Le pollueur de la Mèbre dit avoir été «hyper stressé»

Ouest lausannoisLe garagiste à l’origine en 2017 de la pollution de rivière à l’huile de vidange assure avoir été contraint d’agir par un tiers.

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Dans son point de situation communiqué une semaine après la spectaculaire pollution de la Mèbre (ndlr: rivière qui devient la Chamberonne sur son dernier kilomètre avant d’atteindre le Léman), mi-octobre 2017, la police cantonale disait ne tenir qu’un seul responsable: un garagiste kosovar alors âgé de 32 ans, en séjour illégal. Pourtant, dès le lendemain des faits, Enver* avait assuré aux enquêteurs avoir agi sur demande insistante d’Antonio*. Ce quadragénaire italien, à la tête d’une petite entreprise de nettoyage, aurait été mandaté par le propriétaire du local, que le garagiste devait restituer depuis une dizaine de jours. Ce deuxième homme a ainsi également été mis sous enquête pénale durant près de deux ans, pour «instigation à délit» à la loi fédérale sur la protection des eaux et/ou contrainte. Si bien qu’ils étaient deux à comparaître mardi devant le Tribunal de Lausanne.

D’entrée de cause, le Kosovar a admis intégralement les faits qui lui sont reprochés. À savoir avoir déversé 150 litres d’huile de vidange dans le regard situé dans le local loué à Chavannes-près-Renens. Seulement voilà, les canalisations mènent directement à la Mèbre. «Plus vite, il faut le faire!» lui aurait crié l’Italien. «Il m’a menacé d’appeler la police si je ne le faisais pas; j’étais vraiment hyperstressé…» Enver dit cependant ne pas se souvenir du nombre de bidons qu’il a vidés, «mais au moins d’un».

Dans l’état des lieux de sortie réalisé la veille, parmi le matériel conséquent qu’il restait encore à débarrasser, il était indiqué la présence de «trois fûts d’huile au maximum». Problème: sur les photos prises le lendemain par la Direction cantonale de l’environnement, on en compte au moins dix. Si le garagiste ne s’explique pas ces contenants supplémentaires, tout indique qu’ils avaient été déplacés juste avant la séance d’état des lieux. Des traces d’huile ont en tout cas été retrouvées sur le minivan utilisé par l’intéressé les jours précédents.

Le clandestin assure par ailleurs avoir signifié en vain à Antonio qu’il comptait aller chercher ladite camionnette afin d’amener les bidons à la déchetterie contre paiement – comme fait durant ses douze mois d’activité. Ce que l’Italien conteste: «S’il m’avait dit qu’il ne voulait pas débarrasser cette douzaine de fûts, je m’en serais occupé; j’avais du personnel sous la main. Et on aurait facturé au propriétaire.» Pour l’avocat du nettoyeur, Me Christian Chillà, rien dans le dossier ne permet d’affirmer que le quadragénaire a mis le Kosovar sous pression. Son client aurait au contraire eu tout intérêt à facturer l’évacuation des hydrocarbures. L’homme de loi a estimé que si Enver a attendu le dernier jour pour se débarrasser des bidons, «c’est bien qu’il voulait les évacuer de manière illicite».

«Notre client n’a pas pu soulever seul la plaque du regard»

Du côté de la défense du pollueur, ses deux avocates ont argué que leur mandant «n’a pas pu soulever seul la plaque du regard (ndlr: pesant une centaine de kilos)», et que les fûts d’huile étaient «extrêmement lourds». «Il y avait forcément quelqu’un avec lui, et il ressort que la seule autre personne, c’est celui qui contredit sa présence», a lâché Me Dushana Häusler. Avant de déclarer que les menaces présumées d’Antonio ont mis le clandestin «dans une position totalement irrationnelle et un état de panique totale». Une thèse de la peur du gendarme qui ne colle cependant pas avec le fait que le garagiste se soit rendu à la police le lendemain de son déversement sauvage.

Huit mois ferme requis

Me Élisabeth Chappuis a fait remarquer que le nettoyeur s’était pour sa part engagé auprès du Canton à payer 5000 francs en raison des conséquences de la pollution de rivière (sur les plus de 100'000 francs pris en charge par l’État). «On peut difficilement faire mieux en termes de contradiction», a-t-elle lancé. Seule certitude: les huiles de vidange avaient souillé une dizaine de volatiles, tuant un canard et un cygne. Par acte d’accusation rendu il y a six mois, la procureure Maria Giannattasio requiert contre le Kosovar 8 mois de prison ferme. Si ce dernier devait être suivi dans ses allégations, l’Italien encourt quant à lui une peine pécuniaire de 9900 francs.

Le verdict sera notifié aux parties d’ici à la semaine prochaine.

* Prénoms d’emprunt

Créé: 29.10.2019, 20h41

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