La revanche des herbes folles sur le gazon

LausanneLa surface de prairies a augmenté de moitié en trois ans. La ville bichonne plus que jamais sa biodiversité

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Il est des détails qui en disent long. Si l’on se penche sur le beau gazon bordant la Fondation de l’Hermitage, côté lac, on s’aperçoit qu’il est parsemé de trèfles. Il n’y a pas si longtemps, les intrus auraient été éradiqués chimiquement. Les talus du parc auraient des allures de golf et les plantes vivaces n’auraient pas droit de cité dans les massifs floraux. Les abords des chemins seraient nettoyés au cordeau et toutes les feuilles mortes auraient été enlevées, histoire de faire bien propre.

Parfait exemple du retour de la nature en ville amorcé dans les années 1990 par Lausanne et tant d’autres villes, le domaine bucolique de l’Hermitage a changé d’allure. Les buissons de lauriers ont fait place aux orties et aux liserons. L’engrais est organique. Roi déchu des espaces verts, le gazon est désormais réservé aux abords directs des bâtiments. Partout ailleurs, la prairie avance, réservant, çà et là, des «zones refuges» bichonnant la faune et la microfaune.

Il y a cinq ans, la capitale vaudoise, férue de développement durable et de biodiversité, a fait un pas de plus en s’imposant une charte dite «d’entretien écologique différencié». Le désherbant est banni, sauf sur les terrains de sport. Seuls les produits phytosanitaires bio sont autorisés. L’objectif est presque atteint: de 2012 à 2016, la consommation de produits de synthèse dans les espaces publics (terrains de foot et piscines exceptés) est ainsi passée de 240 à 3 litres (–98%). Objectif pour 2017: plus une seule goutte.

Le début de la fin du règne des espaces verts uniformes et proprets remonte à vingt-cinq ans. Les autorités adoptent alors l’entretien différencié, qui consiste à tenir compte des usages et de la localisation de chaque zone pour la traiter plus ou moins intensivement.

Vive la mauvaise herbe

«Nous essayons de limiter les interventions et de laisser le plus possible de nature en ville, résume Stéphane Peruzzo, chef horticulteur de secteur au Service des parcs et domaines. L’abandon des désherbants qui restent dans le sol est bénéfique pour tout le monde: la nature et les Lausannois.»

«Gicler les pieds des arbres au désherbant n’a aucun sens, ni en termes de coût ni d’écologie»

Ces derniers auront noté que les pieds des arbres garnissant les trottoirs sont colonisés par des plantes et ces «mauvaises herbes» que les jardiniers devaient jadis traquer. «On ne fauche plus qu’une fois l’an», explique Stéphane Peruzzo. D’aucuns – de moins en moins nombreux – voient d’un mauvais œil le retour des broussailles et des herbes hautes. Trop «chenit». «C’est un changement de culture qui s’est fait petit à petit, résume Stéphane Peruzzo. Il y a des gens qui ont encore une idée de la nature très maîtrisée mais, de façon générale, la population comprend la politique de la Ville et la soutient. Quand j’ai commencé ma formation de paysagiste, les jardiniers n’auraient jamais laissé les pieds des arbres ou les talus comme vous les voyez aujourd’hui. Ils auraient jugé que ce n’était pas acceptable. A l’époque, on faisait des gestes inutiles, voire absurdes, comme ramasser les feuilles même sous les bosquets. Alors, oui, on pourrait gicler les pieds des arbres au Roundup (ndlr: produit désherbant puissant), mais ça n’a aucun sens, ni en termes de coût ni d’écologie. Finalement, nous travaillons de façon plus intelligente.»

L’horticulteur désigne du doigt la carcasse d’arbre qui trône au milieu du parc de l’Hermitage. «On le laisse mourir de sa belle mort. Avant, dans ce genre de cas, on sortait la tronçonneuse et on ne se posait pas de question.» (24 heures)

Créé: 30.07.2017, 08h13

4300



50% de surfaces de prairies entre 2013 et 2016. a l’Hermiatge mais aussi au parc de Valency, MontRiond et au stand de Vernand.


4300 m2 de gazon ont disparu. L’objectif de la Ville est de faire deux fois mieux

La surface de gazon, en mètres carrés, éradiquée entre 2013 et 2016 (–15%). Parallèlement, l’utilisation des produits de synthèse a baissé de 98% entre 2012 et 2016.

Roses trémières au pied des arbres



Lausanne s’évertue de longue date à ramener la nature en ville. La végétation au pied des arbres n’est fauchée qu’une fois par année. Des mauves et des roses trémières ont même été semées autour de certains spécimens (ci-dessus: un platane à Beaulieu). «Cela peut paraître non entretenu, mais c’est réfléchi et géré», précise Stéphane Peruzzo, chef horticulteur du secteur.

Ruines vertes de la Taoua



Les flèches en bois de l’artiste Denis Roueche ont déménagé devant le Palais de Beaulieu, à l’emplacement prévu pour feu la tour Taoua. A leur pied, point de gazon. Les jardiniers n’ont pas évacué les gravats; ils les ont mélangés à de la terre de second choix. Puis ils ont planté un mélange de plantes rudérales, connues pour pousser sur les ruines.

Zones refuges



Un exemple de «zone refuge» dans le parc de l’Hermitage. Les prairies de la ville comportent presque toutes ce type de surfaces non fauchées, reconnaissables à leur couleur claire et faisant penser à du foin. Elles abritent la faune et la microfaune et participent à la biodiversité. «Il y a moins de travail d’entretien et c’est bénéfique pour la nature», relève Stéphane Peruzzo.

Corridor végétal



Les érables bordant l’avenue de Beaulieu ne poussaient pas bien. Ils ont été remplacés, il y a deux ans, par des micocouliers. Le goudron a été scié pour créer un corridor biologique abritant un mélange de mauves, de roses trémières et de prairie. Les arbres profitent de l’eau de pluie absorbée par cette berme végétale et disposent de plus de place pour étendre leurs racines.

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