La précarité des gens d’ici préoccupe avant l’hiver

LausanneAvant l’ouverture des abris hivernaux, les lits manquent pour des personnes jugées vulnérables. L’accueil d’urgence de nuit sera renforcé.

Le Sleep-In de Renens alerte sur une précarité qui touche de plus en plus les travailleurs pauvres et les gens d’ici. Il n’est pas le seul.

Le Sleep-In de Renens alerte sur une précarité qui touche de plus en plus les travailleurs pauvres et les gens d’ici. Il n’est pas le seul. Image: PATRICK MARTIN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’arrivée du froid pousse plus que jamais les sans-abri aux portes des hébergements d’urgence en région lausannoise. Cette semaine, le Sleep-In de Renens a lancé un signal d’alerte sur sa page Facebook: pour la première fois, la structure se voit obligée de refuser des personnes normalement prioritaires dans le système d’accueil géré par la Ville de Lausanne. Il s’agit en particulier de femmes seules, laissées dehors afin de privilégier au moins les familles. «Nous avons toujours été saturés, mais aujourd’hui, les migrants en situation irrégulière ne sont plus les seuls à être refusés. Partout, on constate que la précarité des gens d’ici augmente, et surtout parmi les personnes qui ont un travail», commente un veilleur du Sleep-In.

Ouverture prolongée

«La situation est effectivement tendue en ce moment, mais je dis aux structures d’attendre de voir si la situation persiste au-delà de l’hiver», commente Éliane Belser, responsable du dispositif d’aide sociale d’urgence à la Ville de Lausanne. Comme tous les ans, le nombre de places d’hébergement d’urgence sera en effet augmenté temporairement pour la saison froide, et passera de 57 à environ 220 au total. Mais il y a une nouveauté cette année, car si, sur le papier, ce chiffre ne bouge pas, le dispositif d’hébergement sera significativement étendu. Le Répit, une structure gérée par la Fondation Mère Sofia pouvant accueillir une centaine de personnes pour la nuit, verra en effet son ouverture avancée de six semaines, dès le 1er décembre. «La collaboration avec Mère Sofia se passe très bien, mais nous constatons aussi qu’il y a bien un besoin», commente Éliane Belser.

Créé il y a à peine deux ans en projet pilote avec le soutien de la Ville, le Répit n’a pas tardé à devenir un pilier du réseau d’hébergement. Et pourtant, à son lancement, il n’était pas prévu que l’on puisse y dormir. Dès l’an passé, la structure a malgré tout installé 60 lits de camp, tandis que la fréquentation moyenne affichait 80 personnes par nuit. «Nous avons eu des pics à 130 personnes», indique même Yan Desarzens, directeur de Mère Sofia. Pour l’heure, la Ville confirme son soutien pour deux saisons d’hiver. «Des discussions sont en cours pour la suite, souffle Yan Desarzens. À terme, nous aimerions ouvrir à l’année.»

Plus locaux, plus vulnérables

Alors qu’il a beaucoup été question des sans-abri migrants ces dernières années, Yan Desarzens partage lui aussi le constat d’une précarité locale qui augmente: «Sur le terrain, on observe qu’il y a de plus en plus de démunis parlant français et de type caucasien. À la Soupe populaire (ndlr: également gérée par Mère Sofia), les familles avec enfants sont plus nombreuses à chercher un endroit où manger plutôt que des denrées à préparer à la maison. On a franchi un palier dans la précarisation.»

Du côté des autorités lausannoises, Éliane Belser estime que le nombre de résidents vaudois parmi les sans-abri est resté stable. «Nous voyons en revanche dans les hébergements davantage de personnes vulnérables, femmes et familles, ainsi que des travailleurs précaires. Ce sont notamment des Roms qui, pour certains, ont réussi à décrocher des boulots, même si souvent de courte durée.» Selon les chiffres officiels, ce groupe de pensionnaires a représenté 64% des nuitées entre septembre et octobre cette année, contre 49% sur la même période l’an dernier.

Face à ces constats, l’évolution du dispositif d’hébergement d’urgence pose question, surtout en hiver. Avec l’ouverture prévue début 2021 d’un complexe à vocation sociale à la rue Saint-Martin, 64 places hivernales, celles de l’Étape, seront remplacées par 35 lits ouverts à l’année. Quant au Sleep-In, avec ses 26 lits, il s’interroge sur son existence même au-delà de cette échéance. «Nous sommes en train de réfléchir à notre dispositif dès 2021, répond Éliane Belser. Des discussions sont en cours avec les autorités cantonales, qui financent le dispositif d’hébergement d’urgence à l’exception du Répit.»

Créé: 19.10.2019, 09h05

Articles en relation

Qui sont ces SDF qui ont dormi au chaud cet hiver?

Lausanne Le dispositif d’hébergement hivernal pour les sans-abri s’est arrêté le 30 avril. Voici qui ont été ses 1015 bénéficiaires. Plus...

Le Point d’Eau manque de professionnels de la santé

Précarité La structure dédiée aux plus démunis cherche dentistes, ostéopathes et podologues bénévoles. Plus...

L’immeuble social de Lausanne est prêt à voir le jour

Chantier Le bâtiment dédié aux plus démunis sortira de terre ces prochains jours. Inauguration au printemps 2021. Plus...

La chapelle de la gare de Renens s’ouvre aux SDF

Solidarité Jusqu’au 28 décembre, les démunis peuvent se mettre au chaud pour la nuit grâce à un groupe de fidèles de l’Église évangélique. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.