René Gonzalez: «Je suis guéri, sauf coup de théâtre»

CONFESSIONA l’occasion de la Journée mondiale du cancer, célébrée le 4 février 2010 au CHUV, à Lausanne, René Gonzalez, patron du Théâtre de Vidy, avait raconté à un auditoire bouleversé comment il avait terrassé le crabe.

René Gonzalez, directeur du Théâtre Vidy-Lausanne, dans l’auditoire César-Roux du CHUV, en février 2010.

René Gonzalez, directeur du Théâtre Vidy-Lausanne, dans l’auditoire César-Roux du CHUV, en février 2010. Image: Patrick Martin

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«Pourquoi moi? De quel droit je viendrais témoigner? Je me suis longtemps posé ces questions avant d’accepter l’invitation du CHUV.» René Gonzalez, directeur du Théâtre Vidy-Lausanne, a finalement trouvé la réponse: «Je leur dois bien ça. Ils m’ont sauvé la vie.» Un méchant crabe lui bouffait l’œsophage. Aux dernières nouvelles, la bête a été écrabouillée. «Je suis guéri, sauf coup de théâtre.»

En février 2010, dans l’auditoire César-Roux, à l’occasion d’un colloque sur le thème «Peur du cancer: comment la vivre, comment la vaincre», René Gonzalez n’a pas caché sa très vive émotion en montant à la tribune et tout au long de son intervention. Quelques notes pour point de départ, et le voilà lancé, se souvenant de toutes les étapes, les racontant à tour de rôle de manière crue, drôle et poétique. Un monologue qu’il a intitulé non sans provocation The show must go on. Pas de spectacle pour autant, mais le récit de vie d’un saltimbanque qui a croisé la mort et n’est pas pressé de la revoir.

«Presque soulagé»
René Gonzalez se dit un «sur-vivant». Son témoignage «de gratitude et d’espoir» débute en automne 2007. «J’avais de la peine à déglutir. Le toubib me propose un scanner. Le verdict tombe: cancer. Je n’ai jamais oublié la façon dont l’oncologue m’a expliqué les choses, cette empathie, cette clarté.» Le choc du diagnostic ne l’effraie pas. «Je suis presque soulagé, puisque je sais. Je ne me suis pas du tout effondré. J’ai toujours regardé la bouteille moitié pleine plutôt que moitié vide.» Les faits sont là, cependant: un crabe en pince méchamment pour lui. «On est toujours seul avec. Peut-être même qu’il m’accompagnait depuis longtemps. A ce moment, c’était clair: ce sera lui ou moi.» René Gonzalez garde une confiance totale: «J’ai tout de suite accepté le protocole que l’on me proposait. J’allais vers l’inconnu, mais je n’avais pas peur. Dans le monde des saltimbanques, de la création, on aime bien l’inconnu. J’aime cette phrase de Paul Valéry: «Que fais-tu aujourd’hui? Je m’invente.» J’ai donc décidé de rêver moi aussi, de rester dans la pulsation de la vie.»

La vie magnifiée
René Gonzalez ne mène pas bataille contre ce «putain de crabe»: «Je l’ai accueilli, intégré, j’ai été en dialogue avec lui. Il me prend ma force? Je lui prendrai la sienne!» Facile à dire, mais il y a la réalité des soins. Les radios, puis la chimiothérapie, «cette Grosse Bertha qui nous bombarde». De janvier à avril 2008, quatre mois pénibles. Puis, un mois de répit, «pour laisser reposer la bête». Et enfin, l’opération. «On perd du poids, ses cheveux aussi, mais bon, pour moi, ce n’était pas grave, j’avais anticipé!» L’humour comme ballon d’oxygène. Le public de l’auditoire, pour une bonne part composé de malades et d’ex-malades, rit de bon cœur et en connaissance de cause.

Le plus dur, selon René Gonzalez, père et arrière-grand-père, fut d’annoncer ce «tsunami» à ses proches. «Nous étions dans les Cévennes. J’avais préparé une feuille avec une colonne de plus et une colonne de moins par rapport aux effets et aux conséquences de la maladie. J’ai mis le paquet dans la colonne des plus. On a pleuré, on a ri, c’était fort. Mais pas simple. J’ai compris qu’il ne fallait ni s’enfermer ni s’étaler, mais partager.»

Des témoignages d’affection, il en a reçu beaucoup. De partout. «C’était tellement d’amour que je me suis dit que j’allais plutôt claquer d’un infarctus!»

L’opération, en été 2008, se déroule bien. Il y en aura pourtant d’autres. «Des problèmes de raccord avec le nouvel œsophage, on a frisé la septicémie.» Janvier 2009 est le temps «de la renaissance, y compris de la vie sexuelle».

Avec le recul, René Gonzalez dit aujourd’hui que cette période de maladie fut d’une certaine façon passionnante. «Elle m’a ouvert des horizons inattendus. Elle a magnifié ma vie. C’est comme si j’étais prêt à vivre ça comme ça. Cela n’aurait peut-être pas été le cas dix ans avant.» (24 heures)

Créé: 19.04.2012, 09h09

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