Les sanglots longs du budget 2019 de Lausanne

Conseil communalLe corps délibérant de la capitale a amèrement regretté, mardi, le gros déficit pour 2019. En cause, la responsabilité du Canton et la réforme fiscale qu'il a anticipée.

Parents et éducatrices se rejoignent pour combattre les nouvelles normes d'encadrement proposées par l'EIAP (Etablissement intercommunal pour l’accueil para­scolaire primaire), ici à Pully. Lausanne a clarifié mardi soir sa position: elle veut garder les standards actuels.

Parents et éducatrices se rejoignent pour combattre les nouvelles normes d'encadrement proposées par l'EIAP (Etablissement intercommunal pour l’accueil para­scolaire primaire), ici à Pully. Lausanne a clarifié mardi soir sa position: elle veut garder les standards actuels. Image: ODILE MEYLAN/A

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Un débat fleuve s'est engagé mardi soir au Conseil communal sur le budget 2019. Avec un déficit de 42 millions, les prévisions pour l'an prochain ont triste mine alors que la Municipalité à forte majorité de gauche fait son possible depuis quelques années pour contenir ses charges. La réforme fiscale des entreprises est passée par là, qui, comme dans d'autres communes, grève les finances des localités.

Les oreilles du Canton ont dû siffler toute la soirée alors que les conseillers communaux déploraient les pertes fiscales dues à l'anticipation de la RIE3 et l'accroissement des charges cantonales, venant notamment de la facture sociale. Parti dans une longue diatribe en mode «gilet jaune» comme a persiflé l'un de ses adversaires, Johann Dupuis d'Ensemble à Gauche a fustigé une politique cantonale qui profite surtout aux riches et aux entreprises: «Ce sont toujours les mêmes qui trinquent!»

Sur un ton plus posé, la municipale des Finances, Florence Germond, a fait valoir que le déficit lausannois aurait pu être contenu à 14 millions s'il n'y avait pas la facture cantonale. Cela aurait été encore trop, certes. Mais elle ne peut s'empêcher de pointer un «déséquilibre» entre un canton toujours plus riche et des communes qui perdent de plus en plus de millions.

La minorité de droite du Conseil communal a quant à elle fait moins de cas du volet cantonal. Au sein du groupe du Centre, le PDC Axel Marion, par ailleurs député, ne veut pas «jouer les Calimero»: «Ce qui a été décidé par le Canton a été décidé.» Dans son habit de conseiller communal, il préfère «garder en tête que la situation lausannoise est problématique».

Pour Matthieu Carrel, chef de groupe PLR, ce budget est «inquiétant». Il pointe le déficit «structurel, endogène» de Lausanne. «Le plan structurel d'améliorations financières (ndlr: PSAF) n'est pas encore suffisant», juge-t-il. Filant la métaphore, le PLC Valentin Christe voit Lausanne comme un festin permanent.

Pour lui, la dette est simplement léguée aux générations futures: «C'est après moi le déluge!» L'UDC (Fabrice Moscheni) parle d'un avenir «sombre». «Lausanne est comme le «Titanic», image-t-il en faisant allusion au contexte économique un peu glaçant où les taux d'intérêt semblent bientôt remonter et où une entreprise importante (Nespresso) vient d'annoncer son départ.

Une kyrielle d'amendements ont ensuite été examinés, presque tous en provenance de la gauche radicale. Transports publics gratuits jusqu'à 20 ans, baisse des prix à la cantine ou augmentation du nombre d'inspecteurs fiscaux et du travail: tout a passé à la trappe. Seul Alain Hubler a été plébiscité à 55 contre 24 dans sa proposition d'augmenter le budget de quelque 400 000 francs à la direction Enfance, jeunesse et quartiers.

C'est dans cette direction que se décident les fameux taux d'encadrement dans l'accueil parascolaire. Le rapport de la sous-Commission des finances a «levé un lièvre» selon l'expression du socialiste Benoît Gaillard, en pointant une ligne budgétaire qui prévoyait la baisse progressive de ce taux sur trois ans. De quoi donner un très mauvais signal aux parents et aux éducatrices qui mènent la lutte contre les visées de l'EIAP (Etablissement intercommunal pour l'accueil parascolaire) et ont mobilisé quelque 8000 personnes dans la rue.

Plusieurs interventions, à gauche comme à droite, ont questionné la position du municipal David Payot qui s'était déclaré opposé à une adaptation à la baisse du taux d'encadrement. Sans se démonter, l'élu popiste a rappelé sa foi dans les missions de prévention et de socialisation de l'accueil de jour. Après des explications techniques difficiles à comprendre pour les béotiens, il a rassuré sur les intentions intactes de la Municipalité de conserver le cadre actuel.

Après cinq heures et demie de débat, le budget 2019 de la Ville de Lausanne a été accepté à 45 contre 7 avec 22 abstentions, en provenance du PLR en particulier.

(24 heures)

Créé: 05.12.2018, 16h50

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