Un quart des impôts pour payer la police

Finances et sécuritéLe syndic de Lausanne révèle le bras de fer qui l’oppose au Canton.

Daniel Brélaz n’accepte pas de se conformer aux «effectifs optimaux» qu’évoque le Département de la sécurité.?

Daniel Brélaz n’accepte pas de se conformer aux «effectifs optimaux» qu’évoque le Département de la sécurité.? Image: JEAN-BERNARD SIEBER

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Cette précision du syndic de Lausanne semble être passée inaperçue. Comme si, de toute façon, la sécurité n’avait pas de prix. Pourtant, à l’occasion d’une longue interview parue dans la dernière édition du Matin Dimanche, Daniel Brélaz a recouru à une formule choc pour que cette facture apparaisse dans toute son ampleur: «Lausanne met 100 millions de francs pour sa police. Ce qui représente l’équivalent de 22% à 23% du produit des impôts.» Un quart des sommes perçues auprès des contribuables lausannois pour assurer la sécurité, est-ce raisonnable, est-ce viable?

Sous-effectif diagnostiqué

La question se pose d’autant plus que ce n’est pas encore assez! A en croire les polémiques récurrentes découlant du sentiment d’insécurité au sein de la population, les agents de la police municipale restent en sous-effectif. C’est d’ailleurs ce que dit et répète la ministre cantonale de la Sécurité, Jacqueline de Quattro, qui a mis la Ville sous pression pour qu’elle engage rapidement des agents. La conseillère d’Etat est allée jusqu’à préciser que les gendarmes venant épauler de cas en cas leurs collègues municipaux seront bientôt facturés à la Commune. Le commandant Jacques Antenen vient de relayer cet ultimatum dans l’éditorial du trimestriel de la «Pol Cant»: «Ce soutien ne peut être accordé que pour une période forcément limitée, le temps pour la police lausannoise d’adapter ses effectifs et son dispositif.»

Des options académiques

Dimanche, Daniel Brélaz a donc lancé sa contre-offensive. Dans la foulée, il révèle aujourd’hui ce que le Département cantonal de la sécurité n’a jamais voulu préciser. Soit le nombre de policiers que la Ville devrait engager selon l’«instrument d’aide à la décision» conçu tout exprès pour la réforme policière vaudoise par l’Ecole des sciences criminelles de l’Université de Lausanne. Sur la base d’une compilation des données du «journal des événements» tenu entre 2008 et 2010 par les différentes polices vaudoises, une formule mathématique complexe a permis de déterminer un «effectif optimal» pour chacun des neuf corps intercommunaux de police.

Cette estimation académique, raconte le syndic, répondait à deux scénarios. L’un, dit d’«ambiance», a évalué l’effectif nécessaire pour que la population puisse surmonter son sentiment d’insécurité. «Rien qu’à Lausanne, cela représentait près de 200 agents supplémentaires», soupire Daniel Brélaz. Le second scénario fixait l’effectif suffisant à répondre aux missions premières (appels, événements, patrouilles…): 86 agents supplémentaires.

C’était encore bien trop pour les capacités financières de Lausanne. La Municipalité n’a consenti à engager que 30 agents supplémentaires d’ici à 2014, et au maximum 30 autres d’ici à 2016, selon ses revenus.

Le syndic fait du chantage

Le problème, constate Daniel Brélaz, c’est que d’un point de vue politique, le coût de la sécurité ne peut plus être augmenté. Le syndic en vient alors à évoquer des solutions extrêmes. «Dans un premier temps, nous pourrions ne plus assumer notre police judiciaire. Le Canton serait contraint de la reprendre.» Economie pour Lausanne: 5 à 6 millions. «Et si ça ne suffit pas, on renoncera à notre police municipale.» Celle-ci serait fondue dans la police cantonale, et son coût serait partagé dans le cadre d’une péréquation intercommunale.

Hypothèse d’école, relève le syndic, un rien sardonique: «Car je n’imagine pas que le Canton et les autres communes acceptent de se répartir une facture supplémentaire de 65 millions. Je crois plutôt qu’ils nous laisseront dimensionner notre police en fonction de nos moyens financiers…»

Créé: 18.07.2012, 07h12

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Les dessous de la douloureuse

Sur quels chiffres Daniel Brélaz s’appuie-t-il pour affirmer que près d’un quart des impôts des Lausannois est absorbé par la police municipale? Au budget 2013, 98,6 millions sont inscrits à ce poste. Du côté des recettes, les impôts sur les personnes physiques et morales devraient être légèrement supérieurs à 410 millions. D’où les 22% à 23% mentionnés par le syndic. Qui admet qu’en prenant en compte le montant des amendes (33 millions, d’où un coût net de la police de 66 millions), cette proportion est ramenée à 15%. Quoi qu’il en soit, observe Daniel Brélaz, «le coût de la police a doublé en vingt ans».

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