Pont Chauderon bloqué: «Les activistes seront dénoncés au tribunal»

LausanneExtinction Rebellion, qui prône la désobéissance civile pour forcer les gouvernements à agir, a lancé deux semaines d’actions.

Près de 250 personnes étaient présentes sur le pont Chauderon.
Vidéo: EBZ / Catherine Cochard

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Ils voulaient frapper fort, ils ont réussi leur coup. Avec une comm’ bien huilée, une organisation millimétrée et un discours plus radical que celui des organisations écologistes «traditionnelles», le mouvement international Extinction Rebellion est parvenu à bloquer l’une des principales artères de Lausanne, lundi matin. En l’occurrence le pont Chauderon, que près de 250 personnes ont occupé une heure durant autour d’un «petit-déj’ de la révolte».

Prônant la désobéissance civile non-violente afin de forcer les gouvernements à agir pour préserver l’environnement, le mouvement adepte des actions choc lance «deux semaines de rébellion», qui vont voir ce genre d’événements se multiplier. En février déjà, une petite poignée d’activistes avait manifesté devant le Conseil communal de Lausanne pour rappeler aux élus l’urgence climatique. En mars, d’autres avaient bloqué le trafic avenue de Rhodanie quelques minutes en pleine heure de pointe.

Une action faite pour marquer les esprits aux airs de répétition générale pour celle de lundi matin. «Le but est de bloquer le trafic pour bloquer l’économie et obliger l’État à enfin agir pour le climat», lance Grégoire Mottet, porte-parole du jour. «Depuis trente ans que l’urgence climatique est décrétée, on organise des marches, des manifestions, mais rien ne bouge. Alors, avec cette action disruptive, on passe un cran au-dessus.»

Ambiance bon enfant

Le «petit-déj’» devait débuter à 8h. Quelques minutes auparavant, une trentaine de personnes, visiblement bien organisées, se postent aux deux extrémités du pont.

«Les manifs c’est bien joli, mais à part de belles images, ça n’apporte rien, alors nous voilà»

Drapeaux, pancartes, thermos et victuailles en mains, on se masse sur le trottoir. Avant de descendre sur la chaussée. «Les manifs c’est bien joli, mais à part de belles images, ça n’apporte rien, alors nous voilà», explique Carla, venue de Fribourg pour l’occasion. Elle installe une couverture sur la route, sort sa tresse et propose des tartines à une foule de plus en plus compacte.

À 8h05, des policiers sont déjà en train de fermer la circulation au trafic et dévient les véhicules qui veulent emprunter le pont. Les activistes ont gagné. On compte alors plus de 100 personnes. Nombreux sont ceux à s’être munis de grosses craies: l’urgence climatique est au centre des dessins et des slogans qui essaiment sur le pont.

L’ambiance est bon enfant, on chante, on plaisante, certains jouent aux cartes à même la chaussée. Mais le comportement général n’en est pas moins déterminé. Dans la foule, on discute du «fléau des particules fines», des pesticides et l’on fustige les autorités, qui continuent de construire des autoroutes et d’agrandir des aéroports. «Le gouvernement s’en fout, mais il devrait prendre garde à la colère qui gronde», avertit un activiste, qui ne craint pas d’aller encore plus loin: «Je n’ai pas peur que ça dégénère. En fait, j’attends que ça dégénère.» Le reste des intervenants rappellent toutefois que les actions resteront non-violentes.

Police en retrait

Il est 8h25, trois fourgons de police se garent à l’entrée du pont. En sortent plus de vingt agents qui se dirigent vers la foule. Elle compte désormais plus de 200 personnes. «Faites passer le mot d’ordre, dans cinq minutes, tout le monde est sur le trottoir», lance un agent à ses collègues. Peine perdue. Personne ou presque ne réagit aux injonctions. Les policiers, qui ne veulent pas mettre d’huile sur le feu, n’insistent pas et se placent à quelques mètres du «petit-déj’», qui bat son plein.

Au micro, les discours, plus ou moins inspirés, s’enchaînent. «Nous vivons la sixième extinction de masse, le nombre d’animaux sauvages diminue, les événements météorologiques extrêmes se multiplient et les famines dues à ces phénomènes nous guettent», interpelle une jeune fille.

Peu avant 9h, comme prévu, un responsable enjoint la foule à libérer la chaussée. Tous s’exécutent, sous le regard des agents impassibles. «Notre message est passé, le pont a été occupé. Mais nous reviendrons, des actions de ce type seront répétées, encore et encore. Jusqu’à ce qu’on nous écoute.»

Créé: 15.04.2019, 17h04

«Les activistes seront dénoncés au tribunal»

Réaction


Municipal en charge de la Sécurité, Pierre-Antoine Hildbrand réagit au blocage.

Que vous inspire cette action?

La lutte pour le climat est respectable. Le problème, c’est d’organiser des actions de ce genre sans autorisation. Il faut que les choses soient faites dans les règles, que nous puissions par exemple pouvoir libérer une voie de circulation pour les secours. En l’occurrence, il y a une volonté de perturber le trafic qui n’est pas acceptable.

Les policiers présents ne sont pas intervenus. Faut-il y voir une certaine tolérance?

Non, plutôt le sens de la proportionnalité. Pour évacuer une personne couchée par terre sans lui faire mal, il faut être quatre. Or avec autant de personnes, faites le calcul. En revanche, les activistes seront dénoncés au tribunal.

Les avez-vous identifiés?

Disons qu’ils ne se cachent pas.

Craignez-vous une escalade et que ça dégénère?

Je ne fais pas de prévision, mais nous devons nous préparer, en amont, aussi à l’inattendu.

«XR», un mouvement né en Angleterre

Extinction Rebellion, ou XR pour les intimes. Avec un sablier noir sur fond vert, pour symboliser que le temps presse, ce mouvement international, qui prône la désobéissance civile non-violente mais des actions directes, n’a que quelques mois d’existence.

Créé par des activistes et des employés d’ONG en octobre dernier en Angleterre, le mouvement demande immédiatement une politique avec zéro émission de carbone en 2025 et que soit décrété l’état d’urgence pour le climat.

Très vite, des actions sont organisées. En novembre dernier, des milliers de personnes parvenaient à bloquer cinq ponts de Londres. Très actif sur les réseaux sociaux, le mouvement s’est étendu aux quatre coins du monde et est désormais présent dans une vingtaine de pays.

La branche suisse s’est rassemblée samedi, sur la place Fédérale à Berne, pour lancer «deux semaines de rébellion.»

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