Star du muet oubliée, Lya Mara s’est éteinte à Lausanne

Histoire d'iciEnterrée au Bois-de-Vaux en 1969 avant que sa tombe ne soit désaffectée, l’actrice née à Riga a accumulé les rôles d’ingénue pour le grand écran.

Lya Mara apparaît à l’affiche de plus de 50 films.

Lya Mara apparaît à l’affiche de plus de 50 films. Image: DR

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Une icône du cinéma s’est éteinte à Lausanne il y a cinquante ans. La renommée de cette vedette du grand écran s’était estompée depuis fort longtemps. Aucune nécrologie dans la presse spécialisée. Pas un faire-part de décès dans les quotidiens. Une notule dans la rubrique «Ensevelissements» de certains journaux, en date du 6 novembre 1969, signale sèchement l’enterrement de «Mme Alexandra Zelnik-Gudowicz». Ce nom ne devait rien évoquer aux lecteurs, à de rares exceptions. Madame Zelnik-Gudowicz avait fait carrière sous le nom d’artiste plus évocateur de Lya Mara. Elle avait ainsi été très populaire dans les années 20. Pendant la République de Weimar, cette actrice fut une des grandes stars du muet; elle a marqué le paysage cinématographique durant plus d’une décennie.

Les films avec Lya Mara dans le rôle principal étaient des événements aux yeux du public cinéphile et ils faisaient aussi les gros titres dans la presse lausannoise. En 1928, «Vienne qui danse», au Théâtre Lumen (ndlr: érigé en 1911, Cinéma ABC en 1935, actuel D!), était encensé: «Splendide film artistique à grand spectacle». Un an plus tard, l’annonce du lancement de «Mon cœur est un jazz band» au Cinéma Moderne (ndlr: construit en 1897, devenu érotique en 1969, puis pornographique en 1978) cite les ingrédients typiques d’un film avec Lya Mara: «On peut affirmer, sans exagération, que jamais spectacle cinématographique ne réunit autant d’éléments de succès: drame, comédie sentimentale, fantaisie joyeuse. De l’amour, du rire, des larmes, tout semble contenu dans cette production et tout s’y déroule sur un rythme harmonieux qui justifie son titre. Lya Mara anime cette bande d’une virtuosité sans égale.» On peut lire régulièrement des articles sur l’actrice. Cartes postales à son effigie et images à collectionner sont diffusées à très large échelle.

En chemin vers la gloire

Mais qui se cache derrière ce nom d’artiste? Selon une fiche de renseignements publiée pour les fans, Lya Mara mesurait 1,65 m, pesait 58 kg, était blonde aux yeux bleu océan et chaussait du 36. À en croire des indications très répandues, elle serait née le 1er août 1897. Force est de corriger cette rumeur tenace: Lya Mara s’est toujours rajeunie, certainement pour garder intacte ses chances de décrocher ces rôles d’ingénue qui faisaient partie de son répertoire.

Elle est née Alexandra Gudowicz le 1er août 1893 à Riga, ville russe à l’époque. Son père, à la tête d’une famille de huit personnes, est mort tôt. Après avoir quitté l’école prématurément, elle suit un cours de ballet, puis danse au Théâtre national de Riga. Partie à Varsovie, elle y devient danseuse étoile. Elle est alors découverte par le producteur et metteur en scène ukrainien Friedrich Zelnik qui lui fait signer un contrat. Elle déménage en 1917 à Berlin et perce la même année dans un drame muet, «Das Geschlecht der Schelme». Zelnik réalisera par la suite presque toutes les productions où elle sera à l’affiche. Le public adore les comédies entraînantes bien mises en scène et les fresques spectaculaires en costumes historiques, qui font souvent tintinnabuler le tiroir-caisse.

Une carte postale signée par la star en 1920

Lya Mara aligne les succès en «mignonne ingénue Viennoise» dans des opérettes muettes comme «Die Försterchristl» ou «An der schönen blauen Donau», toutes deux sorties en 1926. Un critique allemand estimé de l’époque, Siegfried Kracauer, aussi sociologue du film, considérait cependant que les films tournés par Zelnik n’étaient que marchandise de confection qui détournait l’attention de l’actualité. Entre 1918 et 1930, Lya Mara apparaît à l’affiche de plus de 50 films dans le principal rôle féminin, aux côtés de célèbres partenaires tels que les acteurs allemands Harry Liedtke ou Hans Albers.

En privé, la star et son metteur en scène suivent un parcours commun: Zelnik et Mara se marient le 1er juillet 1920. Le couple s’installe à Berlin dans une villa de Westend, un quartier huppé. Lya Mara passe son temps libre à cultiver des roses et à s’occuper de ses quatre chiens. Elle voyage beaucoup, souvent en Suisse. On trouve trace de séjours de la star berlinoise dans les stations où la jet-set se rend en villégiature: Saint-Moritz ou Sils Maria, en Engadine. Des clichés circulent dans les journaux montrant les exploits sportifs de l’actrice, les skis sur l’épaule devant un panorama alpin grandiose ou à skis de fond en courte tenue sport chic.

Le «film parlant» marque sa chute

L’arrivée du «film parlant» à la fin des années 20 a marqué la fin de la carrière de Lya Mara. Son premier – et dernier – film parlant, «Jeder fragt nach Erika», en 1931, est un flop. Son accent étranger dérange, comme le fait qu’elle joue à 40 ans, encore et toujours un rôle de «jeune demoiselle charmeuse». L’actrice quitte le cinéma, elle n’interprétera plus jamais de rôle devant une caméra.

La prise du pouvoir par les nazis en 1933 contraint le couple Zelnik à émigrer. Lya Mara suit son mari d’origine juive en Angleterre. Ils s’établissent à Londres dans le quartier de Harrow. Zelnik n’exerce plus que sporadiquement le métier de réalisateur ou de producteur. Ils deviennent tous deux citoyens britanniques.

La dernière photo connue de Lya Mara, prise dans un studio à Amsterdam à la fin des années 30

Après le décès de Zelnik en 1950, la trace de l’actrice se perd. Mais une hypothèse court toutefois: Lya Mara aurait déménagé en Suisse et y serait décédée en 1960. On suppose alors qu’elle aurait été enterrée au Tessin, à Ronco sopra Ascona. Une belle image qui la fait reposer aux côtés de la star de Hollywood Paulette Goddard et de l’écrivain Erich Maria Remarque, tous deux inhumés dans ce pittoresque cimetière. Reste que l’administration communale n’a pas connaissance d’une quelconque tombe. On sait désormais la réalité autre: c’est en 1966 que Lya Mara quitte l’Angleterre et vient habiter à Lausanne, à l’hôtel Eden à l’avenue de la Gare. Elle y passe une petite année, puis elle s’installe à l’Hôtel Mirabeau qui existe encore dans la même rue.

L’actrice meurt le 1er novembre 1969 à l’âge de 76 ans à la Clinique Bois-Cerf. Elle sera enterrée au cimetière du Bois-de-Vaux cinq jours plus tard. Sa tombe n’existe plus (ndlr: elle a été désaffectée en 2007). Les souvenirs se sont estompés. Le celluloïd fragile sur lequel on pouvait l’apercevoir tombe en ruine. Seul un petit nombre de ses films est bien conservé. En littérature, l’auteur allemand Arno Schmidt a chanté sa gloire dans son œuvre posthume «Julia, oder die Gemälde» (non traduit) où il décrit sa tendance précoce à l’idolâtrie. Jeune ado, il découvre une carte postale de Lya Mara. Pour lui, c’était «une étoile au firmament du cinéma des années 20, une poupée blonde typique». Il déclare ainsi son premier amour à une image.

Créé: 19.10.2019, 17h58

En dates

1893 Naissance d’Alexandra Gudowicz, le 1er août à Riga, en Russie. La famille compte six frères et sœurs, d’un père Russe et d’une mère Lettone.

1907 Elle se forme au ballet, puis devient danseuse au Théâtre national de Riga.

1913 Se fait engager à Varsovie, devient première danseuse.

1916-17 Joue quelques rôles mineurs dans des films polonais.

1917 Déménage à Berlin, décroche son premier rôle principal dans un film sous son nom d’artiste, Lya Mara.

1920 Se marie avec le metteur en scène Friedrich Zelnik.

1924 Part en vacances en Engadine; d’autres visites suivront dans la région.

1929-30 Séjourne à Los Angeles.

1931 Joue dans son premier et unique film parlant, «Jeder fragt nach Erika».

1933 Migre en Angleterre et s’installe dans le quartier de Harrow, à Londres.

1937-38-39 Voyage en France, en Suisse et aux Pays-Bas.

1966 S’installe à Lausanne.

1969 Meurt à Lausanne à l’âge de 76 ans. Elle est ensevelie le 6 novembre au cimetière du Bois-de-Vaux. GEO

Infos

Rédigeant une biographie de Lya Mara, l’auteur est en quête de toutes les informations concernant l’actrice ou l’endroit où est déposée sa succession. Contact: erol.hesse@gmx.de

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