Retrouver un logis après une «traversée du désert»

SocialL’expérience lausannoise qui incite les particuliers à louer à des bénéficiaires du RI porte ses fruits.

Sabrina Sabeg dans son studio:

Sabrina Sabeg dans son studio: "Ce n'est pas "à moi", mais c'est "chez moi"." Image: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’été passé, la Ville de Lausanne lançait une expérience pilote incitant les particuliers à louer un toit à des bénéficiaires du Revenu d’insertion (RI). Elle s’est fixé comme objectif d’arriver à une dizaine de contrats signés au bout d’un an. Six mois après le démarrage du dispositif, trois baux ont été conclus, tandis que d’autres dossiers sont en cours.

La quarantaine soignée, Palmira* fait partie des heureux élus. Elle s’est vu proposer un appartement pour sa fille et elle dans une villa au mois de décembre et y habite désormais. La dame, divorcée, est en partie «au social», comme on dit, depuis quelques mois. Dans sa cuisine, elle nous raconte comment, par un enchaînement de circonstances, elle s’est retrouvée piégée.

Piégée par les circonstances
Après avoir perdu son emploi, elle emménage chez son compagnon. La cohabitation ne durera que trois semaines. D’un jour à l’autre, elle se retrouve seule avec sa fille, sans logement. Après des solutions de fortune, l’une de ses amies lui trouve une chambre. «J’ai passé quatre mois dans cet endroit loué par une personne qui n’était pas adéquate, raconte-t-elle. C’était très douloureux, je me sentais nulle, au fond du puits. Pendant cette période, j’ai visité des appartements six à sept fois par semaine. Mais souvent on m’a dit que je pourrais revenir «lorsque ma situation s’arrangerait».

Suivie par le Service social de Lausanne (SSL), elle entre dans les critères de sélection des personnes pour l’expérience. Elle est contactée: «A partir de là, c’est allé très vite. J’ai rencontré la propriétaire, et elle a tout de suite vu que j’étais une personne «normale» qui cherche du travail.» Peu après, le bail est signé.

L’heureux événement n’a pas contenté que la locataire. La propriétaire se dit enchantée. «Lorsque nous avons rénové la maison, j’ai eu plusieurs propositions pour la location. Et je suis tombée sur cet article qui parlait du logement solidaire. J’en ai discuté avec ma famille; les avis divergeaient. J’ai eu des doutes, mais je me suis dit qu’il était bien de contribuer à réintégrer des gens.»

Maintenant que le bail est signé, la dame ne saurait que «recommander» l’expérience à d’autres personnes. «Le grand avantage, poursuit-elle, est que le futur locataire est choisi par le SSL. Or je n’aurais pas pu trouver mieux! Et, en plus, le SSL garantit le loyer.»

Ancienne bénéficiaire du RI, Sabrina Sabeg ne fait pas partie de l’expérience, mais son histoire est similaire. Pour elle, la galère a été très longue. Comme Palmira, elle a connu le social après avoir perdu son appartement et son job. Sabrina Sabeg a vécu deux ans et demi à l’hôtel, au Relais de Vidy. «J’avais mes affaires dans un box, se souvient-elle. A l’hôtel, je devais partager la douche et les toilettes. Bien que la patronne de l’hôtel ait été très gentille et respectueuse, ça a été une traversée du désert.»

Aujourd’hui, elle a retrouvé un travail dans la vente et sous-loue un studio lumineux loué par un employé du SSL: «Lorsque j’ai emménagé, j’ai enfin pu retrouver mes affaires. Et là, je revis! J’ai des placards, un frigo, des fenêtres, une salle de bains! Parfois, je sors exprès faire une petite course pour avoir le plaisir de rerentrer chez moi. Ce n’est pas «à moi», mais c’est «chez moi». Et, désormais, je peux inviter des gens!»

* Prénom d’emprunt (24 heures)

Créé: 15.01.2015, 16h26

Les usagers du RI victimes de préjugés

Collaborateur du Service social de Lausanne (SSL), Jonathan Rochat supervise l’opération. Il fait l’intermédiaire entre les bénéficiaires du RI qui se trouvent sans logement et les personnes qui ont une pièce, voire un appartement, à louer ou à sous-louer: «Nous examinons les profils des candidats que nous proposent les assistants sociaux du SSL et rencontrons les logeurs potentiels.» Puis vient le moment où tout le monde se retrouve au même rendez-vous pour un échange qui doit être honnête et précis. Le SSL va rester l’arbitre entre le loueur et le locataire durant toute la durée du bail. Il assure également que le loyer est payé.

Depuis le début de l’expérience, Jonathan Rochat a reçu plus d’une dizaine de demandes de renseignements de la part de loueurs prêts à ouvrir la porte de leur logis. Mais ces démarches n’aboutissent pas toutes à un contrat. Les usagers du RI sont victimes de préjugés: «J’ai eu le cas d’une maman d’adolescents qui voulait louer. Après réflexion, les enfants ont refusé.» Jonathan Rochat travaille beaucoup avec des bénéficiaires de l’aide sociale. A deux reprises, il a publié des témoignages. «Il faut savoir qu’une famille monoparentale sur cinq est aidée par le RI à Lausanne. Les jeunes représentent quelque 20% à 25% des nouvelles demandes d’aide.» Enfin, bon nombre de personnes sont obligées de demander de l’aide tout simplement parce que leur employeur n’a pas d’assurance perte de gain: «Il suffit de tomber malade. Votre employeur ne peut vous payer et le chômage ne prend pas en charge les personnes sous certificat médical…»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.