Les pompiers du pays se sont recueillis à Lausanne

CommémorationLes sapeurs étaient réunis mercredi pour célébrer leurs camarades autour d’un monument aux morts chargé de signification.

Le cimetière du Bois-de-Vaux abrite le seul monument de Suisse dédié aux sapeurs «victimes du devoir». Chaque année, les soldats du feu y honorent leurs camarades tombés.

Le cimetière du Bois-de-Vaux abrite le seul monument de Suisse dédié aux sapeurs «victimes du devoir». Chaque année, les soldats du feu y honorent leurs camarades tombés. Image: ODILE MEYLAN

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La sonnerie aux morts des vieux cuivres, la pierre fatiguée, et quelque chose qui prend inévitablement à la gorge. Jeudi en fin de journée, dans un recoin du cimetière du Bois-de-Vaux, les sapeurs lausannois ainsi que des délégués des pompiers venus de toute la Suisse – la fédération nationale fête ses 150 ans cette année – se sont inclinés devant un monument un peu oublié du grand public, mais cher au cœur des soldats du feu (lire encadré). La commémoration du jour, dédiée à un pompier lausannois décédé le matin même dans un accident de la route, était d’ailleurs tout spécialement chargée en émotion.

Le cimetière lausannois abrite en fait le seul monument de Suisse dédié aux sapeurs «victimes du devoir». Le tombeau, au propre comme au figuré, d’une série de héros dont les rangs ne devraient jamais, selon les mots des pompiers, se garnir encore. L’histoire commence le 29 décembre 1927, quand un sapeur lausannois meurt au cours de l’incendie historique qui a ravagé l’entrepôt fédéral du Flon. Le lieutenant Demiéville, tentant d’atteindre le troisième sous-sol où les wagons d’huiles minérales et les vins étaient en feu, tombe soudain au sol, victime d’une fissure dans son masque à gaz. On le remonte, grièvement blessé après que son pied s’est retrouvé coincé dans l’ascenseur. Il meurt deux jours plus tard. C’est l’émotion dans tout Lausanne pour ce jeune de 26 ans, fils d’un fonctionnaire communal. Il devait se marier. Pendant des jours, les avis mortuaires vont se succéder et c’est là que la direction de police obtient de la Ville un monument pour le jeune pompier et les cendres d’un de ses confrères, tombé dix ans plus tôt, Francis Devolz.

Employé à l’Innovation de 23 ans, ce dernier était tombé de la charpente du Foyer, asile de Chailly pour les «aveugles faibles d’esprits», peu après son incendie. Sa tombe, d’abord à Montoie, avait été financée par ses camarades.

Rapidement, la Ville transforme le projet de monument en concession pour les deux hommes et pour les autres «victimes du devoir». Dix places, pour autant de braves, sont réservées sous la stèle signée Alphonse Laverrière, l’architecte même du cimetière.

Statuomanie

Derrière l’émotion des Lausannois et des élus (personne ne bronche pour le crédit de 10 500 francs), l’époque est celle d’un engouement des pouvoirs publics et des collectivités pour les monuments, qu’on érige alors en nombre: Viret (1921), Secrétan (1925), puis évidemment les stèles aux victimes de 14-18. Les Français érigent d’ailleurs la leur en 1925 au Bois-de-Vaux. Et c’est justement à quelques pas que le futur monument destiné aux soldats du feu lausannois sera inauguré en grande pompe en 1933.

Le caveau ne restera pas longtemps vide. Les sapeurs et le Tout-Lausanne viendront y déposer le cercueil d’Émile Morel en 1947. Sauveteur à l’impressionnant palmarès, 46 ans, père de plusieurs enfants, il n’avait pas eu le temps de descendre d’une échelle de 25 mètres qui a soudain basculé sous l’effet de la bise lors d’un banal exercice à Bellerive. Juin 1971, autre drame qui vient ajouter les deux derniers noms à l’austère mur. Après l’arrivée des pompiers sur une énième collision en série sur l’A1 au niveau de Morges, une autre voiture déboule à pleine vitesse et fauche deux sapeurs. Morts sur le coup. L’appointé Jean-Pierre Piguet, marié, 38 ans, deux enfants, et le sapeur Jean-Pierre Lecoultre, 23 ans, à quelques semaines de son mariage.

Les obsèques d'Émile Morel

Pour les autres, les anciens et les amis disparus loin des flammes, une autre stèle et un livre d’or gardent leur mémoire, dans l’intimité de la caserne.

Créé: 13.09.2019, 19h46

«On se rappelle du risque»

Élevé au rang de tradition par les pompiers lausannois, le dépôt de gerbe «aux anciens» reste un moment fort, à en croire les sapeurs. Même si un peu difficile à définir. «C’est un moment de pause, explique le commandant du corps lausannois, Mehdi Jaccaud. Chaque pompier y projette un peu ses valeurs.» Visiblement ému, il poursuit: «C’est aussi une façon de rappeler que nous avons un métier à risque. Il est sournois. Et à côté des meilleures formations et du meilleur matériel possible, on en prend conscience ici aussi.» Certes. Et tant pis si le monument de 1933 a pris de l’âge. «Les derniers noms datent de 1971, poursuit le major. Deux hommes ont été fauchés sur le lieu d’un accident. La sécurisation des interventions était déjà d’actualité.»

À son côté le municipal Pierre-Antoine Hildbrand. Et plus loin Laurent Wehrli, syndic de Montreux et président de la Fédération suisse des sapeurs-pompiers. «En 2004, sept pompiers sont morts à Gretzenbach (SO), le risque est constant et on doit le rappeler, effectivement, note-t-il. Et à l’heure où la durée d’engagement moyenne des pompiers baisse, c’est important de se souvenir de nos passions et du rôle des anciens. On doit les remercier et transmettre à notre tour.»

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