La retraite du pasteur met Saint-Laurent «dans le cirage»

ReligionDepuis 2011, l’église du centre-ville de Lausanne fait le culte «autrement». Avec le départ de Jean Chollet, son avenir est incertain.

L'église Saint-Laurent.

L'église Saint-Laurent. Image: Patrick Martin

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Les Lausannois qui passent sur la place Saint-Laurent y sont habitués. Sur la porte de l’église, une grande banderole annonce la couleur: dimanche à 10h, on ne donne pas le culte «habituel», mais «autrement». Depuis 2011, c’est peu dire que le lieu de culte s’est taillé une réputation iconoclaste. Entre autres coups d’éclat, ses deux pasteurs, Jean Chollet et Daniel Fatzer, ont fait paraître un avis de décès pour Jésus dans la presse, bradé des cercueils pour questionner la résurrection et exposé une carcasse de voiture sur le parvis. Licencié en 2016, Daniel Fatzer a même fait une très médiatique grève de la faim dans la nef.

Statut révoqué

Avec le départ à la retraite de Jean Chollet en juin dernier, l’avenir de Saint-Laurent-Église s’écrit désormais en pointillé. «On est un peu dans le cirage», lance spontanément Sylvette Delessert, présidente du Conseil d’Église, qui représente une communauté de quelques dizaines de fidèles et qui s’est réuni il y a une dizaine de jours. «Depuis la reprise de septembre, nous vivons au jour le jour en trouvant des pasteurs à la retraite pour faire le culte, mais on se rend compte que ce n’est pas ça, Saint-Laurent-Église. Certains pensent que c’est fini», regrette Hugues Ngankam, membre du Conseil d’Église.

«Le Conseil synodal nous a retiré notre statut de «lieu phare». Depuis, nous n’en avons plus aucun»

«Le Conseil synodal nous a retiré notre statut de «lieu phare» l’an passé. Depuis, nous n’en avons plus aucun», déplore Sylvette Delessert. En 2011, le Conseil synodal, exécutif de l’Église évangélique réformée du canton de Vaud (EERV), avait en effet désigné Saint-Laurent comme une structure où expérimenter de nouvelles formes de culte, placée sous son autorité directe contrairement à une paroisse classique. Mais depuis, les relations se sont corsées, et le départ du pasteur Chollet n’a fait qu’aggraver la confusion. «Ce printemps, nous avons été avertis que le Conseil synodal prévoyait de fermer Saint-Laurent dès le 4 juin alors que celui-ci nous demandait encore quels pasteurs animeraient le culte dès septembre.» Le Conseil d'Église de Saint-Laurent se demandait même s’il serait encore possible d’accéder au lieu de culte, propriété de la Ville de Lausanne. «Par chance, nous avons constaté que les clés magnétiques fonctionnaient encore», détaille Sylvette Delessert.

Contacté, Xavier Paillard, président du Conseil synodal de l’époque, dément avoir voulu tirer la prise. «Le concept lancé par Daniel Fatzer et Jean Chollet devait s’arrêter avec le départ de ce dernier, mais il n’a jamais été question de fermer Saint-Laurent-Église!» Il estime toutefois que le lieu de culte ne remplissait plus son office de lieu phare: «Saint-Laurent était devenue un service communautaire comme un autre plus qu’une vitrine de l’Église tournée vers la société. À terme, nous projetions de l’intégrer à la région de Lausanne.»

Indépendance en sursis

Le dossier est toutefois loin d'être clos, d’autant qu’il a changé de mains avec l’élection et l’entrée en fonction d’un nouveau Conseil synodal en septembre dernier. Sylvette Delessert y voit une lueur d’espoir: «Nous espérons obtenir un pasteur à mi-temps, mais nous savons que cela sera difficile. Par contre, nous ne souhaitons pas du tout être intégrés à une paroisse.» La nouvelle présidente de l’Exécutif de l’EERV, Marie-Claude Ischer, ne donne toutefois aucune clé quant à l’avenir de Saint-Laurent-Église à ce stade. «Nous sommes en consultation et il est trop tôt pour communiquer, mais nous avons conscience qu’il existe une communauté dont nous voulons prendre soin.»

Une chose semble toutefois certaine: le binôme de pasteurs trublions ne fera pas son grand retour. «Saint-Laurent-Église ne va pas continuer comme ce que nous avons proposé ces huit dernières années», juge Jean Chollet. Même s’il assure qu’il prêchera volontiers à l’occasion s’il y est invité. «Je reste attaché à ce qu’il existe un lieu d’Église qui cherche, crée, invente au risque de se tromper, glisse-t-il néanmoins. Saint-Laurent a eu la liberté d’accomplir cela. Je suis frappé de voir combien les autres paroisses s’autocensurent.» Pour continuer de proposer le culte «autrement», il faudra toutefois au minimum une relève. «Ce sera difficile de trouver une personnalité du même calibre que Jean Chollet», estime Hugues Ngankam.

Créé: 29.11.2019, 06h56

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