Les TL font découvrir leurs bus aux malvoyants

HandicapL’école pour malvoyants de Lausanne forme ses jeunes élèves à utiliser les transports publics.

Emma et Alyssa (derrière) visitent le bus à tâtons, avec l'aide de Marie-Jeanne Desponds, éducatrice spécialisée au Centre pédagogique pour handicapés de la vue de Lausanne.

Emma et Alyssa (derrière) visitent le bus à tâtons, avec l'aide de Marie-Jeanne Desponds, éducatrice spécialisée au Centre pédagogique pour handicapés de la vue de Lausanne. Image: Marius Affolter

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Emma, 16 ans, trône, fière, tout au fond du bus articulé. C’est la première fois que la jeune fille s’assied sur ces sièges surélevés, qu’on atteint par quelques marches. «C’est haut, c’est génial!» En temps normal, elle s’installe devant, juste à côté du conducteur, avec la personne qui l’accompagne. Mardi passé, dans le cadre du cours de locomotion et d’habileté sociale du Centre pédagogique pour élèves handicapés de la vue (CPHV), Emma et trois de ses camarades, Alyssa, Laurie et Alison, ont enfin pu découvrir un bus TL dans sa globalité. Le but à terme: que ces jeunes malvoyantes prennent le bus toutes seules.

Une première

«Nous faisons beaucoup de choses pour autonomiser et intégrer nos élèves, mais la collaboration avec les TL est une première pour nous, explique Frédéric Schütz, directeur du CPHV. Comme nous organisons de plus en plus d’activités à l’extérieur, la sensibilisation aux transports publics nous est apparue nécessaire.» C’est aussi que les méthodes d’apprentissage ont changé. Le temps où l’on demandait aux malvoyants de mémoriser par cœur leurs gestes et leur trajet quotidiens est révolu. «Aujourd’hui, on privilégie l’apprentissage analytique, qui débouche sur davantage d’autonomie», explique Jean Roche, ergothérapeute et instructeur de locomotion au CPHV.

L’exercice du jour, qui devrait être reconduit chaque année, permet de se faire une représentation globale du bus, de sa longueur et de sa structure, de la situation des roues, du moteur… «Connu, le bus en devient moins effrayant, explique Jean Roche. Cela permet aussi de s’adapter s’il est bondé et qu’il n’est pas possible de monter devant.» Marie-Jeanne Desponds, éducatrice spécialisée, insiste sur un autre apprentissage crucial. «Nous travaillons beaucoup avec les jeunes pour qu’ils disent leur handicap, qu’ils avertissent à quel arrêt ils descendent…» Bref, qu’ils se signalent au lieu de jouer la discrétion.

Formation des conducteurs

Car si la difficulté est criante lorsqu’on suit les fillettes dans leur découverte de l’immensité du bus articulé et de ses embûches, la tâche n’est pas aisée non plus de l’autre côté du portillon du conducteur. «Quand la personne a un handicap visuel mais n’arbore pas de canne blanche, par exemple», illustre André Mayor, répondant technique rattaché à la formation des conducteurs aux TL. Ainsi, dans la formation initiale comme continue des conducteurs, un module théorique et pratique se concentre sur l’accueil des personnes à mobilité réduite (PMR). Un module similaire est en train d’être mis en place pour les contrôleurs, qui ne bénéficient pour l’instant que de sensibilisation.

Les Transports publics lausannois, tout comme les CFF, rencontrent aussi régulièrement les associations de défense des droits des personnes handicapées à des fins de consultation. Notamment pour atteindre le but fixé par la loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand), soit un réseau de transports publics adapté aux PMR à l’horizon 2023. Les TL ont même créé un poste en 2000, responsable de faire le lien avec les associations. Et en 2003, une charte a été signée entre les TL et onze associations de la région, assurant que les besoins spécifiques des PMR seront pris en compte.

Bleu clair côté couloir

Les bus lausannois sont truffés d’éléments issus de ces consultations, invisibles pour le profane. Pour des raisons de contrastes, les sièges fuchsia sont placés côté fenêtre, les bleu clair côté couloir. Aussi, les barres des sièges sont noires, pas gris clair. «Et même si les deux places décalées à l’avant compliquent la vie au constructeur, c’est du sur-mesure et nous y tenons!» explique André Mayor.

Au bout d’une heure de découverte tactile – en passant par «l’endroit accordéon», soit le soufflet intermédiaire – Alison, Laurie, Alyssa et Emma retournent dans la vraie vie: un bus en mouvement et peuplé d’inconnus. «Vraiment, je préfère le taxi», souffle Emma à son ergothérapeute. «Ce qu’on sous-estime, c’est la fatigue que tout cela engendre», conclut-il. (24 heures)

Créé: 03.07.2016, 16h42

Contrôle TL inopiné pour jeunes autistes

En mai, les TL ont organisé un autre exercice pratique lié au handicap. Cette fois, la demande venait de la structure lausannoise pour adolescents atteints d’autisme, Strada. «Un jeune nous a dit que les contrôles dans le bus le stressaient, explique la responsable Anna Peev. Les TL ont accepté d’organiser un contrôle «ordinaire» pour confronter nos jeunes à cette expérience.» Huit contrôleurs ont débarqué dans le bus pour vérifier le titre de transport de tous les passagers, et notamment des trois jeunes de Strada. Agés de 20 ans, ils y terminent leur formation et n’auront dès l’année prochaine plus accès aux transports spécialisés. Isabelle Steffen, mère d’un de ces jeunes adultes, salue l’expérience, qui a été très positive pour son fils. «Thomas sait maintenant ce qu’il doit faire et surtout à quoi servent les contrôles et comment y répondre. L’expérience profite aussi aux éducateurs, qui réalisent des apprentissages réels, et au personnel des TL, qui est sensibilisé aux personnes porteuses d’un handicap invisible, dont les comportements peuvent parfois surprendre ou déranger.»

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