La pugnacité lui vient de sa mère

PORTRAITNathalie Luyet, architecte urbaniste, cheffe de projet de «Pôle Gare», Lausanne.

Image: FLORIAN CELLA

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L’échelon communal est son niveau, car le contact avec les habitants s’y trouve au plus près. Tout pour plaire à la cheffe de projet Pôle Gare de Lausanne, chantier colossal qui va métamorphoser le nœud ferroviaire et le quartier. Nathalie Luyet aime par-dessus tout la dimension humaine. Et avoue de surcroît un penchant pour la complexité. Comme si le poste avait été taillé pour elle. «Les grands travaux urbains nous donnent l’occasion une fois par siècle et demi de revoir les éléments structurants d’un quartier. A nous de la saisir, de nous bagarrer. L’objectif est d’amener un mieux pour les gens: de ne pas tout subir.» L’architecte urbaniste valaisanne coordonnera les projets. Elle mettra du lien et ajoutera du sens entre le pôle muséal, l’extension de la gare, la transformation de sa place et l’élargissement de la desserte du métro. La nouvelle Hercule d’Olivier Français en a pris pour quinze ans.

Cette sagittaire connaît la lutte. Sa mère la voyait en guerrière. Et lui contait les exploits de Penthésilée, la reine des Amazones. Cette mère – enfant de la guerre, car née en 1938, et trop tôt disparue – dotée d’une résilience hors pair lui a transmis la pugnacité. «Je ne lâche pas facilement. La vie n’est pas facile, il ne faut pas lâcher au premier moment. Lorsque je suis convaincue par quelque chose, je suis persévérante.»

Nathalie Luyet parle calmement. Sa voix se pose doucement sur la table. On la sent ferme après s’être étonnée d’un voile fragile et inquiet qui effleure son visage. Le bouillonnement intérieur – oui, l’architecte confesse son impatience – se traduit par les gestes ronds et rapides qui animent ses mains lorsqu’elle s’exprime. «Je vais vite, j’aimerais que tout aille vite.» Plus il y a de soleil ou de lumière, davantage ses yeux tournent au vert. La nouvelle urbaniste de Lausanne arbore une féminité à la garçonne. Elle assortit son écharpe à son pantalon, porte le cheveu court et, un anneau au doigt mis à part, se passe de bijoux.

«Je suis douée pour faire ensemble: je ne sais rien faire contre les gens.»

Séparée du père de sa fille, Agathe, elle vit à Martigny. Et pendule en train. Ah, les gares, elle les traverse et y travaille! Ses réalisations autour de celle de Sion ont été remarquées. A Genève, dans son panier de labeur avec le quartier en devenir Praille Acacias Vernets, elle avait aussi hérité des haltes du CEVA (liaison Cornavin - Eaux-Vives - Annemasse). Deux ans au bout du lac lui ont suffi pour saisir que la méthode n’était pas la sienne. Nathalie Luyet ne saurait imposer les choses d’en haut. «Je suis douée pour faire ensemble: je ne sais rien faire contre les gens.» Oui à la force du compromis, «je n’aurais pas pu être l’urbaniste de Napoléon III». Et d’oser cette profession de foi: «J’éprouve une passion pour le collectif. Sauvegarder l’intérêt commun devant la montée des individualismes dans la société, telle est ma quête.»

Cette originaire de Savièse, fille de restaurateurs, agnostique, ne peut se passer des montagnes. Elle y revient sans cesse marcher pour se détendre. La forêt aussi lui est nécessaire. Il faut dire que, enfant, elle passait l’été sur l’alpe avec ses grands-parents. Pieds nus, en sauvageonne. «Lors des tempêtes de fœhn, le vent dans les branches m’apaisait.» Danse, yoga autrefois, méditation, elle sait se calmer. Il lui arrive au travail, pendant la pause de midi, de se réfugier dans son bureau et de tirer la prise. «Je marmonne un peu, ça m’aide.»

Les vignes, le vin lui tiennent aussi à cœur. Son père, le chef de cuisine Jean-Jérôme Luyet, le collectionne. Et, plutôt que lui lire les contes de Perrault ou d’Andersen, il lui racontait l’histoire des Bordeaux ou des Bourgogne. Ou il leur bandait les yeux, à elle et à sa sœur, leur passant des épices sous le nez afin d’exacerber leur sens olfactif. Nathalie Luyet dévore la littérature en boulimique, passant du beaucoup au presque rien. Dans son firmament trônent Paul Auster et son épouse Siri Hustvedt. Ils sont rejoints par la chanteuse Camille, qui plaît tout autant à sa fille de 16 ans. Plus haut encore, mais rayonnant sans doute davantage, se tient l’exploratrice et écrivaine Ella Maillart. Nathalie Luyet aurait tellement voulu lui ressembler et lui rendre visite à Chandolin. Ce qu’elle n’a pas fait. A regret. «Je me suis dit: plus jamais je n’oserai jamais.» Elle affirme ne pas avoir abandonné ce projet de vie. Elle, qui a failli naître aux Etats-Unis, se sent nomade dans l’âme. Elle est curieuse des autres, et l’urbanisme ne passe-t-il pas par la vie des gens, leur culture, les mélanges? «C’est une forme d’exploration. Je n’ai pas le titre, mais ce que je fais s’en rapproche. J’en suis très heureuse.» (24 heures)

Créé: 19.11.2014, 13h36

Carte d'identité

Née le 29 novembre 1966 à Sion.

Six dates importantes

1976 Après dix ans à Bex et à Aubonne, ses parents restaurateurs reviennent en Valais tenir Le Comte Vert à Conthey.

1993 Sort diplômée de l’EPFL. Elle s’est formée en urbanisme à l’Uni de Genève.

1991 En stage chez Dominique Perrault, elle œuvre sur la Bibliothèque de France.

1998 Naissance d'Agathe.

2005-2011 Architecte de la Ville de Sion.

2012 Engagée par l’Office d’urbanisme de l’Etat de Genève, démissionne ce printemps.

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