Prilly dit oui à la construction de tours à Malley

VotationsLe plan de quartier Malley-Gare a passé la rampe à un peu plus de 58% et avec un très bon taux de participation.

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Le vote des Prillérans en aura surpris plus d’un ce dimanche. A 58,6%, ils ont dit oui au plan partiel d’affectation Malley-Gare, avec en plus un taux de participation plus qu’honorable de 47,3%. Sur le papier, le quartier sera doté de deux tours, ce qui sort déjà de l’ordinaire dans la région. Chacun se souvient comment des projets semblables ont été renvoyés dans les cordes à Lausanne et à Bussigny. Mais, surtout, Malley-Gare n’est que la première pièce d’un développement qui, à terme, devrait compter cinq immeubles élevés au total, dont le plus haut pourrait atteindre 90 mètres. Autant dire que personne ne s’est étonné de voir la campagne prendre un tour émotionnel, comme seuls les projets de tours peuvent en susciter.

«C’est un grand jour!» Après l’annonce du résultat, la plus éclatante marque de soulagement est venue du syndic de Prilly. «Presque tous les partis au Conseil communal étaient derrière Malley-Gare. Avec ce vote, nous sommes crédibilisés, car ce n’est pas une petite victoire», s’est réjoui Alain Gillièron. Porte-drapeau du oui, mais surtout cheville ouvrière de ce projet en gestation depuis plus de dix ans, il n’avait pas économisé ses efforts pour convaincre les Prillérans tout au long de la campagne. Pour lui, c’est l’un des ingrédients qui ont fait la différence: «Nous sommes allés vers les gens. Nous avons osé montrer l’ensemble du projet au-delà de Malley-Gare. On ne pouvait pas nous reprocher de saucissonner l’information.»

Des enjeux au-delà de Prilly

Pour accueillir le verdict, il n’y avait de loin pas que les autorités de Prilly au stamm des partisans. Municipale en charge de l’Urbanisme à Renens, Tinetta Maystre était là, elle aussi, avec le syndic Jean-François Clément, pour saluer le choix des Prillérans. C’est qu’un rejet de Malley-Gare aurait mis à mal une planification qui touche aussi très largement le territoire renanais. «Ce vote valide une volonté de développement que je qualifierais de raisonnable, a-t-elle commenté. Il y a une vision d’ensemble pour l’Ouest lausannois qui vise à développer davantage certaines zones, comme Malley, et d’autres moins.» Jointe par téléphone, Claudine Wyssa, syndique de Bussigny et présidente du SDOL (Stratégie et développement de l’Ouest lausannois), souligne, elle aussi, la portée du projet de Malley, qui touche bien plus que Prilly: «La population a compris l’enjeu que représente le développement de l’Ouest lausannois et que, pour cela, il faut des projets qui ont de l’ambition et de l’envergure.» Elle tempère néanmoins, ajoutant que, si le vote de dimanche est un signal, il ne veut pas dire que la construction de tours deviendra la règle dans la région.

«Le projet des tours de Malley n’est pas sorti d’un chapeau comme on l’a vu à Lausanne, mais s’intègre dans la planification de tout un quartier»

Le discours est le même du côté de Lausanne. Présent lui aussi sur place pour féliciter le camp du oui, le syndic Grégoire Junod a relevé que certaines erreurs ayant conduit au rejet de la tour Taoua n’ont pas été répétées à Prilly: «Le projet des tours de Malley n’est pas sorti d’un chapeau comme on l’a vu à Lausanne, mais s’intègre dans la planification de tout un quartier.» Des leçons précieuses pour construire en hauteur dans la capitale? «On retient de Malley qu’il est nécessaire de bien planifier, mais le vote de Prilly ne veut en tout cas pas dire qu’on va construire des quantités de tours à Lausanne», a-t-il précisé.

La lutte n’est pas finie

Du côté des opposants, on concède la victoire, mais l’esprit reste combatif. «Ce vote n’est pas un chèque en blanc pour les autorités. Nous aurons des demandes concernant la suite du développement de Malley», précise d’emblée Jean-Claude Péclet, président de l’Association Avenir Malley, qui a farouchement défendu le non face aux autorités. A l’entendre, les débats ont bien des chances de se poursuivre lorsque les prochains plans de quartier seront dévoilés, en particulier celui de Malley-Viaduc, situé au nord de la halte CFF et qui devrait comprendre lui aussi deux tours: «Durant la campagne, j’ai beaucoup entendu les gens dire qu’ils n’ont rien contre Malley-Gare et qu’il est temps que les choses bougent. Je pense en revanche que l’opposition sera bien plus forte contre le futur plan de quartier Malley-Viaduc.» Dans un communiqué, Avenir Malley a d’ores et déjà demandé qu’un con­cours d’idées soit organisé pour trouver des alternatives aux tours qui sont pour l’instant envisagées à Malley-Viaduc.

La voix des opposants continuera certainement à résonner, mais il se pourrait que certains de leurs messages soient déjà passés. «Nous allons faire très attention dans l’élaboration du plan de quartier Malley-Viaduc, promet Alain Gillièron. Nous nous donnons encore environ une année pour travailler les finitions et nous tiendrons compte des critiques que nous avons entendues durant cette campagne. J’espère que nous n’aurons pas à repasser par un référendum comme pour Malley-Gare!» Première inflexion peut-être, on a appris pendant la campagne que la hauteur maximale prévue pour l’une des tours de Malley-Viaduc avait été revue à la baisse, passant de 100 mètres à 90 mètres.

Créé: 28.11.2016, 10h10

«Un tel projet soigne la région»

Construire en hauteur là où c’est nécessaire et surtout densifier: pour l’architecte cantonal, Emmanuel Ventura, le vote de Prilly montre que ces deux principes commencent à faire leur chemin.

Le oui des Prillérans est très clair. C'est une surprise pour vous?

Oui et non. On ne sait jamais ce qui peut se passer dans une votation, mais je relève que Prilly avait déjà voté oui dans une même proportion à la LATC (ndlr.: loi sur l’aménagement du territoire et les constructions), dont le principe est de densifier et de bâtir en ville. La construction de tours faisait d’ailleurs partie de l’argumentaire de cette campagne-là. Le oui à Malley-Gare est donc cohérent de ce point de vue.

Y a-t-il une vraie tendance à construire en hauteur dans l’agglo?

J’ai entendu dire qu’il est stupide de construire des tours dans des petites localités de 6000 habitants comme Chavannes-près-Renens ou Le Mont-sur-Lausanne. Mais les gens commencent à comprendre que ces communes sont en fait des quartiers d’une grande ville, la Métropole lémanique. Il fait tout à fait sens d’y construire des tours.

En tant qu’architecte, un quartier de cinq tours, cela vous enthousiasme?

Oui. La région est malade, malade de son trafic, du va-et-vient de ses habitants, de sa mobilité. Je suis content qu’on la soigne avec des projets de ce type. Le cas de Malley sera doute une première en Suisse romande, mais des exemples un peu semblables existent déjà en Suisse alémanique. A Lucerne, j’ai visité deux tours qui sont des lieux de vie tout à fait surprenants, avec des commerces, des crèches… Surtout, les gens ont une véritable fierté de vivre là.

Commentaire

Le vote de Prilly est la validation d’un pari ambitieux, pas une carte blanche

Au jeu de la construction de tours, c’est quitte ou double dans l’agglomération lausannoise. Avec Malley-Gare, c’est un projet emblématique qui passe l’épaule. Il ouvre la voie à un quartier dominé non par un seul, mais par cinq immeubles. Le pari pouvait sembler fou, même – voire surtout – à ceux qui l’ont lancé. Après des semaines d’une campagne sous haute tension, le verdict des urnes a sans doute donné lieu à un profond soulagement du côté des autorités et des propriétaires. A Bussigny et à Lausanne, la population avait douché des rêves de hauteur bien moins ambitieux que cela. Dimanche, Prilly a pourtant rejoint le camp de Chavannes-près-Renens, avec son immeuble-forêt adoubé par surprise, et du Mont-sur-Lausanne, avec sa tour de 18 étages tout juste sortie de terre dans l’indifférence générale.

Pour autant, l’agglomération va-t-elle se construire de plus en plus à la verticale? Rien n’est moins sûr. D’une part, le risque de voir le couperet du référendum s’abattre sur un projet en gestation depuis plus de dix ans n’a jamais été aussi patent. Revaloriser la plus grande friche du canton valait bien un peu d’audace. Et elle a payé. Mais l’exercice reste ô combien délicat. D’autre part, nous arrivons décidément au bout de cette ère où les propriétaires de terrains, les autorités locales et les urbanistes ficelaient leurs projets en petit comité. Aujourd’hui, la transparence à toutes les étapes des processus est un minimum, et la demande de la population pour des démarches participatives ne cesse d’augmenter. Dessiner des quartiers main dans la main avec ses habitants et ses riverains, ce n’est peut-être pas pour demain, mais leur voix ne cessera de prendre du poids.

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