Faute d’un repreneur, Cardas pourrait disparaître

CommerceDepuis près de 60 ans, le gravier de la boutique lausannoise crisse sous les pas des amateurs d’exotisme. Son troisième patron prend le large.

Dominique Bourquin quitte la Suisse pour quelques années, en espérant trouver quelqu’un pour poursuivre le voyage entamé par la boutique en 1961.

Dominique Bourquin quitte la Suisse pour quelques années, en espérant trouver quelqu’un pour poursuivre le voyage entamé par la boutique en 1961. Image: Florian Cella

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Passer sous le portail de fer forgé, au fond de la petite cour. Hésiter entre sentir le gravier crisser sous ses pas ou sautiller d’un billot de bois à l’autre. Et se laisser transporter par le voyage que proposent les objets exotiques de la boutique Cardas. La visite de cette institution lausannoise fait partie des incontournables de la rue de Bourg depuis bientôt soixante ans. Et pourtant, elle est menacée de fermeture définitive, faute d’un repreneur.

Propriétaire depuis 2008, Dominique Bourquin a la bougeotte et va suivre au Bénin son épouse Morgane, qui va y travailler pour Médecins sans frontières. Leurs deux enfants sont évidemment du voyage. Le départ de la famille est prévu pour le mois d’août mais, alors que les démarches étaient bien avancées pour la reprise du commerce, l’acheteur potentiel a fini par céder aux avances d’une grande entreprise. C’est que la reprise d’un tel commerce, tout emblématique qu’il soit, est loin d’être évidente.

C’est une vie qui mélange la prospection, les loisirs et la gestion de la boutique. On est à contre-courant. Nos objets sont des pièces uniques, de l’artisanat qui a plutôt tendance à prendre de la valeur

«Les entreprises spécialisées estiment que le rapport entre le chiffre d’affaires, le loyer et le salaire du patron n’est pas assez intéressant», soupire Dominique Bourquin. C’est que Cardas ne correspond pas au modèle économique classique, qui voit bien souvent les gérants se contenter de sélectionner leurs objets sur catalogue. C’est surtout un mode de vie. Pour remplir sa caverne d’Ali Baba au cours des dix dernières années, Dominique Bourquin a vu du pays. Trois ou quatre voyages par an, en Thaïlande, en Indonésie et en Afrique. «C’est une vie qui mélange la prospection, les loisirs et la gestion de la boutique», résume le patron.

Une vie qui correspondait bien à cet enfant issu d’une famille d’industriels du Val-de-Travers, active dans le carton ondulé. Peu intéressé par la reprise de l’entreprise familiale, il est parti en Afrique du Sud avec une ONG. Il est revenu de ce continent qui le fascine avec la certitude de vouloir être indépendant. La fondation d’une petite société d’importation d’art africain l’a mené sur le chemin de Cardas, dont il a été, à 29 ans, le troisième patron depuis sa création, en 1961. «La première année, on me prenait pour l’apprenti, ce que j’étais de fait», se souvient Dominique Bourquin, qui a dû tout apprendre sur le tas. Il a toutefois pu bénéficier du soutien familial.

S’il a pu rajeunir sa clientèle et façonner la boutique à son image, Dominique Bourquin subit – comme tout le secteur du commerce de détail – les évolutions des modes de consommation. «Le nombre de clients flâneurs a diminué en ville par le fait du commerce en ligne, dit-il. C’est autant d’acheteurs potentiels en moins pour nous qui fonctionnons beaucoup sur le coup de cœur.» Et pourtant, Cardas semble moins sujet aux effets de mode. «On est à contre-courant. Nos objets, on ne devrait pas les solder car ce sont des pièces uniques, de l’artisanat qui a plutôt tendance à prendre de la valeur. Mais les gens ne sont plus capables de faire la différence entre un beau meuble original et une copie en manguier.»

Tout en espérant encore trouver un successeur, Dominique Bourquin vagabonde déjà au Bénin. Il y sera d’abord homme au foyer, mais songe à une galerie d’art local ou au développement d’une plateforme de formation et de création autour du bois.

Créé: 27.05.2019, 07h59

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