Le Royal Savoy, théâtre d’un conflit du travail

HôtellerieLa direction du palace a résilié le contrat d’une entreprise qui payait mal son personnel. Elle va se pourvoir en justice.

Travaux au Royal Hôtel Savoy.

Travaux au Royal Hôtel Savoy. Image: Theo Heritier

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Ils sont plus d’une vingtaine d’ouvriers, la mine sombre, assis dans un café de l’avenue de Cour, à Lausanne, à quelques encablures de l’hôtel Royal Savoy. Ils entourent Agim Nuhaj, leur patron qui, aux premières heures de ce matin de janvier, a demandé à pouvoir entrer dans l’hôtel, encore en chantier, afin de discuter avec le maître d’ouvrage. Il a essuyé un refus.

Attablés devant leurs cafés, les hommes se demandent avec inquiétude ce qu’ils vont devenir: depuis décembre dernier, quand son contrat a été suspendu, le directeur de l’entreprise de plâtrerie BM GU Immobilien AG, basée à Schindellegi, jure qu’il ne peut pas les payer parce que les propriétaires du palace lui doivent une forte somme d’argent.

Le conflit prend naissance au mois d’août 2014. C’est à cette date que la direction du Royal Savoy est informée que la gestion de l’entreprise schwytzoise chargée du plâtrage des murs intérieurs du bâtiment laisse à désirer. Anne-Marie Philippe, directrice de l’agence AMP Media, chargée de la communication de l’hôtel, précise que c’est bien le responsable financier de l’hôtel qui, en septembre, a dû verser environ 70'000 francs au syndicat UNIA pour que les ouvriers soient rémunérés et près de 170'000 francs à l’un des fournisseurs de BM GU Immobilien.

Le scénario se reproduit en décembre, alors que la direction de l’hôtel vient d’apprendre qu’Agim Nuhaj, patron d’origine albanaise, s’est vanté sur le chantier, auprès de plusieurs personnes, d’investir son argent dans le diamant. La suspension du contrat avec l’entreprise, suspectée d’utiliser l’argent versé par le Royal Savoy à d’autres fins que le salaire de son personnel, intervient donc sans tarder. «Nous n’avons pas pris cette décision de gaîté de cœur, parce que M. Nuhaj travaillait très bien, souligne Anne-Marie Philippe. Son problème est de ne pas parvenir à gérer son argent et son entreprise.»

Dans le café de l’avenue de Cour, entouré de ses hommes, Agim Nuhaj, qui parle un allemand correct mais un français approximatif, tempête en produisant une pile de factures. Il affirme ne pas comprendre pourquoi il a été évincé du chantier, pourquoi l’hôtel refuse d’honorer environ 700'000 francs de factures ouvertes et 300'000 francs de manque à gagner pour les travaux encore à effectuer.

«Sans cet argent, c’est la faillite assurée et la vingtaine d’ouvriers que j’emploie se retrouvera sans travail, dit-il. En plus, on m’interdit l’accès à un chantier dans lequel je n’ai pas fini de travailler et où se trouve encore du matériel qui m’appartient, d’une valeur de plus de 60'000 francs.»

Hypothèque légale

Début janvier, l’entrepreneur a donc fait appel à un avocat. La première intervention de l’homme de loi liste les griefs de l’entrepreneur schwytzois l’égard de la direction du Royal Savoy et l’informe qu’elle va requérir l’inscription d’une hypothèque légale: «Il s’agit de garantir le paiement de la dernière tranche des travaux effectués, celui du matériel d’ores et déjà acheté par l’entreprise, ainsi qu’une indemnité pour les dommages subis», précise l’avocat, qui articule un montant de plus d’un million. Dans la foulée de ce courrier, la direction du palace résilie définitivement, comme elle en a le droit, le contrat de BM GU Immobilien.

Facture acquittée

Par la voix de sa chargée de communication, la direction du Royal Savoy révèle de surcroît que la dernière facture envoyée début janvier par Agim Nuhaj (d’un montant de plusieurs centaines de milliers de francs, selon nos informations) n’est pas contestée et sera acquittée dans les délais légaux après contrôle des prestations.

«Nous n’avons aucun intérêt à nous dérober au paiement. En revanche, il reste une autre facture importante envoyée à l’entreprise par un fournisseur: qui va la payer, celle-là?, s’interroge Anne-Marie Philippe. Nous ne pouvions pas continuer à travailler avec quelqu’un qui ne paie pas scrupuleusement ses ouvriers et ses fournisseurs, et il est dès lors particulièrement injuste de nous rendre responsables d’une situation que nous n’avons pas créée.»

Alerté en été dernier par la direction du palace, le syndicat Unia confirme pour sa part qu’il est intervenu en août pour défendre les intérêts de onze ouvriers slovaques, finalement payés par le maître d’ouvrage. «Avant Noël, en revanche, les ouvriers dont on nous avait dit qu’ils n’avaient pas touché leur salaire ont refusé de nous parler. Sans doute ont-ils été chapitrés par le patron qui, lui, roule en Maserati», révèle Matteo Antonini.

Créé: 30.01.2015, 16h16

Un 3e cinq-étoiles

Son propriétaire, Katara Hospitality, opérateur hôtelier basé à Doha, a investi plus de 100 millions de francs dans la transformation et la reconstruction du Royal Savoy, appelé à devenir, cette année encore, le troisième cinq-étoiles de Lausanne.
Les travaux, commencés en 2010 pour une réouverture prévue en 2012, ont connu un nombre considérable d’aléas.
De l’amiante découvert dans les salles de bains à la protection d’une frise en mosaïque apparue sous le crépi de la façade en passant par le renforcement des plafonds et la construction d’une passerelle reliant le bâtiment historique à sa nouvelle aile, les facteurs générant du retard n’ont pas manqué ces dernières années.
Dès l’été prochain, le palace inauguré une première fois en 1909 et qui, par le passé, a notamment accueilli la reine Fabiola de Belgique, le prince Victor-Emmanuel de Savoie et le légendaire Pelé proposera à ses hôtes 196 chambres de luxe, un spa de 1500 m2 et un restaurant panoramique.

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