A 100 ans, l’Eglise scientiste se redimensionne faute de fidèles

ReligionLa communauté religieuse, qui croit à la guérison par la prière, espère vendre son lieu de culte

Le député Régis Courdesse, président du conseil exécutif de l'Eglise du Christ Scientiste de Lausanne, dans l'ancienne salle de culte, désaffectée depuis une dizaine d'années.

Le député Régis Courdesse, président du conseil exécutif de l'Eglise du Christ Scientiste de Lausanne, dans l'ancienne salle de culte, désaffectée depuis une dizaine d'années. Image: Vanessa Cardoso

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Denise Melchner dit avoir eu conscience de sa première «guérison» alors qu’elle n’était encore qu’une enfant. «L’école m’avait renvoyée à la maison car j’avais la varicelle. Maman a alors prié pour moi. Le lendemain, j’étais guérie.» Membre de l’Eglise du Christ scientiste de Lausanne, cette retraitée croit à la guérison spirituelle, élément central de la doctrine de ce mouvement religieux né aux Etats-Unis à la fin du XIXe siècle. Peu connue ici, la communauté des scientistes chrétiens, à ne pas confondre avec les scientologues, fête cette année le centenaire de son implantation dans la capitale vaudoise. Elle bénéficie en Suisse du principe de la liberté de croyance.

Confrontée comme d’autres Eglises à la baisse du nombre de fidèles, l’Eglise du Christ scientiste de Lausanne cherche à rationaliser ses dépenses. Son objectif: revendre l’édifice qu’elle s’est construit à l’avenue Sainte-Luce, près du Conservatoire, en 1952. A cette époque, les 400 places de la salle de culte trouvaient facilement preneur. Mais, depuis dix ans, c’est un étage plus bas, dans une pièce aux murs saumon pouvant accueillir jusqu’à 70 personnes, que les adhérents se réunissent, alors que la communauté lausannoise ne compterait plus que «quelques dizaines» de membres. Les statuts de l’Eglise mère de Boston interdisent à ses filiales de divulguer le nombre exact de leurs effectifs.

Les scientistes de la capitale vaudoise attendent désormais avec impatience la concrétisation de la promesse de rachat de Solvalor. Le fonds de placement immobilier envisage de démolir le bâtiment pour construire des logements à la place. Une petite église est également prévue au rez-de-chaussée; elle resterait propriété des scientistes. «En nous retrouvant dans un espace plus petit, nous pourrons nous recentrer sur l’essentiel», se réjouit Régis Courdesse, député vert’libéral, devenu membre de l’Eglise il y a trente-cinq ans. Il en préside le conseil exécutif depuis sept ans.

Le néant de la matière

Un des fondements essentiels de la Science chrétienne réside dans la conviction que l’esprit divin est tout. Ce qui implique que la matière n’est rien. L’homme étant à l’image de Dieu, soutiennent les scientistes en se basant sur la Bible, toute l’humanité est spirituelle. «Dans le traitement par la prière en Science chrétienne, on ne tient donc plus compte de ce que la matière exprime. En percevant la nature divine de l’homme et en la reconnaissant comme seule réalité, nous pouvons guérir les problèmes de santé, financiers, relationnels, professionnels ou autres», détaille Michel Bobillier, praticien de la Science chrétienne établi à Moutier (BE).

En Suisse romande, ils sont quatre à faire métier de la guérison spirituelle. Tandis qu’à la maison d’accueil de la Science chrétienne Le Verger, à Rolle, des nurses scientistes veillent sur des patients souhaitant «mettre en pratique l’action curative du Christ». «Aucun soin médical n’y est prodigué, précise Michel Bobillier. Nos membres sont par ail­leurs libres d’aller chez le médecin s’ils le désirent.» L’Eglise appelle en outre ses membres à se conformer aux lois, notamment en ce qui concerne les vaccins.

«Chacun peut croire en ce qu’il veut dans notre pays pour autant qu’il respecte les lois. A notre connaissance, l’Eglise du Christ scientiste n’a commis aucun délit», indique Brigitte Knobel, directrice du Centre intercantonal d’information sur les croyances (CIC), à Genève.

«A contre-courant»

Epargné par de gros pépins de santé, Régis Courdesse n’a consulté un docteur qu’à quelques rares occasions dans sa vie, quand il avait par exemple besoin d’un certificat médical. Quand il est malade, il se tourne vers la Science chrétienne. Lorsqu’ils étaient à sa charge, ses enfants ne sont également jamais allés chez un spécialiste, si ce n’est l’un d’entre eux, pour un tibia cassé. «Mais nous nous sommes toujours dit que, si un problème n’était pas résolu rapidement, nous les emmènerions chez le médecin, insiste-t-il. C’est aussi une manière de ne pas donner l’occasion de critiquer l’Eglise et de ne pas dénaturer les enseignements de la Science chrétienne. Cela n’empêche pas qu’il y ait des extrémistes.»

Denise Melchner relate le scepticisme que suscite souvent sa foi. «Nous allons vraiment à contre-courant. La médecine est omniprésente.» Comment l’Eglise scientiste, qui ne fait pas de prosélytisme, mais organise des conférences pour se faire connaître, peut-elle alors attirer de nouveaux membres? «Notre meilleure carte de visite, dit Denise Melchner, ce sont les guérisons.»


Des logements et une petite église

Après avoir vu un premier projet capoter il y a quelques années en raison de nombreuses oppositions, l’Eglise du Christ scientiste de Lausanne croise les doigts. Le fonds de placement Solvalor s’est engagé à racheter le bâtiment qu’elle a construit en 1952 et classé en note 3 au recensement architectural. Si ce nouveau projet, mis à l’enquête publique en novembre dernier, passe la rampe des oppositions, examinées en ce moment par la Ville de Lausanne, la vente sera effective et Solvalor lancera la destruction de l’édifice. Le fonds construira à la place 40 logements et une salle de culte d’environ 50 m2 au rez-de-chaussée. L’Eglise scientiste restera propriétaire de cette partie du bâtiment, qui sera réalisé par le bureau lausannois Richter Dahl Rocha. La durée des travaux est estimée à deux ans, selon Régis Courdesse. (24 heures)

Créé: 09.01.2016, 18h30

Retour au christianisme primitif

C’est à Boston, en 1879, que la théologienne Mary Baker Eddy fonde l’Eglise de la Science chrétienne dans le but de «rétablir le christianisme primitif et son élément perdu de guérison».

Le mouvement se développe et s’exporte rapidement. Mais la tendance s’est inversée ces dernières décennies, hormis sur le continent africain, où elle est à la hausse. Dans le canton de Vaud, on trouve aujourd’hui, en plus de l’Eglise lausannoise, des sociétés à Bex et à Montreux. Celles de Morges et d’Yverdon ont disparu. Comme les Eglises et les communautés religieuses, l’Eglise du Christ scientiste de Lausanne est exemptée d’impôts sur le revenu et sur la fortune. «Mais elle n’est pas reconnue d’intérêt public», indique Eric Golaz, délégué du Conseil d’Etat aux affaires religieuses. Dans le canton, seules les Eglises protestante et catholique ainsi que la communauté israélite le sont.

Plusieurs particularités caractérisent l’organisation des Eglises scientistes. «Chaque filiale de l’Eglise mère, qui se trouve à Boston, est indépendante et fonctionne de manière démocratique, comme une association. Il n’y a pas de hiérarchie», relate Régis Courdesse, membre de la communauté lausannoise. Chez les scientistes, il n’y a pas de pasteur. Les membres sont élus à tour de rôle à différentes fonctions, notamment celle de lecteur. Chaque dimanche, lors du culte, deux d’entre eux lisent des passages de la Bible et du livre «Science et Santé», l’ouvrage fondamental de la Science chrétienne. Les mercredis soir ont lieu les réunions de témoignages, de guérison notamment.

Pour rejoindre les rangs de la communauté, il faut être parrainé par deux membres et s’engager à suivre les enseignements de la Science chrétienne. Ce sont les adhérents qui financent leur Eglise.

Si l’Eglise du Christ scientiste de Lausanne peine à attirer de nouveaux adeptes, sa santé financière ne semble pas pour l’heure préoccupante. Régis Courdesse estime le budget annuel à moins de 100'000 francs. «Nos membres sont très généreux, ajoute Denise Melchner. Et grâce à un important legs, nous pouvons entrevoir l’avenir avec sérénité.»

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