Remous et licenciements secouent l’Auberge de jeunesse de Vidy

LausanneLa direction de l’établissement fait l’objet de vives critiques de la part d’ex-employés. Deux apprentis ciblent aussi l’État.

«Climat de terreur» contre «professionnalisme», les visions de la nouvelle gestion de l’Auberge de jeunesse Jeunotel à Lausanne diffèrent fortement.

«Climat de terreur» contre «professionnalisme», les visions de la nouvelle gestion de l’Auberge de jeunesse Jeunotel à Lausanne diffèrent fortement. Image: JEAN-GUY PYTHON

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Ils disent «tirer la sonnette d’alarme» parce qu’ils sont «tristes et en colère». Ces dernières semaines, «24 heures» a rencontré plusieurs anciens collaborateurs du Jeunotel, auberge de jeunesse voisine du Musée romain de Lausanne-Vidy. Ils s’indignent de la politique menée par la direction et en particulier le nouveau directeur, en place depuis l’automne 2018. Il est question de dysfonctionnements internes, d’une ambiance de travail difficile et de licenciements en série. L’établissement est propriété du groupe Auberges de Jeunesse Suisses, à la tête d’une cinquantaine d’adresses dans le pays.

«Climat de terreur»

«Il règne un climat de terreur car le directeur fait courir des rumeurs sur de prochains licenciements, commente Yves*, un ex-employé. Depuis sa prise de fonction, ce monsieur remplace l’ancienne équipe par ses amis. Nous n’avons aucune explication, il fait ce qu’il veut et la direction du groupe, à Zurich, ne bronche pas.»

Nos interlocuteurs font ainsi état d’une «politique du copinage» et d’embauches problématiques. «Plusieurs collaborateurs sont arrivés en même temps et ne faisaient rien hormis se regrouper pour des pauses cigarette», dénoncent Loïc* et Arnaud*, deux anciens apprentis dont l’expérience au Jeunotel a mal tourné (voir ci-dessous). «Aujourd’hui, il y a deux groupes: les amis du directeur et les futurs licenciés. Le climat de travail n’est pas supportable», ajoute Christophe*. «Il s’organise une garde rapprochée qui ne dit rien quand il fait n’importe quoi, charge Didier*. Sincèrement, il a des résultats et surtout des comportements très discutables au bureau.»

Supervisé par Zurich

Depuis Zurich, la direction de l’organisation Auberges de Jeunesse Suisses répond: «À sa prise de fonction, le directeur s’est trouvé dans une situation difficile en termes de personnel. Après un processus exécuté de manière professionnelle, dans le cadre duquel il était accompagné par un état-major de notre organisation, il a malheureusement été nécessaire de nous séparer de plusieurs membres de notre équipe. Six résiliations ont été prononcées depuis août 2018.»

L’organisation indique «regretter vivement» la situation mais ne s’étendra pas sur les différents cas, «sous peine de violer la protection de la personnalité des collaborateurs concernés». Elle précise simplement que ses auberges «sont gérées en prenant en compte le plus possible de critères sociaux et en considérant les intérêts des autres employés, de l’équipe et de l’organisation générale». En ce qui concerne la possible proximité entre l’actuel directeur et certains collaborateurs récemment engagés, la direction confirme que ce dernier «a eu recours à son réseau existant durant le processus de recrutement» mais répète que ce processus a été accompagné par un état-major. Ainsi, «les intérêts personnels du directeur peuvent être exclus. Aucun proche au sens étroit du terme n’a été engagé.»

Méthodes brutales

Au-delà des motivations, c’est le mode opératoire associé aux licenciements qui révolte les employés. L’un d’eux parle de «couperet qui tombe du jour au lendemain». Des méthodes que souhaite illustrer Mathilde*, remerciée fin 2018. «Je suis restée plusieurs mois en arrêt maladie, y compris au moment où la direction a changé. Ça a tout de suite été compliqué, car le nouveau directeur ne transmettait pas mes certificats à Zurich ou ne répondait même pas à mes mails. Il m’a finalement proposé une rencontre en m’indiquant qu’il souhaitait mettre un visage sur mon nom. J’y suis allée et il m’a signifié mon licenciement. Je peux comprendre qu’avec ma situation médicale ce soit compliqué, mais la façon de procéder est très particulière.»

Le témoignage de Franck* va dans le même sens. Employé au Jeunotel jusqu’en novembre 2018, il dit n’avoir eu «aucun contact avec le nouveau directeur. À son arrivée, il s’est tenu loin de nous et a toujours refusé les entrevues. Puis il m’a licencié en deux minutes en m’indiquant que j’étais libre immédiatement car il modifiait l’organisation. Le lendemain, il y avait un nouvel employé à ma place.» De nouveau, Auberges de Jeunesse Suisses défend «un processus professionnel suivi par un état-major de l’organisation», tout en comprenant «qu’un tel processus et ses conséquences soient perçus comme extrêmement lourds par les collaborateurs concernés.»

De leur côté, nos interlocuteurs regrettent un établissement «familial, à l’ambiance conviviale». «On travaillait beaucoup mais il y avait une forme de reconnaissance. L’ancien directeur organisait volontiers des apéritifs, on pouvait se dire les choses quand ça n’allait pas. Maintenant, c’est fini, ceux qui étaient là depuis longtemps ont essayé de faire remonter des remarques, mais elles n’ont jamais été entendues», déplore Mathilde*.


Deux apprentis s’estiment «abandonnés» par l’État

Parmi les témoignages recueillis, celui des deux apprentis est particulier. En effet, en plus de pointer du doigt la direction du Jeunotel, ils estiment avoir été «abandonnés» par leur commissaire professionnel et la Direction générale de l’enseignement postobligatoire (DGEP). «Il n’y avait pas d’objectifs, pas de suivi, notre commissaire était totalement passif et le nouveau directeur semble avoir obtenu son papier de formateur en vitesse, déplore Loïc*. Nous avons connu des périodes de sous-effectif, il nous arrivait de travailler de 7 à 22 heures ou de remplir des tâches sans lien avec notre formation. Nous avons interpellé la DGEP sans obtenir de vraies réponses.»

Ils estiment que leurs résultats scolaires ont été péjorés par un rythme de travail ingérable. «Nous avons plusieurs fois tenté de trouver des solutions, sans résultat. Nous sommes finalement partis en épuisement de travail», ajoute Arnaud*. Les deux apprentis finiront par démissionner, en mars dernier. Une erreur concernant leur délai de congé précipitera même leur départ. «Le commissaire nous a souhaité bonne continuation et nous n’avons reçu aucun accompagnement pour la suite», pointe Loïc*.

La DGEP indique qu’elle ne commente pas les cas particuliers. Elle rappelle que la délivrance et le renouvellement de l’autorisation de former reposent sur des bases légales, notamment en lien avec les qualifications requises par le formateur, mais aussi qu’un commissaire professionnel est chargé de vérifier qu’un contrat d’apprentissage existe et qu’il est bien respecté. La DGEP ajoute qu’elle est responsable de la surveillance des conditions de formation et que «seuls la direction de l’entreprise, l’apprenti, et ses parents s’il est mineur, sont signataires du contrat».

«Les apprentis ont à leur disposition plusieurs outils de soutien. Ils peuvent appeler leur commissaire professionnel pour le rencontrer, un conseiller aux apprentis peut les aider à gérer les problèmes personnels, financiers ou sociaux, par exemple, et ils ont accès à différentes ressources en milieu scolaire», liste Fabienne Raccaud, cheffe de l’Office de la formation professionnelle et continue. Elle se dit «malheureuse de la situation de ces deux jeunes» et annonce qu’une analyse a été demandée aux personnes ayant œuvré auprès d’eux. «Nous devons nous assurer que notre système de veille a bien fonctionné et évaluer s’il est nécessaire que des corrections lui soient apportées.»

* Toutes les identités sont connues de la rédaction

Créé: 23.06.2019, 18h02

Articles en relation

Entre dénonciations et menace de plainte, la crise s’aggrave au POP

Politique Dans le sillage d’accusations à l’encontre du président et du secrétaire général du parti, un militant durcit le ton. Plus...

Gros remous sur le salaire de 300'000 fr. d'un officier militaire suisse

Polémique À gauche comme à droite, on dénonce le gaspillage d'argent public après le transfert d'un commandant de corps à Washington. Plus...

L’aide aux étudiants fait des remous à l’Unil

Solidarité Le fonds d’aide de la Fédération des associations d’étudiants rabote de 80 francs sa contribution maximale. Tollé et référendum en vue. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Paid Post

CallDoc, assuré malin et flexible
Bénéficiez de consultations médicales 24h/24, 7j/7 et faites des économies! Profitez du rabais de prime sur l’assurance-maladie de base. Demandez une offre maintenant.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.