne dans un immeuble squatté par le collectif Jean Dutoit, qui regroupe plus d’une centaine de migrants africains aux conditions de vie précaires. À l’appel du collectif, trois rassemblements ont déjà eu lieu à Lausanne ce mois-ci pour dénoncer le racisme et les abus des policiers, à la fois dans cette affaire, mais aussi dans d’autres cas qui ont défrayé la chronique récemment. En novembre dernier, un jeune migrant gambien était décédé dans une cellule de la police cantonale à Lausanne après avoir été arrêté – par erreur – par les gardes-frontière. En 2016, un homme de couleur avait été abattu par les forces de l’ordre à Bex et un joggeur lausannois, d’origine cap-verdienne, a déposé une plainte pour avoir été passé à tabac suite à une méprise.

Autopsie déterminante

Dans les affaires impliquant les forces de l’ordre, les témoins des faits peuvent être rares. Il pourrait en être autrement dans le cas de la mort de Mike. «Les témoins continuent d’arriver. Il y en a en tout cas quatre», assure Me Simon Ntah. Sébastien Fetter ne donne aucun élément sur l’enquête en cours. Il atteste néanmoins que suite à un appel à témoins, quelques personnes se sont présentées, dont une partie a été entendue.

Me Simon Ntah donne plus de précisions: «Plusieurs personnes ont vu ce qu’il s’est passé ou ont entendu des cris déchirants. Ils rapportent que la victime a subi une grande souffrance. Surtout, les témoins directs affirment que même si la victime a contesté son arrestation, elle n’a pas opposé de résistance physique, elle n’a montré aucune agressivité et elle n’a donné aucun coup. C’est une chose que la police reconnaît.»

Pour Me Simon Ntah, il ne s’agit pas seulement d’une arrestation qui tourne mal: «Les témoins ont vu plusieurs policiers sur lui jusqu’à ce qu’il ne bouge plus. C’est à ce moment-là qu’ils se sont dégagés et ont entrepris un massage cardiaque.» Pour l’homme de loi, la responsabilité des policiers peut toutefois aller au-delà de la négligence: «La mort peut avoir été causée par une asphyxie positionnelle qui intervient lorsque l’on applique une pression sur le corps alors que les jambes sont relevées. Il faut attendre les résultats de l’autopsie, mais si la victime est morte par asphyxie, la question se posera de l’homicide intentionnel.»

L’autopsie sera déterminante pour établir les responsabilités dans la mort de Mike. La police a en effet indiqué que lors de son interpellation, des boulettes de cocaïne ont été retrouvées dans sa bouche. Elles pourraient être la cause du décès, même si la violence de l’intervention pourrait aussi avoir joué un rôle indirect. Le procureur indique que des analyses toxicologiques ont été demandées dans le cadre de l’autopsie. Leurs résultats pourraient toutefois n’être connus que dans plusieurs mois. Pour Me Simon Ntah, il est indéniable qu’il y a eu abus d’autorité de la part de la police: «Il n’est en tout cas pas contestable que la victime a subi des blessures importantes.»

Contactée, la police de Lausanne s’est refusée à commenter la mise en cause de ses agents par la justice. Elle indique néanmoins qu’une enquête administrative a été ouverte à l’encontre des policiers, tout en précisant qu’ils restent en activité, «affectés à des tâches variées».

Créé: 21.03.2018, 16h51

Amer débat au Conseil communal

La mort de Mike a provoqué un débat empreint de lourdeur, mardi soir au Conseil communal de Lausanne. Le corps délibérant a traité d’une interpellation d’Ensemble à Gauche demandant à la Municipalité si la chasse aux dealers ne contribue pas à instaurer un climat de violence. Le municipal PLR Pierre-Antoine Hildbrand a fait valoir qu’il ne pouvait pas s’exprimer sur le cas précis avant de connaître les conclusions de l’enquête. «Nous souhaitons que toute la lumière soit faite, a posé l’édile. Et la Municipalité ne peut qu’être affectée par un décès. Mais nous continuons de vouloir une politique résolue contre le trafic de drogue. Il n’y a pas de harcèlement, pas de chasse à l’homme: il s’agit de perturber les transactions. La population nous le demande.»

Insatisfait des réponses de Pierre-Antoine Hildbrand, le conseiller communal Pierre Conscience d’Ensemble à Gauche a dénoncé un «climat de peur» qui «pose plus de problèmes qu’il n’en règle». Poursuivant sur sa lancée, le groupe de la gauche radicale a laissé entendre que la police, en traquant des dealers d’origine africaine, ne pouvait que se rendre coupable de délit de faciès et peut-être de racisme.

La popiste Céline Misiego a lu un extrait d’un manuel de formation pour les policiers qui désigne explicitement les Albanais et les ressortissants africains. Ces allégations ont provoqué l’indignation de la droite qui n’accepte pas que l’on condamne la police avant les résultats de l’enquête. Le PLR Xavier de Haller s’en est pris aux envolées verbales, entendues notamment lors de la manifestation contre les contrôles de police, où il est affirmé qu’un homme est mort «sous les coups de la police».
À gauche, le socialiste Benoît Gaillard a jugé «déplaisantes» les allégations de ses collègues de la gauche dure. Comment peut-on traiter la police de raciste parce qu’elle est amenée à se pencher sur un trafic dû essentiellement à des gens d’origine africaine? a-t-il raisonné. Enfin, présentées par Pierre Conscience, deux résolutions sur l’orientation de la lutte contre le trafic et sur la prise en charge des migrants ont été nettement rejetées.

Lise Bourgeois

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