Puni pour sa violence au CHUV, un policier veut être acquitté

Tribunal cantonalCondamné à 30 jours amendes avec un sursis, un appointé lausannois critique les témoignages qui l’ont mis en cause.

Les faits se sont produits le 19 mai 2017, aux Urgences du CHUV. Une jeune policier lausannois a été condamné à 30 jours-amendes à 60 fr, avec un sursis de deux ans, pour avoir frappé un homme sous l'influence de l'alcool. Le Tribunal cantonal s'est plongé dans le dossier lundi.

Les faits se sont produits le 19 mai 2017, aux Urgences du CHUV. Une jeune policier lausannois a été condamné à 30 jours-amendes à 60 fr, avec un sursis de deux ans, pour avoir frappé un homme sous l'influence de l'alcool. Le Tribunal cantonal s'est plongé dans le dossier lundi. Image: Jean-Paul Maeder

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L’appointé de la police lausannoise qui se présentait lundi devant les juges cantonaux donne une image de lui bien éloignée du «flic Rambo». Âgé de 29 ans, il parle posément et avec calme. Il décrit ses excellents états de service et la confiance que lui voue son commandant.

Un agent de sécurité et quatre membres du personnel soignant du CHUV ont pourtant une opinion peu reluisante de ce policier, à la suite de son intervention sur un patient alcoolisé, agité et vociférant, amené aux urgences peu avant 23h30 le soir du 19mai 2017, après une altercation avec un conducteur du train Lausanne-Échallens-Bercher (LEB). Ces témoins décrivent des coups de poing, de pied ou de genou, donnés avec «haine», «méchanceté» ou «acharnement» sur un homme au comportement certes difficile mais déjà maîtrisé et menotté. En se fondant notamment sur un rapport de l’employé de Securitas, le CHUV a dénoncé les faits à la justice. Le 7 juin 2019, le Tribunal de police de Lausanne a condamné le policier à 30 jours-amendes à 60 fr. avec sursis pendant deux ans, pour abus d’autorité. L’appointé a fait appel. Il n’a pas subi de sanction interne. Mais, relève-t-il, une décision pourrait encore le frapper selon l’issue pénale.

«Policiers mal compris»

Si cinq professionnels de la sécurité et de la santé ont témoigné en sa défaveur, c’est en raison d’une incompréhension, affirme le policier: «Quand nous intervenons au CHUV, nous sommes mal compris, nous sommes les méchants.» Il avait affaire à une personne qui hurlait avoir le sida et une hépatite. L’appointé craignait une morsure et le risque de contagion. Après l’intervention, il a senti que quelque chose n’allait pas, que «ça avait mal passé».

A-t-il frappé l’homme, qui n’a pas déposé de plainte? Il l’admet. Mais pas comme les cinq témoins l’ont raconté. Eux décrivent un policier à califourchon sur un homme à terre. L’appointé réfute: «Je me suis retrouvé sous le patient, un de mes bras bloqué entre son visage et les menottes.» L’appointé explique avoir appliqué la technique dite de la crevette ou de la langouste, un dégagement de hanche permettant de se libérer. «Cette seule technique était trop risquée sans les frappes. Je les ai données en me dégageant. Ensuite, c’était fini.»

Son avocat, Me Xavier de Haller, met en évidence les divergences qui fragilisent selon lui les témoignages. Il insinue que les employés du CHUV ont peut-être discuté entre eux, créant une impression collective de dégoût. «Mais qu’est-ce que ces gens ont vu?» lance-t-il. Selon le défenseur, les différences sont loin d’être légères. Alors que, selon certaines affirmations, l’appointé se trouvait sur la victime, un témoin affirme avoir stoppé l’agent qui s’apprêtait à frapper du pied. «Les témoins ont vu quelque chose, mais leurs déclarations ne permettent pas de cerner un petit dénominateur commun. Y a-t-il eu des coups ou non? De pied ou de genou? Ces témoignages sont à relativiser. Il faut les interpréter de la manière la plus favorable à l’accusé», affirme Me de Haller, qui réclame l’acquittement de son client.

Témoins «choqués»

Le Ministère public, lui, ne veut pas se laisser impressionner par des techniques policières aux noms de crustacés. Pour la procureure Magali Bonvin, le dénominateur commun entre les témoins existe bel et bien. Ils affirment que le policier était sur la victime; que les coups n’avaient pas pour but de maîtriser un patient agité mais qu’il existait une «volonté de frapper». «Peu importe que les coups aient été donnés avec les pieds, les poings ou les genoux. Ce que les témoins disent, c’est qu’ils ont été choqués par ce qu’ils ont vu», affirme la magistrate. Selon elle, l’appointé a arrangé la situation a posteriori «pour vivre avec et continuer son métier. Il a de la difficulté à reconnaître la réalité.» Elle relève que le Ministère public n’avait pas fait appel, même si la sanction qu’il avait infligée par ordonnance pénale – 90 jours-amendes avec sursis – était supérieure à celle du tribunal. Ce qui compte, «c’est une peine de principe», souligne Magali Bonvin.

Victime «fragilisée»

Le patient agité ne s’est pas présenté devant les juges cantonaux. «Il ne voulait pas être replongé dans cette soirée au CHUV. Il est fragilisé. Il est une victime turbulente, irrespectueuse, mais il est une victime», estime son avocat, Me François Chanson. Lui aussi pense que les témoins, des professionnels expérimentés, «disent tous la même chose»: ils décrivent un policier qui «s’est emporté», dont l’intervention était «démesurée et d’une intensité hors du commun». Une infirmière raconte que «c’est la première fois qu’elle est dérangée par une action policière». «Mon client a perdu confiance en la police, donnez-lui confiance en la justice», lance l’avocat.

L’affaire n’est pas facile à démêler. La Cour cantonale l’examinera en détail. Elle rendra son jugement par écrit dans les cinq jours.

Créé: 19.11.2019, 07h04

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