Dix-huit ans requis pour un crime presque parfait

Meurtre d’AssensRéquisitoire massue au procès à Yverdon de l’ingénieur qui a étranglé son épouse en 2012 et enterré le corps, sûr d’avoir un alibi en béton.

La maison où s'est déroulé le drame, à Assens.

La maison où s'est déroulé le drame, à Assens. Image: PATRICK MARTIN

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«Un alibi inattaquable, un scénario digne de Hitchcock dans Le crime était presque parfait.» Pour le procureur Donovan Tesaury, le plan exécuté par le meurtrier d’Assens est digne de ce classique du cinéma. Il y voit une détermination et une absence de scrupules méritant une condamnation à 18 ans de prison ferme pour assassinat.

Jugé depuis lundi par le Tribunal criminel à Yverdon, cet ex-ingénieur de la Ville de Lausanne avait fini par admettre, quarante-cinq jours après les faits, avoir étranglé son épouse, une Roumaine, à son domicile, dans son lit, en octobre 2012. Il avait alors conduit la police dans une forêt voisine où il avait sommairement enterré le corps pour faire croire à une disparition, après avoir simulé un cambriolage.

Invité à dormir chez des amis, l’homme leur avait discrètement faussé compagnie en pleine nuit pour retourner à sa villa d’Assens commettre son crime, puis était tout aussi discrètement rentré se coucher, se croyant au-dessus de tout soupçon. Il lui est aussi reproché d’avoir laissé sans surveil­lance pendant une douzaine d’heures son fils de 3 mois, qui dormait dans une chambre voisine de celle de sa maman.

«Une personne sans affect»
Le procureur ne croit pas un mot de la version de l’accusé. Ce dernier réfute toute préméditation. Il soutient qu’il aimait sa femme, qu’il aurait été pris d’un besoin soudain d’aller à la villa parlementer avec elle, qui était sur le point de demander le divorce. Arrivé à son chevet, il affirme avoir perdu tout contrôle de lui lorsqu’elle l’aurait accueilli avec des insultes.

«Tous les éléments du dossier permettent de dire que c’est faux, qu’il n’y a pas eu le moindre pétage de plombs dans cette affaire, lance le magistrat. C’est une théorie qu’il a eu le temps de mettre au point pendant les six semaines précédant son arrestation. Ce serait en complet décalage avec ce qu’il est et ce qu’il dit.» Et d’ajouter: «On sait que c’est quelqu’un de posé, de méthodique, qui se contrôle, que l’expert psy décrit comme une personne sans affect. On dit de lui que, lorsqu’il prend une décision, il va jusqu’au bout.» Telle est en effet l’impression qu’a donnée l’accusé au cours des deux journées qu’a duré le procès. S’exprimant sur un ton égal, jamais il ne s’est départi de son calme ni n’a montré d’émotion.

«C’est quelqu’un qui a l’habitude de définir les options qu’il a à disposition face à un problème, poursuit Donovan Tesaury. La perspective d’un divorce lui faisait entrevoir de coûteuses conséquences financières, le meurtre de son épouse devait lui apparaître comme la meilleure des options.» De fait, cet ingénieur disposait non seulement d’un salaire confortable, mais aussi de biens immobiliers reçus par héritage, dont la villa d’Assens.

«Il n’y a pas eu de discussion avec son épouse cette nuit-là, assène le Parquet. Il a surgi, s’est mis sur elle à califourchon. Il l’a étranglée avec ses grandes mains. Elle s’est sans doute réveillée. Imaginez la situation de confusion qu’elle a vécue à ce moment.» Pure supposition? Pas vraiment. Cette description ressort de la reconstitution au cours de l’enquête. «On y entend le bruit glaçant du crâne du corps que le meurtrier tire par les pieds en bas de l’escalier. Un bruit que le bébé a dû percevoir…»

Les 18 ans requis tiennent compte d’une très légère diminution de responsabilité pénale préconisée par les psys, des aveux, des regrets exprimés («même s’ils sonnaient comme le discours d’un chef de service à la Ville de Lausanne») et des offres de dédom­magement des parents, frère et sœurs de l’épouse roumaine, ainsi que du bébé orphelin de sa maman. Verdict prochainement.

Créé: 17.02.2015, 17h02

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