La popularité de Jean-Pascal Delamuraz expliquée dans un film

LausanneUn documentaire retrace le parcours du conseiller fédéral, grande figure du radicalisme, disparu en 1998. Réactions après la première.

Avant la première du film à Lausanne, lundi soir, le producteur Jean-Louis Porchet (à g.) pose avec la famille de Jean-Pascal Delamuraz: de g. à dr. son épouse Catherine Delamuraz, sa fille Carole, sa petite-fille Marine, Véronique et Alain Delamuraz, son fils.

Avant la première du film à Lausanne, lundi soir, le producteur Jean-Louis Porchet (à g.) pose avec la famille de Jean-Pascal Delamuraz: de g. à dr. son épouse Catherine Delamuraz, sa fille Carole, sa petite-fille Marine, Véronique et Alain Delamuraz, son fils. Image: JEAN-BERNARD SIEBER

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Hormis un buste à Ouchy, que reste-t-il de Jean-Pascal Delamuraz deux décennies après? C’est l’une des questions auxquelles tente de répondre un documentaire du cinéaste Daniel Wyss et du journaliste André Beaud. Sobrement intitulé Delamuraz , il sera diffusé ce mercredi soir sur RTS Un (lire l'encadré) . Septante-quatre minutes pour retracer le parcours d’un animal politique de cette envergure, d’un héros de la mythologie radicale, d’un personnage tant apprécié que beaucoup de Vaudois s’étonnent qu’il soit mort depuis deux décennies déjà, c’est un minimum.

Le long-métrage a été projeté en avant-première lundi soir au Capitole, à Lausanne, devant plus de 700 personnes, parmi lesquelles des invités politiques. «A priori, j’avais peu d’atomes crochus avec le personnage, mais il m’inspirait une certaine sympathie après l’échec de l’adhésion à l’EEE en 1992, a expliqué Daniel Wyss. Au final, j’ai découvert un politicien exceptionnel et un être humain touchant, avec ses qualités et ses imperfections.»

Le film est «un hymne à la joie», s’est enthousiasmé Pascal Broulis après l’avoir vu. «Delamuraz s’est engagé pour que la Suisse reste ouverte, c’était une attitude intelligente», a estimé le conseiller d’Etat libéral-radical. Et de rappeler, au passage, l’élection de «JPD» au Conseil d’Etat vaudois en 1981: «Il a été l’un des seuls, entre les deux tours, à gagner une élection pour le Parti radical. Ça, c’est un véritable homme d’Etat.»

Parmi les spectateurs, certains se présentaient comme des «delamuristes», tel Claude Vauthey, ancien secrétaire communal de Moudon: «Cela veut dire qu’on se reconnaît dans ce qu’il incarnait, un radical terrien, un humaniste qui favorisait les contacts directs, qui privilégiait les tables rondes que l’iPhone ne pourra jamais remplacer.»

D’autres venaient avec curiosité découvrir un nom célèbre sans avoir connu l’homme. «Je sais que c’est une sorte de monument au sein du PLR, on cite souvent ses bons mots et ses petites phrases mais j’ai envie de mieux le connaître», expliquait avant la séance le conseiller national Philippe Nantermod (PLR/VS), 33 ans. A la sortie, il jugeait que «Delamuraz était clairement un homme d’Exécutif avec une stature étatique», loin du radicalisme valaisan «qui s’est davantage construit comme un courant d’opposition».

«Amitié, audace, autorité»
Le conseiller aux Etats Olivier Français n’a pas tari d’éloges sur un film «qui rend hommage à un politique brillant». Avant la projection, il a résumé l’homme en trois mots: «Amitié, audace, autorité». Jean-Pascal Delamuraz «aurait été heureux d’être avec nous ce soir», a imaginé Pascal Petter, président du Cercle démocratique de Lausanne (CDL), dont l’illustre conseiller fédéral faisait partie et qui a cofinancé le film.

L’ancien conseiller fédéral Adolf Ogi (UDC/BE), qui intervient dans le film, s’était déplacé à Lausanne pour cette première: «Cela m’a rappelé beaucoup de moments inoubliables. Jean-Pascal avait une capacité incroyable à charmer son auditoire, à mettre les gens à l’aise et à faire des bons mots. Même Otto Stich (ndlr: conseiller fédéral socialiste, de 1983 à 1995) rigolait à ses blagues!»

Instigateur du film, l’historien Olivier Meuwly juge le résultat convaincant: «Le travail d’André Beaud et de Daniel Wyss nous permet d’entrer dans une période charnière à travers le prisme d’un individu. En radical modéré, Delamuraz aura réussi à prêcher ce bon vieil équilibre cher aux Vaudois.»

La famille de Jean-Pascal Delamuraz, qui témoigne dans le film, était également présente lundi. Sa fille, Carole Delamuraz, n’entend pas porter de jugement sur un film «qui est un point de vue consacré à un personnage public, donc forcément différent du père que je connaissais». Si «JPD» reste si présent à l’esprit des Vaudois, dix-neuf ans après sa disparition, «c’est qu’il a touché l’affect de beaucoup de personnes, constate-t-elle. Il y avait un lien direct entre lui et les gens, sa vérité a passé.»

Créé: 23.05.2017, 19h26

Celui «qui voulait être devant»

«C’était inné, il voulait être devant.» Ce commentaire de l’ancien conseiller d’Etat Raymond Junod résume l’appétit de pouvoir de Jean-Pascal Delamuraz. Très documenté, le film de Daniel Wyss et d’André Beaud retrace la carrière météorique d’un phénomène: né en 1936, ses études à peine terminées, «JPD» devient l’adjoint du directeur de l’Expo nationale de 1964; il est municipal de Lausanne à 34 ans, syndic à 38 ans, conseiller d’Etat à 45 ans et, comme une évidence, succède en 1983 au radical vaudois Georges-André Chevallaz au Conseil fédéral, où il siégera jusqu’en 1998, l’année de sa mort.

Dix-huit témoins racontent tour à tour la «bête» politique qui brillait moins par ses idées que par sa capacité à convaincre, à nouer des alliances, avec ce «quelque chose de tutoyant» qui donnait immédiatement l’impression d’être proche de lui. «La force de Delamuraz, c’était de dire: les meilleures choses viennent des radicaux, mais les autres peuvent aussi amener des choses intéressantes», commente Jean-Marc Richard.

Le film s’attache à décrire une époque, celle de la fin progressive du radicalisme hégémonique dans le canton de Vaud. Les années 1990 seront marquées par une rupture, celle du non à l’ÊEE en 1992, le fameux «dimanche noir» décrété par le Vaudois, qui s’était tant battu avec son légendaire franc-parler contre ceux qu’il nommait les «ayatollahs» du repli. Des interviews d’archives émouvantes montrent «JPD» en bateau sur le Léman où il venait se ressourcer, lui qui avait rêvé d’être capitaine.



Son penchant pour la boisson, son côté séducteur et ses colères homériques sont également évoqués. «Son défaut principal est d’être parti trop tôt», dit sa fille, Carole, à la fin. A Ouchy, sa statue est tournée vers le lac, vers l’Europe.

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