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La sœur de Saint-Laurent s’est éteinte à Lausanne

Michèle Mathieu-Saint Laurent vivait dans la capitale vaudoise depuis six ans. Elle s’y était installée pour pouvoir choisir le moment de sa mort.

Dans cette vitrine de l’avenue des Alpes, un parterre coloré de tulipes, narcisses et jacinthes rend un discret hommage à la disparue dont le grand portrait, profil perdu, est tourné vers le lac, là où ses cendres seront bientôt répandues.

Michèle Mathieu-Saint Laurent, la sœur du grand couturier, est décédée le 5 février à Lausanne, à l’âge de 78 ans. Veuve, elle s’y était installée il y a six ans. De nombreuses années de chimiothérapie l’avaient convaincue qu’une mort choisie était préférable à une mort subie. «Et pourtant Dieu sait qu’elle aimait la vie, atteste Sébastien Garsault, qui fut de ceux qui l’entourèrent jusqu’au dernier moment. Elle plaisanta jusqu’à la fin. Elle adorait rire, s’amuser, sortir, faire la fête.» À Laurence Benaïm, la biographe de son frère, elle avait confié: «Avec Yves, dans les moments graves, nous avons toujours ri. Quand je prendrai la potion létale, je rirai encore. Pourquoi m’arrêter?»

«Moments fabuleux»

De son enfance passée à Oran, en Algérie, elle gardait le souvenir d’une étroite complicité avec son aîné. Il l’habille en princesse, la fait danser. Fasciné par la «Carmen» de Roland Petit, il lui coupe même les cheveux à la Zizi Jeanmaire. «Il nous installait, ma sœur Brigitte et moi, sur un lit, et nous racontait d’incroyables histoires. Le lit devenait un bateau. Et le bateau coulait. Alors on tombait tous par terre avant de se retrouver dans un château où des mains sortaient des murs. On vivait des moments fabuleux avec lui!»

Mais les jours clairs prennent fin lorsque Yves s’installe à Paris pour suivre les cours de la Chambre syndicale de la couture. Michèle a 12 ans. Et 20 ans lorsque ses parents, comme tant d’autres pieds-noirs, quittent définitivement l’Algérie pour la métropole, et se séparent. Elle épouse aussitôt le médecin d’Yves, Charles Levasseur, dont elle aura trois enfants: Claire, Laurent et Pascal. «Mon mari n’aimait pas ma famille, révélera-t-elle encore à Laurence Benaïm. Et Pierre Bergé (ndlr: le compagnon d’Yves Saint Laurent) nous tenait à distance.» Elle ne verra donc pas la couleur de l’héritage.

N’importe! Michèle Mathieu-Saint Laurent a de quoi vivre largement et en faire profiter ses amis. Elle prépare des dîners pour dix à Lausanne, reçoit généreusement dans sa propriété de la Côte d’Azur. «Elle aimait faire plaisir», confirme Sébastien Garsault, le propriétaire de la boutique Dressing, dont elle s’était voulue la marraine. C’était une personnalité hors norme, bien plus à l’aise avec les jeunes qu’avec les personnes de son âge.»

Elle a affronté sa dernière épreuve avec calme et détermination, se référant à un poème attribué à saint Augustin: «La mort n’est rien. Je suis seulement passé dans la pièce d’à côté (…) Ne prenez pas un air solennel et triste. Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble.»

À Laurence Benaïm, elle avait dit avec la franchise qui la caractérisait: «J’ai raté ma vie. Je ne voulais pas passer à côté de ma mort.» Et elle avait conclu: «Je n’ai aucun regret. Je n’ai été ni une épouse modèle ni une mère exemplaire. J’ai juste eu une enfance extraordinaire et six ans de bonheur à Lausanne.»

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