Le Conseil communal de Lausanne, un organe en mue perpétuelle

PolitiqueSur les 100 élus en 2016, seuls 59 sont encore en place. Un phénomène multifactoriel qui n’inquiète pas les partis, fatalistes.

Élections ailleurs, raz-le-bol, déménagement: les causes de départ varient.

Élections ailleurs, raz-le-bol, déménagement: les causes de départ varient. Image: Jean-Bernard Sieber

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Et deux de plus! Sophie Michaud Gigon filera bientôt siéger au Conseil national alors qu’Alice ­Genoud remplacera Léonore Porchet au Grand Conseil. Résultat des courses, le Conseil communal de Lausanne perdra deux élues Vertes, puisque leur parti interdit les doubles mandats.

Au moment des élections fédérales, le retrait d’une élue de la gauche radicale genevoise et son remplacement par une vient-ensuite ont provoqué de vives critiques. Elle a notamment été accusée de ne pas respecter la volonté populaire.

Qu’en est-il à Lausanne, près de quatre ans après les élections communales? Qui siège vraiment? Si les forces en présence n’ont pas changé, il ne reste que 59 des 100 élus du soir du premier tour. Tous les autres ont jeté l’éponge plus ou moins récemment. À noter que les sept municipaux ont tous été élus au Conseil, mais ils ne sont pas pris en compte dans nos calculs. Il y a aussi eu trois décès: deux au sein de la gauche radicale, un chez les socialistes. Tour d’horizon et explications.

Plébiscitées ou débordées

Le plus grand groupe du Conseil (33 élus) est aussi le plus mouvementé. Il reste 19 élus socialistes d’origine. Parmi ceux qui ne se sont pas accrochés à leur siège, on compte une majorité de femmes: neuf sur un total de quatorze démissions. «Alors que nous avions pour la première fois une liste paritaire, rappelle le président de section Denis Corboz, nous constatons que la réalité est plus compliquée.» La situation est similaire chez les Vert·e·s. Eux qui avaient formé un groupe à 13 femmes et 4 hommes en 2016, voilà qu’ils sont désormais revenus à une parité presque parfaite. D’une part parce que les femmes rencontrent des succès électoraux à d’autres échelons. Quatre de leurs démissionnaires le sont pour cause d’élection à un échelon supérieur. Au PS, deux des trois élus partis au Grand Conseil sont des femmes.

Pour le reste, on concède plutôt que les départs sont dus à la difficulté de tout concilier. Le chef de groupe PS Vincent Brayer: «Nous sommes une commune où nous touchons aux limites de la vie de milice. Cela reste malheureusement encore plus vrai pour nos camarades qui sont plus souvent confrontées à cette triple charge, qui fait que l’engagement d’élues peut s’avérer difficile à étendre sur la durée. C’est évidemment plus facile au Grand Conseil, où une vraie journée rémunérée peut être consacrée à l’activité politique.»

Les jeunes ont la bougeotte

De l’avis général, le rajeunissement des élus explique lui aussi une bonne part des démissions. «Quand la vie politique commence avec la vie professionnelle, c’est compliqué», résume celle qui est encore pour quelque temps cheffe de groupe écologiste, Alice Genoud. C’est qu’à l’échelon communal, on ne peut siéger que si on vit dans la localité. Exit, donc, tous ceux qui doivent ou souhaitent déménager hors Lausanne.

Le PLR a, lui aussi, connu un exode récent de trois de ses plus jeunes membres. Pour eux, ce sont les changements de logements, «la famille qui s’agrandit», qui poussent à la démission. Matthieu Carrel, chef de groupe, analyse: «Pour des gens qui veulent accéder à la propriété ou simplement avoir plus grand, Lausanne, c’est difficile.»

Pour lui, «il faut veiller à un équilibre entre les âges, les expériences. Et éviter de tomber dans le jeunisme. Comme pour le PS, nous avons des mémoires, une stabilité. C’est important aussi. Mais l’arrivée de nouveaux est nécessaire.» Alice Genoud voit dans ces tournus une chance de «faire remonter de nouvelles idées». Elle dit soigner, avec son comité, l’intégration des viennent-ensuite. Leur donner une place sans les pousser trop vite dans un bain qu’ils ne connaissent pas.

Avoir la fibre… ou pas

Car il y a aussi, parmi les démissionnaires, ceux qui ont simplement compris que la tâche ne leur convenait pas, qu’ils ne s’étaient pas préparés à ça. Xavier Company, coprésident des Vert·e·s l’admet: «Certains ont été surpris et ne sont peut-être pas parvenus à s’adapter. Ou alors leur vie ne le leur permettait simplement pas.» Le Conseil communal de Lausanne est le plus exigeant du canton. Les séances ont lieu une semaine sur deux, durent souvent près de cinq heures. À cela s’ajoutent les nombreuses commissions et les séances de groupe. Les prises de parole, les passes d’armes, la médiatisation… certains ne s’y retrouvent pas.

Des ténors tirent les troupes

Et ce n’est pas si grave. Car dans les faits, seule une poignée d’élus assurent le gros du travail dans les différents groupes. Leur profil est souvent un mélange de disponibilité et de facilité à affirmer la ligne du parti avec force. Les commissions les plus importantes mais aussi les prises de paroles les plus délicates sont ainsi souvent l’apanage des mêmes. Les autres faisant souvent office, du moins lors des débuts en politique, de soutien au moment des votes.

Dans un petit groupe comme l’UDC (5 élus), on tient logiquement davantage à une certaine stabilité, parce qu’une base solide est tout de même nécessaire. La cheffe de groupe, Sandrine Schlienger, n’a qu’une démission au compteur. «Ça rend beaucoup plus facile notre travail de conseiller communal car nous prenons à cœur nos tâches à effectuer et pouvons avoir une bonne continuité dans les séances de commissions au plénum au Conseil communal».

Valentin Christe, le chef du groupe PLC – scission de l’UDC – ne s’offusque pas de voir les grands groupes faire défiler les viennent-ensuite. «Dans le canton de Vaud, et en particulier à Lausanne, les conseils communaux ne sont que des chambres d’enregistrement de la volonté municipale. Les majorités sont stables, tout ça n’est pas bien grave.» N’empêche: cinq de ses élus sur six sont là depuis le début.

Dans les grands partis, pas de panique face aux démissions. Ils le savent, c’est aussi grâce à ce mouvement permanent que certains parviennent à se faire une place qui est par la suite complètement évidente.

Créé: 02.11.2019, 09h27

En chiffres

100
C’est le nombre de conseillers communaux qui siègent à Lausanne. Ils ont été élus le 28 février 2016.

38
Depuis le début de la législature, le nombre d’élus qui ont démissionné. S’ajoutent trois décès survenus
en tout début de législature.

5
C’est le nombre de démissions enregistrées au Conseil communal qui sont statutairement dues aux élections pour le Grand Conseil. Trois au PS, deux chez les Vert·e·s. S’ajoutent deux démissions prochaines liées aux fédérales.

16
C’est le nombre de femmes ayant démissionné du Conseil communal depuis 2016. Toutes de gauche: 9 au PS, 7 chez les Vert·e·s.

Articles en relation

Au Conseil de Lausanne, qui sont les plus batoilles?

Politique Les Verts ont extrait des statistiques sur la répartition du temps de parole des élus. Les deux extrêmes de l’échiquier sont ceux qui parlent le plus. Un exemple qui pourrait donner des idées aux autres communes. Plus...

Les cantonales aspirent les ténors du Conseil communal

Lausanne Des figures très actives à Lausanne ont décroché un siège de député. Au moins cinq d’entre-eux lâcheront la Palud pour la place du Château. Plus...

Le jeu des chaises musicales du Conseil communal de Lausanne

Elections Mouvements durant la législature, sortants qui jettent l’éponge ou qui s’accrochent, tous les partis n’ont pas la même stratégie. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.