La science cartonne sur scène grâce à l’impro

LausanneDes chercheurs de l’UNIL et de L’EPFL ont créé une troupe d’improvisation théâtrale qui se produit à guichets fermés tous les mois.

Image: Patrick Martin

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Et si Einstein avait été féru d’impro? Il nous aurait peut-être tous rendus un peu plus intelligents. Et peut-être aurait-il appris quelque chose de plus sur ses propres recherches. C’est sur ces deux hypothèses que carbure The Catalyst, une troupe d’improvisation théâtrale formée par des scientifiques de l’UNIL et de l’EPFL. «Quand je suis arrivée à Lausanne en tant que postdoctorante, j’ai réalisé que l’improvisation pouvait être plus qu’un moyen de décompresser pour les chercheurs. Elle leur permet d’être plus créatifs dans leur travail, de mieux collaborer et de mieux communiquer auprès du public», explique Adria LeBœuf.

Originaire des États-Unis, la jeune chercheuse en biophysique est aussi passionnée de théâtre et de communication scientifique. C’est ce qui l’a amenée à fonder le groupe en 2012. Aujourd’hui, Catalyst compte pas moins d’une cinquantaine de membres, la plupart étudiants ou chercheurs dans des disciplines qui vont des neurosciences à la microtechnique en passant par la biologie. Avec l’impro, ils sont passés maîtres dans l’art d’étaler leur science en public, dans le bon sens du terme. Depuis deux ans maintenant, ils brûlent les planches une fois par mois au Cinéma Oblò, à Lausanne, avec CatCave9, un spectacle qui mêle science et humour décalé.

Absurde et sérieux

Le mariage peut paraître improbable, mais il fonctionne à plein régime, même si – à bon entendeur – le show est anglais. Jeudi dernier, quelques minutes avant le début de la représentation, la billetterie refusait du monde à l’entrée. En fait, c’est devenu une habitude, au point que les recalés reçoivent un ticket qui leur donnera la priorité la prochaine fois. Les chanceux, eux, se faufilent au sous-sol et prennent une bière au bar avant de remplir les rangées de vieux fauteuils rouges. Le show peut commencer. Premier bon point, les dix acteurs qui déboulent sur scène ne chauffent pas la salle en improvisant sur la physique quantique. Autrement dit, il n’y a pas overdose de science. Mieux, les savants de tous bords en prennent très vite pour leur grade, avec un sketch où un expert de la calvitie divague sur les potiers chauves. Mais si l’absurde est souvent roi, le spectacle est aussi au service de la recherche «sérieuse». Ainsi, chaque représentation invite un chercheur sur scène en lui donnant 3 petites minutes pour expliquer ses travaux. Jeudi soir, l’électrochimiothérapie était à l’honneur, avec l’intervention d’un doctorant en micro-ingénierie de l’EPFL. à charge ensuite pour les acteurs d’improviser sur ce qu’ils ont compris – avec des résultats surprenants. «Pour les chercheurs, ces spectacles d’impro sont une occasion de confronter leur travail au monde réel, analyse Paris Veltsos, post-doctorant en biologie évolutive à l’UNIL et membre de The Catalyst. Et pour le public, c’est une fenêtre sur la manière dont nous, scientifiques, réfléchissons. À mon avis, la science est un processus plus qu’un résultat. L’impro capture la complexité de cette démarche tout en faisant rire.»

Mieux communiquer

Sur scène, les improvisateurs abordent aussi des sujets qui font débat, comme l’intelligence artificielle ou la protection des données génétiques. L’objectif de The Catalyst n’est toutefois pas seulement de rendre le public plus intelligent, mais aussi d’aider les chercheurs à mieux communiquer. Pour Paris Veltsos, cela comble un véritable besoin dans le milieu académique: «L’université nous donne des possibilités pour nous former à l’expression orale, mais elles sont limitées. Avec The Catalyst, nous avons des ateliers toutes les semaines.»

Les initiatives pour amener la recherche scientifique au public par le théâtre sont de plus en plus nombreuses depuis quelques années (voir ci-contre), mais peu jouent la carte de l’improvisation, en tout cas en Suisse. Cela pourrait changer: «Nous avons commencé à réaliser des projets à l’Université de Genève et au CERN et nous nous préparons pour un show à l’Université de Berne le mois prochain», explique Adria LeBœuf.


CatCave9

Tous les 3es jeudis du mois au Cinéma Oblò, avenue de France 9, à Lausanne. Entrée: 10 fr. Réservation recommandée. catcave9.thecatalyst.ch thecatalyst.ch (24 heures)

Créé: 21.02.2018, 16h06

Le théâtre pour s’approcher du public

«Les interactions entre sciences et théâtre se développent énormément», constate le sociologue et biologiste Alain Kaufmann, qui dirige l’Interface sciences-société de l’UNIL, une unité dont la mission est de rapprocher le monde académique du public, notamment à travers des projets culturels. Depuis quelques années, celle-ci participe à divers projets théâtraux, dont une collaboration avec la Compagnie Jours Tranquilles en 2016, où pour construire le spectacle Blanche/Katrina à l’Arsenic, les comédiens devaient eux aussi improviser sur la base de présentations scientifiques. Sur le campus de l’université vaudoise, la programmation de la Grange de Dorigny est un autre exemple de la liaison entre arts de la scène et recherche, tant en sciences dures qu’en sciences humaines. The Catalyst, pour sa part, est une troupe indépendante qui vient de recevoir, pour la deuxième fois, des subventions de la part du Fonds national suisse de la recherche scientifique. «Ce que montre The Catalyst est un besoin grandissant des chercheurs de trouver de nouveaux vecteurs de communication, d’autant qu’ils appartiennent à une nouvelle génération soumise à une très forte compétition dans le domaine des publications scientifiques notamment», estime Alain Kaufmann.

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