Une toile de Zao Wou-Ki donnée au MCBA

PeintureFrançoise Marquet, veuve du grand peintre d’origine chinoise décédé à Nyon en 2013, a décidé de transformer l’un des dépôts en donation.

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D’une fulgurante intensité, l’ Hommage à Edgar Varèse mesure plus de deux mètres sur trois et son estimation est d’environ 5 millions de francs. Zao Wou-Ki, maître de l’abstraction lyrique, l’a peint en 1964, un an avant la mort du compositeur américain, qui était l’un de ses amis proches. Monumental, le tableau fait partie des œuvres du peintre d’origine chinoise, naturalisé français par le ministre de la Culture André Malraux en 1964, que son épouse, Françoise Marquet, ancienne conservatrice du Musée d’art moderne de Paris, déposera pendant une période de cinq ans – renouvelable – auprès du Musée cantonal des beaux-arts.

Les cinq toiles de grand format, dont un triptyque peint entre 1997 et 1998, seront officiellement déposées au Musée des beaux-arts le 23 février prochain. Dans l’intervalle, Françoise Marquet a pris la décision de transformer l’un des dépôts en donation, en choisissant d’offrir au Canton de Vaud, selon une procédure en cours de finalisation, l’Hommage à Edgar Varèse, qui magnifiait le salon de la villa de Dully, sur les rives du Léman, où elle s’était installée avec son mari en 2011.

Atteint de la maladie d’Alzheimer, Zao Wou-Ki s’éteint à l’Hôpital de Nyon le 9 avril 2013, à l’âge de 93 ans. Françoise Marquet, embarquée dans une tempête successorale initiée par Jia-Ling Zhao, fils d’un premier lit du peintre (lire ci-contre), prend alors la décision de rester en Suisse, pays cher au cœur de son mari, qui l’a découvert en 1950 en compagnie du peintre Johnny Friedlaender et, l’année d’après, avec l’éditeur Nesto Jacometti, qui lui fait découvrir Paul Klee, dont l’œuvre va bouleverser sa vie.

«Rétrospectivement, je me dis que nous avons quitté Paris trop tard, regrette aujourd’hui Françoise Marquet. Mon mari adorait le lac et les Alpes depuis toujours, et c’est donc ici que j’ai souhaité qu’il passe ses dernières années. Nous avons été accueillis avec infiniment de gentillesse et d’empathie, et j’en suis profondément reconnaissante au canton de Vaud.»

C’est la raison pour laquelle Françoise Marquet a pris la décision, il y a quelques mois, de rencontrer le conseiller d’Etat Pascal Broulis. «Je voulais faire un geste à l’égard du pays où Zao Wou-Ki, heureux et apaisé, a vécu les derniers jours de sa vie. N’oubliez pas que je suis conservatrice de musée, je sais donc que c’est là que les tableaux vivent le mieux, qu’ils sont sanctuarisés: c’est la raison du dépôt», dit-elle.

A ce jour, toutes les œuvres de Zao Wou-Ki en possession de sa veuve sont encore au Port-Franc de Genève. Le 23 février prochain, cinq d’entre elles rejoindront les cimaises du Musée cantonal des beaux-arts, choisies par son directeur, Bernard Fibicher. Selon nos informations, par ailleurs, la donation en cours pourrait ne pas rester un cas isolé.

Aucun impôt
«Dans ces circonstances, imaginer que la démarche de Françoise Marquet, légataire universelle de son mari, puisse être dictée par un intérêt financier serait une sottise, précise son conseil, Me Graziella Burnand. Sur le plan successoral, c’est le droit français qui s’applique au testament. Et le conjoint survivant ne paie aucun impôt, ni en France ni dans le canton de Vaud.»

Une démarche que l’ancienne conservatrice du Musée d’art moderne de Paris entend bien poursuivre. Au terme de l’exposition «Zao Wou-Ki: la lumière et le souffle» que va organiser le Musée d’art de Pully du 1er mai au 27 septembre 2015, Françoise Marquet entend offrir à l’institution une importante collection d’estampes et de livres de bibliophilie de son mari. Dans la foulée, la Fondation Pierre Gianadda, à Martigny, accueillera une rétrospective du peintre franco-chinois du 4 décembre 2015 au 12 juin 2016.

Deux ans après sa mort, les liens entre Zao Wou-Ki et la Suisse se seront donc encore resserrés.


Le temps de la raison

Zao Wou-Ki, diminué par la maladie d’Alzheimer depuis plusieurs années, et Françoise Marquet, son épouse depuis 1977, s’installent à Dully, sur les rives du Léman, en 2011. C’est le moment que choisit Jia-Ling Zhao, fils d’un premier lit du peintre avec lequel il a toujours eu des rapports distants, pour faire brutalement irruption dans la vie du couple.

L’homme, âgé d’une septantaine d’années, multiplie les actions en justice, notamment par une requête de mise sous tutelle et des plaintes pénales contre sa belle-mère, qu’il accuse d’abus de faiblesse et d’usage illicite de l’œuvre de son père. Au lendemain de la mort du peintre, en avril 2013, il ira jusqu’à lui reprocher, dans une campagne de presse d’une rare violence, de l’avoir «laissé mourir» avec la complicité des médecins de l’Hôpital de Nyon. Pour avoir relayé ses propos, le magazine Vanity Fair avait été condamné à verser des dommages et intérêts à Françoise Marquet.

Au terme de près de deux ans de procédures, tant en France qu’en Suisse, «la succession est en passe d’être résolue, et je me félicite du retour au temps de la raison, précise Me Graziella Burnand. Le testament de Zao Wou-Ki, écrit de sa main en 1997, institue sans ambiguïté Françoise Marquet légataire universelle de son mari. Elle peut dès lors, selon le droit français, disposer de ses biens, mais à la condition d’indemniser les héritiers réservataires, à savoir Jia-Ling Zhao, son beau-fils, et sa belle-fille, Sin-May, née du deuxième mariage du peintre et qui a toujours été à ses côtés, conclut l’avocate. Dès lors que les montants ont désormais été versés, la conclusion n’est donc plus trop lointaine.»

Créé: 09.02.2015, 12h22

13.10.59, l’une des œuvres déposées au Musée des beaux-arts. J. HYDE

Héritage: Ami des plus grands peintres, il a laissé une œuvre considérable

Né à Pékin en 1920, installé à Paris dès 1948, Zao Wou-Ki, dont l’un des biographes n’est autre que l’ancien premier ministre Dominique de Villepin, a laissé à sa mort une œuvre considérable.
Membre de l’Académie des beaux-arts, l’artiste, ami des plus grands peintres de son époque mais aussi de Jacques Chirac, a exposé dans le monde entier et sa cote n’a cessé de grimper ses dernières années.
Sa veuve a décidé d’offrir sa collection privée, qui est encore en France, une «collection de peintre», selon l’expression consacrée, au Musée de l’Hospice Saint-Roch à Issoudun, dans l’Indre.
«Elle est constituée d’une soixantaine de pièces, des œuvres de Soulages, d’Hans Hartung, d’Henri Michaux et j’en passe, dit-elle. Il y a aussi deux dessins de Giacometti et un de Picasso. C’est une collection entière, qui sera magnifiquement mise en valeur dans un musée que mon mari aimait beaucoup et qui avait exposé ses œuvres en 2008.»

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