«Les besoins et les attitudes des toxico-dépendants varient rapidement»

A la tête d'une villeUn an après le début de la législature, les édiles lausannois évoquent leur ville et leur vie. Aujourd’hui, Oscar Tosato.

Oscar Tosato a choisi de poser dans le beffroi de la cathédrale, l’un de ses endroits favoris dans la ville.

Oscar Tosato a choisi de poser dans le beffroi de la cathédrale, l’un de ses endroits favoris dans la ville. Image: ODILE MEYLAN

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Municipal depuis 2001, Oscar Tosato est très populaire. A la tête du Social, il fait partie des socialistes du canton qui cherchent activement des solutions pour réintégrer les laissés-pour-compte. Depuis l’an dernier, il a repris les Sports, un «sucre» pour cet ancien joueur de volley. Il n’en devra pas moins piloter le délicat dossier du local d’injection accepté récemment par le Conseil communal.

C’est votre seizième année. Toujours le feu sacré?

Absolument! J’ai gardé la passion d’accompagner des projets, de rencontrer et d’écouter les habitants. J’adore aller vers les gens.

Vous êtes désormais le doyen de fonction, avec du recul. Comment qualifiez-vous ce nouveau collège?

C’est une équipe qui travaille de manière collective. Elle s’entend parfaitement bien avec un syndic qui favorise les échanges.

C’est mieux qu’avant?

Il n’y a pas lieu de comparer de l’intérieur le fonctionnement des différentes Municipalités. Les dicastères et les personnalités diffèrent d’une législature à l’autre. Ce que je remarque, c’est que nous travaillons dans la sérénité et que c’est un plus. Nous ne sommes pas dans une ambiance de concurrence, comme cela peut arriver parfois, et il n’y a pas de blocages.

Dans le remaniement de 2016, vous avez laissé tomber l’Ecole. Y avait-il trop de problèmes avec le Canton, comme on l’a parfois entendu?

Le dossier de l’école est important. On doit inscrire une ambition cantonale dans la réalité locale. Mais il y a un autre aspect qui méritait l’apport d’idées de quelqu’un de plus jeune que moi; c’est celui de la responsabilité de la Ville dans la politique extrascolaire, le soutien à la jeunesse, le socioculturel, la prévention ou l’initiation à la citoyenneté.

Vous avez en revanche gardé le Social.

Oui, mon cœur balançait entre le social et la petite enfance. Comme vice-président de la Fondation pour l’accueil de jour et député de la plate-forme Canton-communes sur l’accueil parascolaire, j’aurais aimé poursuivre. Mais dans le social, il y a l’espace de consommation sécurisé ( ndlr: le local d’injection). C’était un défi politique, et maintenant il faut construire. Et puis, les questions de migration sont aussi très importantes. L’accueil et l’intégration doivent être renforcés. Nous avons une responsabilité face aux inégalités nord-sud et est-ouest. J’ai pensé qu’un municipal expérimenté devait continuer sur ces questions si délicates.

Qu’attendez-vous de l’expérience de trois ans pour le local d’injection?

Il y en a douze en Suisse et ils fonctionnent selon les nécessités locales. Les besoins et les attitudes des toxico-dépendants varient rapidement. Aujourd’hui ceux qui sont les plus précarisés consomment dans le stress et l’insécurité. Une fois dans le calme, ils peuvent réfléchir à leur consommation, la réguler sur la journée et la modifier. Certains passeront de l’injection à l’inhalation. C’est ce que l’on observe dans les autres villes. La phase pilote nous permettra de modéliser et d’adapter le local à la réalité lausannoise.

Comment allez-vous suivre le dossier?

Un audit sera confié à un organisme indépendant. Toute la Municipalité ira à Zurich cet automne visiter un espace. C’est un dossier important. Nous savons que la population est rassurée de savoir que les personnes précarisées sont prises en charge, que des mesures d’accompagnement sont prévues pour le quartier et que la lutte contre le commerce de stupéfiants sera renforcée.

Et la question des migrants qui squattent à Lausanne, la résoudrez-vous un jour?

Non! La Commune n’a aucune compétence sur les permis de séjour et de travail. Quelques dizaines de migrants sans ressources qui fréquentent les dispositifs d’urgence financés par l’aide sociale ne seront bientôt plus accueillis et dirigés vers l’EVAM, selon les instructions cantonales. Les squatters réunis au sein du collectif Jean Dutoit devront un jour ou l’autre s’adresser aux autorités cantonales pour tenter de régulariser leur situation ou accepter de respecter l’ordre de départ. A titre personnel, je suis favorable à un assouplissement des règles sur les Accords de Dublin et sensible à des situations individuelles qui pourraient déboucher sur des permis humanitaires.

Vous avez repris le Sport. C’est un privilège laissé au doyen de fonction?

Mon intérêt pour le Sport n’était pas un secret et je ne suis certainement pas le seul à avoir imaginé reprendre ce dossier. Le Sport a une place de choix sur la carte de visite de notre ville. Il lui donne une renommée internationale avec le CIO. Au ranking établi par TSE Consulting des villes les plus sportives dans le monde, nous occupons en 2016 la troisième place. Durant cette législature nous aurons le Championnat du monde de triathlon, les Jeux olympiques de la jeunesse et le Championnat du monde de hockey. Mais le soutien aux clubs phares locaux reste ma priorité, qu’ils soient professionnels ou amateurs. J’aimerais aussi renforcer la pratique libre des sports urbains et le sport associatif féminin.

Et les grands chantiers?

Dans une année, le Centre sportif de la Tuilière sera achevé. La construction du stade a débuté. Plus au sud, le Centre sportif de Malley est le chantier le plus impressionnant. Pour gérer ces deux infrastructures nous négocions des conventions avec les clubs.

Est-ce votre dernière législature? Quelle sera votre vie après la politique?

En 2021, j’aurai 65 ans et je me suis promis d’être cohérent avec ma position politique sur l’âge de la retraite. Je pense à la suite et j’essaie de me convaincre de ne pas accepter de mandat institutionnel le moment venu, car je serai certainement sollicité. Peut-être que je m’engagerai un peu dans le bénévolat, mais essentiellement, je vais m’occuper de mon jardin (sourire).

Créé: 14.08.2017, 07h27

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«Une fois par mois nous mangeons ensemble»

La Municipalité s’est organisée sur un mode transversal. Comment ça se passe?

Ça se passe très bien. Tout le monde fourmille d’idées et a envie de se donner. Une fois par mois nous mangeons ensemble en dehors du formel des séances de Municipalité. Pour ce qui est de la transversalité, j’apprécie ce mode d’échange. J’ai quinze ans de recul et pratiquement aucun des sujets abordés ne m’est inconnu.

Quels sont les dossiers de vos collègues dans lesquels vous vous impliquez?

Je fais partie de la délégation municipale sur Métamorphose. C’est la seule. Nous avons évité de créer des délégations transversales à trois socialistes.

Si vous n’aviez qu’un grand défi à relever, lequel serait-il?

Celui de tout mettre en œuvre pour diminuer le nombre de personnes sans travail et de les sortir du Revenu d’Insertion. En ce sens le projet que nous menons avec le Canton de réunir dans une même unité les assistants sociaux et les conseillers en placement est prometteur.

Quel est le meilleur moment de votre journée?

Ce que je préfère, c’est de me trouver en présence d’usagers contents d’une prestation mise en place par nos services. C’est très gratifiant.

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