A bout de souffle, la maison Foetisch cherche un mécène

LausanneSi personne ne vient à son secours, le magasin de musique de la rue de Bourg, à Lausanne, mettra la clé sous la porte

Jean-Claude Foetisch dans les locaux de la rue de Bourg, que la famille occupe depuis 1947.

Jean-Claude Foetisch dans les locaux de la rue de Bourg, que la famille occupe depuis 1947. Image: Philippe Maeder

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«Nous n’avons pas encore fixé de date, mais la décision est hélas inéluctable. Si nous ne trouvons pas un mécène, un investisseur ou un repreneur, nous serons obligés de fermer le magasin avant la fin de l’année.»

Jean-Claude Foetisch, 86 ans, ne se lamente pas, il est simplement profondément triste. Triste pour les clients qui lui sont encore fidèles et triste pour ses deux fils, Jérôme et Grégoire, qui représentent la cinquième génération d’une famille de commerçants passionnés de musique, et les trois autres collaborateurs. Triste enfin d’être celui qui, contraint et forcé, va devoir mettre fin à une histoire vieille de bientôt 70 ans, qui aura profondément marqué, à la rue de Bourg 6, la vie d’un nombre considérable de mélomanes lausannois.

Fondée en 1947, la maison Maurice et Pierre Foetisch SA a longtemps été le dernier magasin de Lausanne dans lequel l’on pouvait encore écouter un disque dans une cabine. Elles ont aujourd’hui disparu, mais l’assortiment en matière de musique classique est toujours colossal, et donc unique dans la capitale vaudoise.

A ses débuts, l’enseigne a fondé sa réputation sur la vente de partitions, de pianos et d’autres instruments de musique, puis Jean-Claude Foetisch, accompagné de ses deux fils, s’est tourné sans nostalgie vers l’électronique de divertissement et le multimédia. Auparavant, ils ont sans doute été les premiers, dans la région lausannoise, à s’intéresser aux disques compacts. Un flair hérité du grand-père de Jean-Claude Foetisch qui, en 1935, devint le premier représentant en Suisse de la célèbre méthode Assimil, destinée à apprendre les langues avec facilité. Dans les années 60, le magasin se remplissait tous les samedis de filles des pensionnats lausannois, nombreux à l’époque, qui venaient acheter des 33 tours et, quelques années plus tard, de passage en Suisse, elles avaient pris pour habitude d’y revenir avec leurs enfants.

Affaires difficiles

Aujourd’hui, les activités de la société se répartissent entre la hi-fi, les installations radio et télévision, la vente de CD, de partitions de musique et de pianos. «Il n’empêche que les affaires sont devenues très difficiles. Nous n’avons plus assez de clients, les loyers sont chers et la rue de Bourg est perpétuellement en travaux, explique Jean-Claude Foetisch. Figurez-vous qu’il y a quelques semaines encore, nous avions un chantier de chaque côté du magasin, envahi par la poussière et où l’on ne s’entendait plus! C’était intenable.»

Les difficultés qui ont conduit la famille Foetisch à prendre la décision de fermer le magasin sont également liées à Internet, à l’instar de tous les autres commerces de détail. «Les gens viennent chercher des renseignements, prennent note des références ou examinent le produit, puis s’en vont passer commande sur Internet, relève Jean-Claude Foetisch. Preuve en est que l’apprentissage du métier de disquaire a été supprimé en 2015. A l’heure où la musique fait de plus en plus partie de nos vies, c’est vraiment désolant!»

Dans son petit bureau au deuxième étage du magasin de la rue de Bourg, étreint par les souvenirs, Jean-Claude Foetisch farfouille dans ses dossiers à la recherche d’une date oubliée, celle de l’arrivée de la famille Foetisch dans le monde de la musique romande.

Persévérant, il la retrouve enfin: c’est en 1804 qu’apparaît à Lausanne une maison Foetisch qui, sous le nom d’Editions Foetisch, se spécialise dès 1890 dans la diffusion de la musique chorale et pour faire connaître, par la suite, les œuvres de Jaques-Dalcroze, de Gustave Doret ou de l’abbé Bovet. Entre les deux guerres mondiales, Arthur Honegger lui confie Le roi David, qui est toujours l’oratorio en langue française le plus joué du monde. Devenues Foetisch Frères, les éditions sont rachetées par Hug Musique au mitan des années 70, puis disparaissent trente ans plus tard.

Le magasin de la rue de Bourg, né de l’initiative d’une autre partie de la famille, n’y a jamais été associé. Mais il est désormais, 69 ans après sa création, menacé par un sort analogue. A moins que…

Créé: 15.07.2016, 06h47

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