«Je suis payé pour être optimiste»

A la tête d’une ville (1/7) Un an après le début de la législature, les édiles lausannois évoquent leur ville et leur vie. Aujourd’hui, Jean-Yves Pidoux.

Jean-Yves Pidoux a choisi de poser dans l’usine de chauffage et d’exploitation électrique de Pierre-de-Plan.

Jean-Yves Pidoux a choisi de poser dans l’usine de chauffage et d’exploitation électrique de Pierre-de-Plan. Image: ODILE MEYLAN

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Le Vert Jean-Yves Pidoux est l’intellectuel discret de la Municipalité. A la tête des Services industriels (SI), il dirige un dicastère qui doit rapporter de l’argent, à la manière d’une entreprise. De professeur d’université en sciences humaines, il est devenu spécialiste de l’énergie et jongle avec la complexité du marché. Entré à l’Exécutif en 2006, l’élu travaille beaucoup avec le secteur privé tout en gardant un objectif de politique publique pour approvisionner les citoyens et négocier le tournant du renouvelable.

Onze ans de Municipalité lausannoise. Qu’est-ce que cela a changé en vous?
Le charme d’une charge élective, c’est que cela ne s’apprend pas. Lorsque je suis entré à la Municipalité, j’étais un apprenti qui prenait des décisions de directeur. Au fil du temps, j’ai acquis de l’expérience et adopté une attitude par rapport à la fonction. Elle consiste à respecter la collégialité, à bien observer la séparation entre les domaines public et privé, ainsi qu’à ne pas dire du mal des gens. C’est une règle que je me suis imposée dès le départ.

Vous étiez prof de sociologie et maintenant patron des Services industriels d’une ville suisse. Qu’avez-vous appris?
J’avais déjà appris à apprendre. Lorsque l’on arrive aux Services industriels, il faut commencer par apprivoiser l’aspect purement technique. En tant que politicien, on n’arrive jamais au même niveau d’expertise que les spécialistes. Il reste alors à faire confiance. A ce poste, il y a d’autres champs de connaissance. De grandes évolutions ont lieu, par exemple dans le domaine juridique, avec la législation de l’électricité et les innovations législatives sur l’énergie. On doit aussi se familiariser avec les aspects économiques, car les SI sont à l’articulation entre le secteur public et le secteur privé. Enfin, un directeur de SI est un administrateur de sociétés et doit être au clair avec d’autres aspects juridiques, comme le droit des sociétés et le Code des obligations. Les normes internationales en matière de comptabilité font en outre partie des connaissances à maîtriser.

Le projet d’agrandissement de la centrale hydroélectrique de Lavey+, propriété des SI de Lausanne, est-il encore viable à l’heure où l’électricité ne rapporte plus?
Je précise tout d’abord que Lavey+ est un projet d’intérêt national. Ensuite, il est vrai que les prix de l’électricité vont rester au plus bas à moyen terme et, de ce fait, la rentabilité de cet investissement n’est actuellement pas prometteuse…

La Stratégie énergétique 2050 peut aider, non?
Avec la Stratégie énergétique, il y a du soutien pour les investissements déjà prévus. Cela dit, les concessions pour Lavey échoient en 2030 et investir juste avant l’échéance nécessite davantage de travail de négociation avec le Valais. Je garde confiance, mais cela va prendre encore plusieurs années. La Stratégie énergétique a été fortement soutenue par la Municipalité et votée par 80% des Lausannois. C’est aussi un encouragement important à investir dans de l’énergie renouvelable qu’il va falloir financer malgré ce qui se passe sur le marché. L’enjeu est très important car le renouvelable va entraîner aussi de nouvelles logiques de consommation, avec un intérêt à tirer le plus possible au moment où l’énergie est produite et est localement disponible.

L’implantation d’éoliennes dans le Jorat est combattue par les voisins ainsi que par l’armée. N’est-ce pas décourageant?
Je suis payé pour être optimiste. La fonction de magistrat n’est pas de se lamenter parce que les dossiers n’avancent pas. Je peux regretter le fait que les éoliennes en seront à peine au stade du lancement durant cette législature. Oui, c’est un crève-cœur, mais l’important est qu’elles finissent par être construites. De leur point de vue propre, les opposants ont raison; ils appliquent un superprincipe de précaution. Oui, les éoliennes sont une marque forte sur le paysage et oui, elles font du bruit. Nous avons trouvé des solutions pour la faune et mis des gabarits sonores qui ont démontré que l’impact est minime. Pour les infrasons, je rappelle que le trafic routier en produit beaucoup plus que les éoliennes. Quant à l’armée, c’est en train de se régler.

La baisse des revenus des SI préoccupe-t-elle la Municipalité?
Si l’on compare les rentrées d’argent en 2008 au moment de la création d’Alpiq et celles d’aujourd’hui, la différence est grande. Il faut voir que la libéralisation du marché pour les gros distributeurs a entraîné paradoxalement une régulation forte. Les revenus des Services industriels dépendent des grands producteurs dans la mesure où ils y ont des participations. Par ailleurs, nous vendons de l’énergie tout en encourageant les gens à modérer leur consommation. C’est un peu schizophrénique car, de ce point de vue, une baisse des rentrées aux SI est une bonne nouvelle. Cela ne nous empêche pas d’imaginer de nouveaux business models en cherchant à gagner non seulement sur les kW, mais aussi sur les services dans un modèle qui s’appelle le contracting.

Les statuts de votre parti vous ont imposé de renoncer au Grand Conseil. Avez-vous des regrets?
Je suis incapable d’avoir des regrets. Manifestement, la stratégie des Verts a fonctionné puisque nous avons gagné un siège.

En tant que Vert, la perspective de la densification au centre-ville de Lausanne vous enthousiasme-t-elle ou l’envisagez-vous comme un mal nécessaire?
Dans un Exécutif, on est très pragmatique. Le quartier Sous-Gare, par exemple, est très dense et personne ne s’en plaint. Donc il est possible d’allier densité et qualité de vie. L’objectif est de gérer le rapport entre le plein et le vide. Nous devons être en mesure de cadrer l’action des promoteurs et il est important que la Ville reste une propriétaire foncière.

Cette législature 2016-2021 est-elle votre dernière?
Les statuts de mon parti me l’imposent. Mais c’est énormément de travail et j’aurai 65 ans en 2021: je me serais arrêté de toute manière.

Créé: 06.07.2017, 08h48

«Laisser une place sans cadavres dans les placards»

La Municipalité s’est organisée sur un mode transversal. Comment cela se passe-t-il?
La fonction, c’est être directeur et membre d’un collège. J’adore m’occuper des affaires des autres, ça m’intéresse.

Quels sont les dossiers de vos collègues dans lesquels vous vous impliquez?

Je suis réputé pour tout lire. Je lis toutes les notes municipales, je m’intéresse à ce que les autres font.

Si vous n’aviez qu’un grand défi à relever, lequel serait-il?

Je suis en train de réorganiser les SI et je veux laisser une place sans cadavres dans les placards pour la personne qui me succédera.

Quel est le meilleur moment de votre journée?

Pfff… impossible de répondre à cette question! J’essaie de savourer tous les moments de la journée. J’ai besoin d’un équilibre entre les réunions, les moments de travail, les moments privés, et si j’ai cet équilibre tous les moments sont savoureux. Si je ne l’ai pas, je suis tendu.

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