Le procès d’un élu renanais révèle les malaises du PS

JusticeAccusé de captation de suffrages en février 2016, A.K. aurait fait tracer les noms de colistiers. Il nie avoir manipulé des bulletins.

Prévenu pour captation de suffrages lors des élections communales en 2016, A.K. siège toujours au Conseil communal de Renens, mais a été suspendu par le PS vaudois.

Prévenu pour captation de suffrages lors des élections communales en 2016, A.K. siège toujours au Conseil communal de Renens, mais a été suspendu par le PS vaudois. Image: CHRISTIAN BRUN

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En d’autres temps, ils siégeaient ensemble au Conseil communal de Renens dans les rangs du PS. Mardi, deux hommes ont marqué leurs retrouvailles au Tribunal d’arrondissement de Lausanne, l’un en tant que plaignant, l’autre en tant que prévenu. Sur le banc des accusés, A. K. devait répondre de captation de suffrages pour avoir modifié quelque 120 bulletins de vote lors des élections communales de février 2016.

L’élu, qui siège toujours au plénum, aurait systématiquement ajouté son nom et biffé les noms de cinq autres candidats socialistes. Il aurait ensuite personnellement distribué les bulletins auprès d’électeurs de la communauté kurde, dont il fait lui-même partie. Au final, A. K. a été réélu en quatrième position sur sa liste, tandis que ses cinq colistiers restaient sur le carreau. L’un d’eux a déposé plainte et mis un terme à sa carrière politique.

Allégations au sein du parti

Mise en branle par l’envoi de dénonciations anonymes, l’affaire avait fait grand bruit, conduisant à un recomptage des votes ainsi qu’à l’ouverture d’une instruction pénale. Mardi face à la juge, le procureur Christian Buffat a longuement détaillé les résultats de cette enquête, résultats qui l’ont convaincu non seulement de demander un procès, mais d’y représenter personnellement le ministère public, chose rare pour une infraction passible d’une simple amende.

Son réquisitoire met surtout en lumière le profond malaise que les soupçons contre A. K. ont suscité au sein du Parti socialiste. On apprend en particulier les éléments rapportés au Comité directeur du PS vaudois (PSV) par Patricia Zurcher Maquignaz, qui a accédé à la Municipalité lors de ces élections. Dans le cadre d’une procédure interne lancée contre A. K. en raison du scandale, elle relate notamment les accusations virulentes qu’il aurait portées contre d’autres socialistes renanais lors des élections cantonales de 2012. Il leur aurait reproché d’avoir négligé les intérêts du parti en isolant des bulletins douteux, alors qu’ils agissaient comme observateurs du dépouillement. Appelé à s’exprimer, A. K. a en effet relevé que, selon lui, certains élus n’avaient pas été «loyaux» en écartant des votes qui ne leur «convenaient pas».

Mais ce n’est pas la seule allégation que relève le procureur sur la base du témoignage de Patricia Zurcher Maquignaz. Selon elle, A. K. aurait ainsi accédé à la présidence de l’association des jardins familiaux de Renens à l’issue d’un vote où le nombre de bulletins était supérieur au nombre de membres inscrits. «Elle n’était pas présente, a répliqué A. K. Chaque fois que je réussis quelque chose, on m’accuse.»

Marianne Huguenin citée

Face au procureur, A. K. a fermement rejeté l’accusation selon laquelle il se serait rendu personnellement chez des membres de la communauté kurde pour leur remettre des bulletins. «C’était pour d’autres raisons, comme un anniversaire, mais pas pour cela.»

Christian Buffat a alors relevé la source de cette allégation: «Ce sont les déclarations d’un témoin, et pas des moindres puisqu’il s’agit de Marianne Huguenin.» Selon le témoignage de l’ancienne syndique popiste, des membres kurdes de son parti lui ont en effet rapporté qu’A. K., avant même le scrutin, «allait partout» et «contactait beaucoup de monde», ce par quoi il fallait comprendre que l’élu s’apprêtait non seulement à faire campagne, mais à «ramasser des bulletins de vote».

Dans sa plaidoirie, l’avocate d’A. K., Me Antonella Cereghetti, n’a pas manqué de dire que les déclarations de Marianne Huguenin relevaient de l’interprétation et non de la preuve. Elle est également revenue sur l’agressivité prêtée à A. K., notant que sa manière de s’exprimer sur la politique n’avait «rien de vaudois», avant de conclure: «On a stigmatisé mon client.»

Mais surtout, selon la femme de loi, l’instruction du procureur repose essentiellement sur des rumeurs portées par des élus socialistes. Elle a rappelé que l’expulsion d’A. K., décidée par le comité directeur du PSV, avait été annulée par la commission de recours du parti. Le PSV indique en effet que ce n’est qu’au mois de mai, après l’annonce de la tenue d’un procès, que le PS a prononcé, non pas son exclusion, mais sa suspension, jusqu’à la décision de justice. Enfin, Me Cereghetti a rappelé qu’au terme d’un recomptage effectué sous l’égide de deux préfets le Conseil d’État avait conclu qu’aucun signe de captation de suffrages n’avait été identifié par le bureau du Conseil communal. Le jugement doit être rendu jeudi. (24 heures)

Créé: 21.08.2018, 17h53

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