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À la promenade Jean-Jacques Mercier, la nature convoque Ovide

Tout l’été, «24 heures» part à la rencontre des œuvres de Lausanne Jardins et des lieux qu’elles ont occupés.

La promenade Jean-Jacques Mercier héberge deux installations. Tout en haut, la maison de toile qui n’a jamais été construite. Au-dessous, le silo de la «camera obscura».Images: FLORIAN CELLA
La promenade Jean-Jacques Mercier héberge deux installations. Tout en haut, la maison de toile qui n’a jamais été construite. Au-dessous, le silo de la «camera obscura».Images: FLORIAN CELLA

Aux contreforts de l’avenue du Léman, la promenade Jean-Jacques Mercier coule vaillamment en direction du lac. L’histoire du lieu et sa merveilleuse situation ont inspiré deux installations. L’une, montée de toile par trois paysagistes de Hollande et de Grande-Bretagne, raconte le projet de construction d’un grand immeuble sur le site qui finit par capoter. L’autre, plus conceptuelle, explore la configuration en cascade de l’endroit en y figurant le cycle naturel de l’eau.

Emmanuelle Agustoni, architecte, et sa comparse Myriam Treiber, architecte designer, sont venues sur place nous montrer leur «Parc des métamorphoses» intitulé «Pranvera» (printemps en albanais). Avec Marine Fleury, architecte scénographe, et Marie-Astrid Chavanes, architecte paysagiste, les jeunes professionnelles ont mis en scène un tableau vivant inspiré du Livre I des «Métamorphoses» d’Ovide. Cinq scènes articulées en deux actes présentent ainsi le cycle de l’eau tout au long de la promenade.

«Chaque installation est un personnage au cœur d’un acte», expose Emmanuelle Agustoni. Dans le haut du site, une camera obscura est aménagée sous la rotonde. Il suffit de pénétrer dans le silo de tôle et d’attendre que l’œil s’habitue à l’obscurité. Au bout de quelques minutes, un tableau vivant se révèle: c’est l’image du lac, à l’extérieur, projetée à l’envers par une lentille depuis une minuscule ouverture. «Le lac fait, en quelque sorte, partie de l’installation», pointe Myriam Treiber. Le travail des jeunes femmes est émaillé d’allusions aux jardins italiens et à l’Antiquité.

Plus loin, l’escalier central est flanqué, sur chacun de ses côtés, de buses qui diffusent une brume rafraîchissante toutes les dix minutes. La vapeur sera «récoltée» par un «attrape-brouillard», un peu plus bas, montrant la recondensation de l’eau. Le liquide est ensuite dirigé vers des clepsydres d’où il s’égoutte sur un mur parsemé de mousses. «La mousse est le proto-végétal qui va recréer la verdure», poursuit Emmanuelle Agustoni.

La promenade Jean-Jacques Mercier tient son nom du donateur de l’illustre famille lausannoise qui accorda 40'000 francs en 1903 à la Ville de Lausanne pour transformer le site de Chissiez, planté de vigne. Cet endroit avait été menacé auparavant par un projet de construction d’une grande demeure. Les riverains avaient combattu l’idée au moyen d’une pétition.

Le don Mercier en vue de créer une «promenade publique» fut concédé parmi d’autres (476'000 francs au total) attribués aux collectivités publiques et à diverses institutions peu après le décès du père de Jean-Jacques Mercier, Jean-Jacques-Pierre-François Mercier.

La Commune fit diligence, trouva les sommes complémentaires et acheva le parc de 12'500 m2 en 1910. Il fut planté de centaines d’essences, formant un véritable arboretum urbain, resté très important.

Les architectes de «Pranvera» s’y sont arrêtées. Un «psaume arboretum» est récité par des haut-parleurs cachés dans les arbres à la scène 2 de l’acte II du «Parc des métamorphoses». Des comédiens y récitent les noms latins des arbres encore debout et de ceux qui ont malheureusement disparu.

Au moment de visiter «Pranvera», on peut commencer la balade à partir du haut du site. Pour savourer dans toute son ampleur le travail des architectes, il faut prendre l’un des dépliants au bas des premiers escaliers et le lire au fur et à mesure des étapes.

En filigrane, l’installation et le texte qui la soutient laissent sourdre l’inquiétude de la jeune génération face à l’urgence climatique. Emmanuelle Agustoni souligne que l’œuvre qu’elle a créée avec ses collègues renvoie à la «préciosité des ressources».

L’épilogue du «Parc des métamorphoses» évoque une nature «altérée et fatiguée» qui «attend sa revanche». «La catastrophe intérieure menace, écrivent encore les auteures. Saurons-nous l’entendre?»

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