Les tarifs de l’énergie font bondir les futurs habitants de l’écoquartier

Lausanne et régionSe chauffer dans l’écoquartier des Plaines-du-Loup coûtera trois fois plus cher que le chauffage à distance.

A l’image des autres projets de l’écoquartier, le Parc du Loup 3 de la coopérative La Meute sera économe en énergie, mais pas bon marché à chauffer.

A l’image des autres projets de l’écoquartier, le Parc du Loup 3 de la coopérative La Meute sera économe en énergie, mais pas bon marché à chauffer. Image: LX1 architectes

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«Engagez-vous, qu’ils disaient...» La complainte des légionnaires romains confrontés aux Gaulois dopés à la potion magique est en train de contaminer les petits investisseurs à Lausanne. Constitués en coopératives d’habitants, ils s’étaient engagés dans la construction de logements dans le futur écoquartier des Plaines-du-Loup. Mais du rêve à la réalité il y a un pas qu’il découvrent alors que s’approche l’heure de signer les contrats menant à la réalisation du quartier. Un groupe de coopératives d’habitants dénonce des prix du chauffage bien plus élevés que pour bon nombre de Lausannois.

«Nous allons devoir payer environ 35 centimes par kilowattheure, c’est trois fois plus cher que le tarif du chauffage à distance, résume Catherine Mathez, présidente de la coopérative La Meute. Et on doit s’engager pour quarante ans, sans possibilité de renégocier ce tarif.» Pour les trois coopératives signataires d’un communiqué de presse, c’est un peu le pompon de voir une facture de chauffage aussi élevée alors que, justement, les bâtiments à construire dans l’écoquartier doivent répondre à des normes environnementales très sévères. «Logiquement, ces frais de départ (ndlr: de construction) élevés devraient être en partie compensés par des charges de chauffage réduites», écrivent les coopératives C-Arts-Ouches, Écopolis et La Meute.

Sondes géothermiques

C'est que le quartier sera chauffé par des sondes géothermiques fichées dans le sous-sol. Une technologie encore relativement jeune à cette échelle et qui devra approvisionner en énergie calorique l’ensemble du quartier. Par conséquent, tous les investisseurs souhaitant y construire des logements doivent participer à cet investissement. C’est ainsi qu’il en a été décidé il y a une bonne dizaine d’années.

C'est à ce prix que le quartier devrait rentrer dans le cadre fixé par les objectifs d’une société à 2000 watts. Reste que les petites coopératives finissent par trouver ce cadre un peu rigide. «On a joué les bons élèves en respectant toutes les règles, mais on a l’impression d’essuyer les plâtres au prix fort», dit Catherine Mathez. La grogne est particulièrement tenace en raison d’un déséquilibre perçu par les coopératives d’habitants, qui tentent de négocier face à la Ville, laquelle tient le couteau par le manche. Le droit de superficie a déjà été signé et, même si la Fédération des maîtres d’ouvrage d’utilité publique les encourage à se regrouper pour «négocier des conditions plus favorables», les carottes sont cuites.

«Il y a une grosse crispation financière»

Le Conseil communal de Lausanne discutera mardi de la réponse rendue par la Municipalité à une interpellation du socialiste Benoît Gaillard. Celui-ci posait, en octobre dernier, des questions sur le «contracting énergétique», qui correspond à cet abonnement de quarante ans que devront signer les occupants des Plaines-du-Loup pour le chauffage des bâtiments. On y apprend que la Municipalité ne rendra pas les tarifs publics, dans la mesure où les contrats sont négociés pour chacun des projets de construction. Si elles sont justifiées pour la Municipalité, ces clauses de confidentialité contribuent à opacifier les choses pour les investisseurs.

La période est sensible dans le développement des Plaines-du-Loup, qui n’attend que des signatures pour amorcer la construction de l’écoquartier. La démarche de ces petites coopératives d’habitants s’inscrit dans les négociations qu’elles mènent avec la Ville. Mais pas seulement. «Il y a une grosse crispation financière, confie le directeur d’une autre coopérative, qui ne s’est pas jointe au communiqué de presse. On est tenu de respecter les loyers pour lesquels ont s’est engagé il y a cinq ans alors que, du côté de la Ville, les coûts augmentent.»

Comparable au mazout

Face à la grogne ambiante, le municipal Jean-Yves Pidoux assume le prix du chauffage au moyen des sondes géothermiques. «C’est un mauvais calcul de le comparer avec le tarif du chauffage à distance, qui est très bon marché, assure l’écologiste. Et si l’on se dirige vers la neutralité carbone à l’horizon 2030, il faudra s’attendre à une forte augmentation de son coût.» Pour Jean-Yves Pidoux, le prix d’un chauffage écologique aux Plaines-du-Loup doit se mesurer à une installation au gaz ou au mazout. «Dans ce cas, les charges sont tout à fait comparables», assure-t-il.

Face à la durée de quarante ans des contrats, Jean-Yves Pidoux rappelle qu’elle constitue un gage de stabilité et qu’elle a été souhaitée «par les investisseurs». Il souligne enfin que, si les sondes géothermiques ont coûté quelque 25 millions de francs, les contrats de chauffage ne rapporteront rien à la Ville au terme de ces quatre décennies, étant donné les investissements à renouveler dans l’intervalle.

Créé: 06.02.2020, 21h29

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