La pollution ne fait pas trembler les jardiniers

Point fortCe qui pousse sur nos balcons et dans nos potagers urbains est-il sans danger pour la santé? Oui, disent les autorités, mais quelques précautions s’imposent malgré tout.

Le sol du nouveau potager urbain créé par la Ville de Lausanne aux Plaines-du-Loup a été analysé.

Le sol du nouveau potager urbain créé par la Ville de Lausanne aux Plaines-du-Loup a été analysé. Image: C. DERVEY

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est officiel. Le printemps est de sortie, et avec lui, les jardiniers de tout poil, y compris en ville. Sur les balcons, le citadin met en pot ses plants de tomates, de thym et de romarin. Les jardins familiaux reprennent de l’activité et les potagers urbains participatifs sortent de terre.

Pas besoin de vivre à la campagne pour sortir vos semis, terreaux et autres bêches. C’est en substance l’appel qu’a lancé récemment la Ville de Lausanne, en se dotant d’une politique d’agriculture urbaine. Une première en Suisse. La Municipalité demande 1,5 million de francs. Entre autres pour développer ses jardins participatifs, mais aussi pour encourager la population à planter des légumes dans tous les interstices où la nature pourrait gagner du terrain sur la ville.

Mais peut-on vraiment manger sans risque des légumes qui ont poussé au-dessus de la circulation, près des routes ou dans une zone autrefois industrielle? En ville, il y a de la pollution dans l’air, mais aussi dans la terre. Le tout est de savoir quel est son impact sur ce que nous mangeons et quelles sont les précautions à prendre, car il y en a.

Jardins familiaux pollués
À Lausanne, la Commune met actuellement 14 parcelles à disposition de quelque 380 jardiniers amateurs. Pour chaque plantage, des analyses du sol sont systématiquement effectuées et jusqu’ici aucune n’a révélé de pollution dépassant les normes autorisées. Sauf tout récemment. La Ville a en effet dû remblayer une parcelle dans le quartier du Vallon, par mesure de précaution avant d’en faire un nouveau jardin urbain. «Les niveaux de pollution que nous avons trouvés nous auraient permis de cultiver ce terrain en se limitant à certains légumes, mais nous avons pris le parti de retirer complètement la terre pour la remplacer», explique Claude Thomas, délégué à l’environnement de la Commune. «Il n’y a pas de grand risque, mais nous prenons nos responsabilités en faisant des analyses et en privilégiant le principe de précaution», conclut Natacha Litzistorf, municipale en charge de l’environnement à Lausanne.

«Il n’y a pas de grand risque, mais nous prenons nos responsabilités en faisant des analyses et en privilégiant le principe de précaution»

Mais si la Ville vérifie scrupuleusement que ses parcelles ne sont pas toxiques, qu’en est-il des autres terrains? En Suisse, les cantons sont responsables de surveiller toutes les zones qui présentent un risque. «C’est au coup par coup que nous faisons des analyses pour déterminer si un sol est pollué. Il n’existe pas d’évaluation scientifique précise de la pollution des sols vaudois», explique toutefois François Füllemann, spécialiste de la protection des sols à la Direction générale de l’environnement (DGE). Étant donné la taille du territoire, priorité est donnée aux sols sollicités par les chantiers et aux terrains agricoles, mais pas aux sols urbains.

«Il m’est arrivé de conseiller à des propriétaires de jardins familiaux d’investir quelques centaines de francs pour faire analyser leur sol»

Le particulier qui souhaite cultiver son jardin en ville doit donc s’en remettre à lui-même. Il n’a aucune obligation légale de vérifier la qualité de sa terre, mais cela pourrait valoir la peine. Ainsi, à Fribourg, une large campagne d’analyse de ses sols urbains a révélé plusieurs sites très pollués, donnant lieu à des recommandations aux utilisateurs des potagers touchés. Sur le plan national, une étude publiée en décembre dernier par l’Office fédéral de l’environnement (OFEV) indique en outre que de tous les terrains urbains, ce sont les jardins privés et familiaux qui sont les plus contaminés aux métaux lourds. En cause: une utilisation intensive d’engrais minéraux, de compost pollué ou encore, de pesticides.

«Il m’est arrivé de conseiller à des propriétaires de jardins familiaux d’investir quelques centaines de francs pour faire analyser leur sol, explique François Füllemann, en particulier s’il y a à proximité une source potentielle de pollution, comme une ancienne décharge ou un site industriel.» Selon l’expert, le risque de trouver une contamination grave reste toutefois minime: «Même lorsque des analyses que nous avons effectuées révélaient une pollution, les teneurs n’impliquaient que très rarement des menaces graves pour les plantes ou la santé.» Pour rassurer encore, le rapport de l’OFEV précise quant à lui que la plupart des plantes alimentaires n’absorbent que de faibles quantités de métaux lourds présents dans le sol.

Bien laver ses légumes
Les particules qui s’échappent des pots d’échappement n’inspirent pas plus d’inquiétude que les pollutions déversées dans les sols au fil du temps. Il faut toutefois éviter de planter ses choux à proximité des routes à fort trafic. Selon le rapport de l’OFEV sur les sols, les zones situées entre 5 et 10 mètres des chaussées sont particulièrement chargées en plomb, en cadmium, en zinc notamment. Au-delà, le risque disparaît.

Qu’en est-il de la pollution de l’air? «Avec les niveaux de pollution que nous observons dans nos villes, la production de légumes n’y est pas problématique», assure Clive Müller, chef de la division Air, climat et risques technologiques à l’État de Vaud. Pour connaître les niveaux de risque, les autorités se basent sur des études scientifiques qui ont analysé l’impact d’une exposition des légumes à divers polluants. Celles-ci datent de plusieurs années, lorsque la pollution était plus élevée note par ailleurs Clive Müller.

Peu de recherches ont été réalisées en Suisse romande, mais le travail récent d’une étudiante de l’Hepia, la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève, confirme que l’impact de la pollution est faible. Il montre que la quantité de métaux lourds trouvée sur des fruits cultivés sur une terrasse en ville est bien en dessous des limites autorisées, mais aussi plus faible que pour des fruits cultivés dans la campagne genevoise.

«Les recherches tendent à montrer qu’il n’y a pas plus de risque en ville qu’en campagne, mais tous les polluants n’ont pas fait l’objet d’études, précise Sophie Rochefort, professeur à l’Hepia. Il y a moins de littérature scientifique sur l’impact des hydrocarbures par exemple. En attendant, les chercheurs recommandent de bien laver ses légumes.»

Créé: 21.04.2018, 09h00

Galerie photo

Création d'un jardin participatif sur Les-Plaines-du-Loup

Création d'un jardin participatif sur Les-Plaines-du-Loup Les participants s'activent, samedi 7 avril, à transformer un ancien terrain de foot en un jardin potager.

Plusieurs sols pollués en ville de Fribourg

Entre 2011 et 2016, le Canton de Fribourg a réalisé une vaste campagne de prélèvements sur 97 parcelles aussi bien publiques que privées en ville de Fribourg. Un rapport a été publié en décembre de l’année dernière avec des résultats qui mettent en évidence ce que peut être la pollution des sols urbains.

Trente-quatre parcelles ne présentent aucune pollution ou ne sont que légèrement polluées. En revanche, 37 terrains présentaient un risque potentiel pour les utilisateurs, et 26 ont montré une pollution au plomb ou au mercure considérée comme dangereuse. Sur l’ensemble des parcelles analysées, les métaux lourds représentaient la majeure partie des dépassements des valeurs limites.

Le rapport relève que les jardins les plus anciens comprenaient souvent des teneurs importantes en certains métaux lourds issus d’engrais minéraux et de produits phytosanitaires, du fait que ceux-ci ne se décomposent pas et s’accumulent dans les sols.

Suite à cette campagne d’analyse, les utilisateurs des parcelles polluées ont reçu plusieurs recommandations. D’abord de réduire leur consommation de phytosanitaires, afin de ne pas aggraver la situation. Ensuite, de bien laver et peler les légumes, mais aussi d’empêcher les enfants en bas âge d’être en contact régulier avec les terres polluées. Enfin, sur les sols légèrement pollués, il est recommandé de cultiver des végétaux qui absorbent moins fortement les métaux lourds, notamment des arbres fruitiers, des baies, du maïs, des légumes fruits (tomates, aubergines, poivrons, concombre, courgettes, etc.) ainsi que des légumineuses.

Articles en relation

L’herbier vaudois franchit la frontière du big data

Nature Les plantes séchées sont numérisées au Jardin botanique, ouvrant la voie à de nouvelles recherches Plus...

Les visiteurs joueront au lombric dans un pot géant

Lausanne Invitée d’honneur du salon Habitat-Jardin, Lausanne Jardins 2019 a imaginé une tour de terre visitable de six mètres de haut. Plus...

Une nouvelle serre pour le Jardin botanique de Lausanne

Chantier Le Tribunal cantonal a débouté la section vaudoise de Patrimoine suisse. Les travaux devraient débuter en avril. L'inauguration est prévue en novembre 2018. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.