Il y a 30 ans, le canton prenait des airs de Grand Nord

17 février 1985Il y a trente ans, le bassin lémanique s’est retrouvé couvert d’un épais manteau neigeux. Rien de tel pour sortir les skis en ville. Souvenirs.

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«C’était la gabegie, plus aucun véhicule ne circulait, se souvient Jean-François Henchoz, conducteur TL depuis 1974. J’habitais en bas de Tivoli, la rue a vite été envahie par les luges et les skis.»

Un dimanche 17 février 1985 exceptionnel que la plupart des Vaudois ne sont pas près d’oublier. Car, dans la nuit du 16 au 17, Lausanne s’est retrouvée sous plus de 60 centimètres de neige. De quoi réjouir les amateurs de glisse. Rien de mieux qu’une ville en pente pour s’en donner à cœur joie. «J’ai décidé d’aller au travail à skis, explique Steve Botta, à l’époque agent de police secours. Je suis parti du chemin des Bossons et je suis descendu jusqu’à la caserne de Florimont. Nous avons déployé plusieurs patrouilles pédestres ces jours-là, car inutile de sortir les voitures.»

Et le policier n’est pas le seul à avoir chaussé ses lattes ce dimanche-là. Des piquets de slalom et un tremplin de saut ont même été installés à la rue du Petit-Chêne. Sans oublier tous les fondeurs du côté d’Ouchy.

Voitures introuvables

«Ce qui m’a le plus marqué, c’est le parking de la Navigation, se rappelle Dominique Biesler, ancienne Lausannoise. Il y avait d’énormes tranchées entre les voitures. Les gens essayaient de retrouver la leur.» Ils ont été nombreux à renoncer à déneiger leur véhicule, tant le déplacer semblait périlleux et inutile. «Je travaillais ce 17 février, se rappelle Bernard Taverney, adjoint chef de l’Unité transports de la Ville de Lausanne et apprenti conducteur de camion à l’époque. Nous avons commencé à dégager la neige avec les camions. Arrivés en bas de l’avenue du Grey, nous avons dû renoncer. Les habitants du quartier avaient barricadé la rue et l’avaient envahie avec des luges.» Un souvenir qui fait écho à celui de Daniel, employé municipal depuis 1984: «J’ai commencé ma journée à 4 h du matin le dimanche. Il y avait 60 centimètres de neige à la rue Centrale. Nous avons essayé de déblayer avec de petits véhicules munis de bennes à l’avant. Nous nous faisions engueuler par les passants qui ne voulaient pas qu’on enlève la neige! On a fini par arrêter.»

Le déneigement s’est poursuivi bien des jours après le 17 février, tant les quantités à évacuer étaient importantes. «On faisait des tas un peu partout. Au Chalet-à-Gobet, l’énorme amas de neige que nous avions déposé n’a totalement fondu qu’en juin! Au Boveresses, nous avons dû démonter la lame et la charger sur le pont du camion pour réussir à passer, poursuit Bernard Taverney. Les voitures étaient garées n’importe comment, parfois en triple file!» Et Daniel de préciser: «Il nous est arrivé d’embarquer par mégarde des vélomoteurs cachés dans de gros tas de neige.» Les chômeurs de l’époque ont été mis à contribution. Pelles en main, ils ont contribué à rendre la ville plus praticable. «Il nous a fallu deux semaines pour que la ville retrouve sa normalité», précise Bernard Taverney.

Les bus ont repris tant bien que mal leurs activités. «La semaine du 18 février, je conduisais sur la ligne 9 (ndlr: de Prilly à Lutry), impossible de respecter un horaire quelconque, s’amuse Jean-François Henchoz. Inutile de tenter de marquer tous les arrêts, je m’arrêtais où je pouvais. Les usagers étaient de bonne humeur malgré tout. En général, ils râlent quand le retard est minime, mais là c’était tellement folklorique!»

Routes bloquées

Ailleurs dans le canton, la situation n’était pas meilleure. En visite chez ses grands-parents à Sainte-Croix, la conseillère nationale Adèle Thorens se souvient: «Avec ma sœur et mes cousins, nous sautions du balcon du premier étage pour atterrir dans la montagne de neige qui s’était amoncelée contre la maison.»

Plusieurs routes, notamment du côté de Cully et de Chexbres, ont dû être fermées. Le village des Diablerets s’est retrouvé coupé du monde. Vevey, Saint-Saphorin, Morges, entre autres, ont accueilli leurs lots de skieurs. Tôle froissée, carambolages et dégâts divers liés au poids de la neige n’ont pas pu être évités, mais la bonne humeur a triomphé.

Créé: 17.02.2015, 07h02

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Un mélange chaud-froid

C’est dans la nuit du samedi 16 au dimanche 17 février que la neige a commencé à tomber sans discontinuer. Résultat: 62 cm de poudre à Aigle, 50 à Pully, 45 à Genève, 40 à Sion et 90 à Thonon-les-Bains! Et 60 en ville de Lausanne. Des valeurs exceptionnelles dues à un mélange entre l’air chaud en provenance du sud-ouest de l’Europe et l’air glacial du nord. «L’air chaud contient beaucoup plus d’humidité que le froid. Lorsqu’il glisse sur ce dernier, il provoque des précipitations, explique Dominique Stussi, météorologue chez MétéoSuisse. Ce phénomène n’est pas rare en soi, mais en février 1985 il a duré longtemps. Habituellement, l’air chaud passe et érode l’air froid. La neige se change assez vite en pluie, mais en 1985 l’air froid a persisté et la neige avec lui.» Le bassin lémanique, en plein dans ce mélange d’air, a été le plus touché. Pour une fois, Genève était recouverte d’un épais manteau blanc alors que La Chaux-de-Fonds et Neuchâtel ne voyaient danser que quelques flocons. De telles chutes de neige en si peu de temps sont rares sur le nord de l’Europe car seul de l’air méditerranéen très humide est capable de provoquer d’aussi fortes précipitations en plaine, peut-on lire dans le bulletin de MétéoSuisse relatif aux événements de l’époque.
Ce n’est que dimanche dans la soirée que la neige a cessé.

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