«Il est temps d'ouvrir la discussion sur l'architecture dans notre région»

RencontreJeanne Della Casa défend la candidature lausannoise pour l’organisation du congrès de l'Union Internationale des Architectes.

Jeanne Della Casa, co-présidente de la section romande de la Fédération des architectes suisses (FAS), dans son bureau lausannois.

Jeanne Della Casa, co-présidente de la section romande de la Fédération des architectes suisses (FAS), dans son bureau lausannois. Image: FLORIAN CELLA

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Si Lausanne bat Madrid, Copenhague, Antalya, Bakou et Kuala Lumpur, des milliers d’architectes du monde entier afflueront sur les rives du Léman en 2023. En juin dernier, la capitale vaudoise annonçait sa volonté d’organiser le congrès de l’Union internationale de la profession. Un trio d’architectes est à l’origine de cette candidature aujourd’hui soutenue par les autorités lausannoises, vaudoises et même par Micheline Calmy-Rey. Jeanne Della Casa en fait partie.

Membre du comité d’organisation et coprésidente de la section romande de la Fédération des architectes suisses, elle évoque un événement tourné vers le public, à mille lieues des réunions de professionnels en vase clos. «Le congrès se déroulerait quasiment à ciel ouvert. C’est la spécificité de notre candidature.» Les work shops, conférences et visites se succéderont sur le thème de l’eau entre Lausanne, Vevey, Nyon, Montreux, Genève et même Evian. Le tout sur les navires de la flotte CGN.

Vision versus profits

«Ce qui est essentiel pour nous, c’est de parler d’architecture, insiste Jeanne Della Casa, par ailleurs professeure invitée à la prestigieuse Accademia di architettura di Mendrisio (Tessin). Nous voulons élargir cette discussion, trop rare en Suisse romande excepté dans les jurys des concours ou dans les écoles. Si Lausanne l’emporte, des milliers d’architectes du monde entier se retrouveront ici. Cela ouvrira forcément un débat.»

Les sujets de conversation ne manquent pas, relève cette avocate de la profession. La région lémanique met en avant dans sa candidature ses nombreux atouts – de Le Corbusier au Rolex Learning Center, en passant par le nouveau parlement ou le pôle muséal Plateforme10 – mais Jeanne Della Casa reste critique. «A Lausanne, les décisions ont parfois de la peine à être réfléchies, juge-t-elle. Quand on voit la route de contournement de la Sallaz, absurde, qui détruit le Vallon…» Et d’évoquer un autre exemple lausannois: l’interdiction programmée des voitures sur le Grand-Pont. «C’est très bien. Sauf que les bus pourront toujours circuler. Quelles familles avec enfants vont aller se balader là-bas? Je suis convaincue que ce modèle ne fonctionne pas. Regardez ce qui se passe à la Sallaz.» L’architecte connaît bien la nouvelle place. C’est le bureau lausannois L-architectes – qu’elle codirige avec Sylvie Pfaehler – qui a signé les trois bâtiments entourant la sortie du métro.

«Ce serait une véritable chance si des milliers d’architectes du monde entier se retrouvaient ici»

Plus largement, la Chavannoise déplore le fait que la capitale vaudoise soit l’une des rares villes à ne pas avoir de commission d’urbanisme. «Aujourd’hui, les politiques ne demandent l’avis de personne. Ce projet de créer une route qui détruit la forêt du Flon, par exemple, c’est assez aberrant. On constate qu’il y a trop de voitures, alors on décide de rajouter une route. Or, on ne peut pas réfléchir uniquement en termes de chiffres ou de trafic. Il faut penser à l’espace, à la vie dans la cité, aux relations humaines…» La plus-value de l’architecte, martèle-t-elle. «En tant que généraliste habitué à jongler avec de nombreux paramètre, il peut apporter cette vision globale.»

Jeanne Della Casa garde, comme bon nombre de ses confrères, un souvenir douloureux du rapport de la Cour des comptes mettant en doute l’utilité et l’économicité des concours d’architectures pour les constructions scolaires. «Le message, en substance, était celui-ci: les architectes sont trop chers, engageons plutôt des constructeurs. Le Canton de Vaud envisage d’ailleurs d’attribuer la création ou l’agrandissement de six gymnases à des entreprises totales (ndlr: les entreprises dites «totales» gèrent la construction d’un bâtiment de A à Z). Dans cette configuration, l’architecte n’est plus le maître d’œuvre. L’entreprise décide de tout et il n’y a aucune transparence sur les coûts. Il faut bien comprendre que ces structures sont dans une logique de croissance économique. Mon intérêt, en tant qu’architecte, n’est pas de faire du chiffre sur un produit mais de penser à ce qui va être positif pour une ville et agréable pour les habitants.»

Le congrès de l’Union internationale des architectes, s’il a lieu à Lausanne, pourrait réveiller les consciences, espère-t-elle. «Rien de mieux qu’un événement de cette envergure pour sensibiliser à ces questions. Car le risque, c’est de continuer à construire et à aménager sans vision.»

La ville lauréate sera désignée à Séoul au mois de septembre. (24 heures)

Créé: 15.08.2017, 08h25

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