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A la tour Galfetti, les kokedamas ont planté leurs racines dans le ciel

Tout l’été, «24 heures» part à la rencontre des œuvres de Lausanne Jardins et raconte l’histoire des lieux qu’elles ont investis

Les îles végétales rondes et moussues contrastent avec la géométrie granitique du bâtiment Galfetti, comme pour répondre aux codes de la "Tendenza" tessinoise.
Les îles végétales rondes et moussues contrastent avec la géométrie granitique du bâtiment Galfetti, comme pour répondre aux codes de la "Tendenza" tessinoise.
Chantal Dervey

Si on vous dit Lausanne et jardin, peu d’entre vous penseront à la cour Galfetti. Située dans le patio de la tour du même nom, à l’angle de la place Chauderon et de l’avenue de Beaulieu, la placette ronde interpelle par sa minéralité et son manque total de nature. «C’est pour ça qu’on a voulu faire ça ici! Cet endroit avait besoin de poésie», s’enthousiasme Judith Dumez, designer et conceptrice lausannoise du projet, qu’elle a réalisé avec Elisha Joho Monnerat, architecte, Lucie Schaeren, sociologue et artiste, et Martin Gauthier, architecte paysagiste. «C’était un vrai choix de prendre le lieu le plus urbain possible. Un puits entre ciel et terre où on ne peut rien planter», poursuit la designer.

Le projet «Kokedamas» est en effet un jardin suspendu, un nuage fait de 160 petites îles végétales. Un concept original quand on se rappelle le thème 2019 de Lausanne Jardins: «Pleine Terre». En fait, l’art japonais du kokedama colle parfaitement: une plante gentiment déracinée est ensuite délicatement replantée dans un mélange de terre indigène, de terre volcanique du Japon et de substrat, formé en boule. Cette base est ensuite entourée de mousse sylvestre, qui conserve l’humidité et apporte de l’oxygène, fixée avec un filet de coton. Une sorte de hors-sol en pleine terre…

Patio à courants d'air

Sur place, la poésie du nuage végétal fait son effet. Le patron du Canard Pékinois, un des seuls commerçants à ne jamais avoir quitté la tour Galfetti, inaugurée en 1993, est venu, ému, offrir du thé au quatuor lors de la mise en place. Parfois, il lui arrive maintenant de déplacer sa terrasse sous le jardin suspendu. C’est que la place manquait cruellement de verdure. Sur d’anciens clichés, un arbre en pot trône au centre de la place. D’autres plantes ont tenté de survivre dans ce puits peu lumineux et exposé aux courants d’air. Sans grand succès.

Les kokedamas semblent pourtant s’y plaire, malgré le manque de luminosité et les conditions météorologiques extrêmes de ces derniers jours. «Ils ont tout eu: trop chaud, trop froid, du vent, des pluies torrentielles, même la grêle!» Tout l’été, ils seront arrosés grâce à un serpentin à buses.

L’installation est aussi pensée pour inciter les passants à lever le nez et à observer autrement cette tour mal-aimée. Car oui, dès son inauguration, les Lausannois n’ont pas été tendres. Marx Lévy, ancien municipal lausannois des Travaux, y voyait une immense «râpe à carotte», «un monstre disproportionné». Bien plus tard, en 2006, un sondage de la TSR révélait des surnoms encore plus violents: un «comédon», une «verrue»!

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Lire aussi:Zoom sur cinq installations de Lausanne Jardins 2019

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Construit entre 1987 et 1993, l’«Immeuble multifonctionnel Ulysse» est pourtant le geste d’un illustre architecte: Aurelio Galfetti. Le Tessinois, qui signe aussi l’abribus de Chauderon, est l’un des représentants phares, avec Mario Botta, de l’École tessinoise. Les cubes de granit qui font saillies sur la façade sont caractéristiques de cette école, connue pour jouer avec les effets plastiques de volumes géométriques. Le contraste est saisissant avec les anciens immeubles alentour, et même avec le bâtiment municipal des années 70, signé Jean Prouvé, de l’autre côté de la place. Pour la petite histoire, l’architecte tessinois né en 1936 est aussi l’oncle maternel de l’ancien premier ministre français Manuel Valls!

Le chat de Balthus

Et pour les plus ouverts d’esprit, s’il vous manque encore une célébrité, on pourrait évoquer Balthus et son épouse japonaise. Car c’est lors d’une communication animale avec un chat du Grand Chalet que Judith Dumez a découvert l’art du kokedama. Si, si. Lors d’une méditation, l’animal lui aurait «offert» la petite plante pour la remercier, en lui disant qu’elle en ferait de grandes choses. L’histoire ne dit pas si le chat de Rossinière avait prévu l’installation de Chauderon. Mais la designer est aujourd’hui férue de cet art japonais qu’elle décrit comme «une manière de se mettre en lien avec ses propres racines». Elle vous l’enseignera lors d’ateliers collectifs ce mercredi (17 h-19 h) et samedi 22 (11 h-13 h) dans la cour Galfetti ou lors de cours privés (lesinterieurs.ch).

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