Rivaz, Chexbres et Chardonne misent leur récolte avant les vendanges

ViticultureJeudi, 32 500 kilos de raisin ont été vendus aux enchères à Rivaz en vingt minutes, lors de la seule «mise sur pied» du canton

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Il aura fallu vingt petites minutes pour que les 32 562 kilos de raisin trouvent preneur, jeudi soir, dans la salle communale de Rivaz. Répartis en dix lots, ils étaient mis aux enchères publiques par les trois propriétaires, Chexbres, Rivaz et Chardonne. Une tradition qui se répète chaque année, depuis des temps ancestraux pour les deux premières communes et depuis trois ans pour Chardonne. C’est aussi la seule «mise sur pied» du canton, voire même du pays, selon les connaisseurs.

«C’est une manière de valoriser notre raisin», indique Laurent Cossy, municipal des vignes à Chardonne. En effet, le kilo de chasselas – que l’acheteur devra encore vendanger et vinifier à ses frais – s’est envolé bien au-dessus de la mise de départ de 5 francs, fixée par rapport au prix du marché.

Michel Dizerens a raflé les 20 300 kilos de l’appellation Saint-Saphorin, payés jusqu’à 7 fr. 95 le kilo. «Si on n’a pas d’Epesses et de Saint-Saphorin, ici, on est mort», lâche, lapidaire, le vigneron de Lutry. Ce dernier participe chaque année à la mise et connaît bien les parcelles sur lesquelles pousse le chasselas qu’il vient d’acquérir. Pour s’assurer que «sa» récolte aura été bien préparée, l’acheteur passe voir les vignes durant la semaine.

Ping-pong de 5 centimes

André Hotz, responsable des achats chez Obrist, et François Hoehn, courtier en vins, font de même. Ils se répartiront les lots de Chardonne. Le second voulait du Saint-Saph, mais les enchères sont montées plus haut que le maximum fixé avec ses acheteurs, pour la plupart des maisons locales qui veulent rester anonymes.

La bataille entre les trois miseurs, dans une ambiance feutrée entre vente Sotheby’s et Concours Jean-Louis, n’est pas sanguinaire, mais ressemble à un ping-pong au métronome par tranches de 5 centimes. Elle se solde la plupart du temps en moins de deux minutes par un «wharf, OK, je te le laisse…»

Chacun pourrait se porter acquéreur. Dans la salle, des spectateurs discrets prennent des notes mais ne miseront pas. La Commission de gestion du Conseil communal de Chexbres est là. Après avoir visité les trois vignes communales, mesuré la santé et les degrés Œchslé des baies, elle assiste à la vente pour établir son rapport annuel. On aperçoit aussi les trois partisseurs, qui assureront la pesée de la vendange, réglée par des quotas cantonaux.

Et puis il y a les tâcherons des vignes communales. «Ces ventes nous donnent une idée du prix auquel on pourra vendre notre vrac, indique celui de Chexbres, Olivier Paley. Cette année, on voit qu’il y a de la demande!» Le prix de cette vente peut toutefois être surfait, l’acheteur étant parfois prêt à monter très haut pour ne pas perdre des parts de marché. Les tâcherons ont un autre intérêt à suivre la vente: ils toucheront 1% d’intéressement sur la recette communale en plus de leur salaire, une façon de valoriser leur travail.

94 000 francs de raisin

Mais le prix, c’est surtout l’état des stocks qui le fixe. «En 2012, le raisin partait à 4 fr. 20, sans que personne ne mise», se souvient Jean-François Pugin, syndic de Rivaz. Avec un effet désastreux sur les recettes. «Cette année-là, on n’a juste pas perdu d’argent», ajoute Jean-Michel Conne, syndic de Chexbres. En 2005, à la suite des épisodes de grêle, les enchères avaient tout bonnement été annulées. Mais la plupart du temps, la mise sur pied est une bonne affaire pour les caisses communales. Même si les miseurs sont de moins en moins nombreux, de grandes caves comme Testuz ou Bujard ayant mis la clé sous la porte. Cette année, Chexbres empochera plus de 57 000 francs, Chardonne plus de 74 000 francs et Rivaz quelque 94 000 francs.

«La recette couvre nos frais liés à la viticulture et il reste quelque chose», sourit le syndic de Chexbres. La Commune, comme Rivaz, ne possède pas de cave – et donc pas de vin propre, mais des bouteilles achetées aux vignerons du village – et n’a que peu de charges viticoles (paie du tâcheron, entretien). A Chardonne, deux tiers de la récolte sont conservés pour le vin de Commune ou vendus en vrac à un prix plus bas (5 fr. 66 le kilo vendangé contre une moyenne de 6 fr. brut jeudi soir). Un équilibre qui pourrait être revu, selon Laurent Cossy. «Depuis qu’on participe aux enchères, on est enfin dans les chiffres noirs.» (24 heures)

Créé: 12.09.2017, 07h30

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actu croquée par nos dessinateurs, partie 4

Dimanche, la population nyonnaise a refusé pour la troisième fois un projet des autorités visant à créer un foyer pour l'Etablissement vaudois d'accueil des migrants (EVAM). Paru le 25 septembre.
(Image: Bénédicte) Plus...