Six éditeurs romands logés à la même enseigne

LausannePlusieurs maisons s’associent pour reprendre la librairie La Proue. Ouverture en décembre.

Andonia Dimitrijevic, directrice de L’Age d’Homme, veut faire de La Proue une vitrine pour la littérature romande.?

Andonia Dimitrijevic, directrice de L’Age d’Homme, veut faire de La Proue une vitrine pour la littérature romande.? Image: Patrick Martin

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Alliance peu commune dans le monde de l’édition. Six maisons romandes vont investir la librairie lausannoise historique La Proue, perchée sur les non moins historiques escaliers du Marché.

Le bâtiment vient d’être racheté et le libraire actuel, spécialisé dans la littérature chrétienne, tire sa révérence. L’occasion pour le détenteur du bail, qui n’est autre que L’Age d’Homme, d’investir les lieux. Andonia Dimitrijevic, directrice de la maison d’édition fondée en 1966, a négocié avec le nouveau propriétaire une reconduction de son contrat jusqu’en octobre 2018.

C’est tout naturellement que la jeune femme a proposé à cinq confrères de la rejoindre: les Editions d’En Bas, Olivier Morattel, Art & Fiction, La Baconnière et Hélice Hélas. Le petit groupe a déjà uni ses forces pour fonder le Cran littéraire, des soirées performances dont la première saison bat son plein au Cinéma Bellevaux.

«Je me suis dit que ce serait sympa que chacun occupe un espace de la librairie, explique Andonia Dimitrijevic. Ce lieu, qui va servir en quelque sorte de laboratoire, donnera une visibilité particulière à la littérature romande.»

Les camarades apprécient. «C’est une très belle démarche et une excellente chose pour la littérature romande, qui souffre d’un déficit d’image, réagit l’éditeur Olivier Morattel. Les préjugés subsistent; il faut se battre pour défendre les auteurs. Ce lieu très bien placé peut susciter l’envie de se tourner vers le local en littérature, comme on le fait pour le vin. Les touristes qui passent auront peut-être aussi le désir de rapporter un livre édité dans la région. Après tout, comme le disait Aragon, la littérature est le visage d’un pays.»

«Cet espace de rencontre supplémentaire nous permet de montrer nos livres et de faire vivre notre fonds d’une autre manière», se réjouit aussi Jean Richard, des Editions d’En Bas. Convaincue par le concept, la directrice des éditions genevoises La Baconnière prévoit de vendre, en plus des dernières parutions, des pépites qui trouvent difficilement leur place dans les rayons. «D’anciennes éditions très belles des années 40, 50 ou 60 qui ne sont plus diffusées, détaille Laurence Gudin. Jules Supervielle, Denis de Rougemont, Jean Starobinski…» Elle aura l’embarras du choix. Sur son catalogue de 1700 titres, 500 sont encore disponibles.

Les temps sont durs

L’Age d’Homme – qui a coédité La vérité sur l’affaire Harry Quebert, de Joël Dicker – n’avait plus de vitrine en ville depuis 2003, année de la fermeture de sa spacieuse librairie place Pépinet. A l’époque, c’est l’hécatombe. Les petits libraires de la ville font faillite les uns après les autres. Depuis, la situation s’est stabilisée, mais seule une poignée d’indépendants, HumuS et Basta! en tête, survivent face aux poids lourds Payot et Fnac.

Chaque espace de vente compte. En Suisse romande, la scène de l’édition est aussi dynamique (une centaine de noms) que fragile. La branche souffre. Amazon et le refus du prix unique du livre ont fait des dégâts. «La chute de l’euro a fragilisé l’exportation, ajoute Jacques Scherrer, secrétaire général de l’Association suisse des diffuseurs, éditeurs et libraires. Or, pour se développer, il faut exporter.»

Nouveau souffle

Jean Richard a vu ses ventes chuter de 25% en dix ans. Il reste positif. «Les choses bougent. Le choc du rejet du prix unique du livre a mobilisé tout le monde. La Ville de Lausanne, par exemple, souhaite développer une politique du livre.»

Ce vent frais, Olivier Morattel le sent lui aussi souffler. «La littérature romande est décomplexée depuis la mort de Jacques Chessex (en 2009, ndlr) . Je ne me réjouis pas de sa disparition, mais elle a permis à d’autres auteurs d’exister.»

La Proue nouvelle formule, qui se veut aussi le théâtre d’événements, ouvrira ses portes début décembre, pendant les nocturnes.


Le Cran littéraire, performances avec des auteurs, prochaine soirée au Cinéma Bellevaux (Lausanne), le 11 novembre, à 20 h. www.chlitterature.ch. (24 heures)

Créé: 22.10.2015, 21h24

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