Le trafiquant du squat de la Blécherette prend 13 ans ferme

DrogueArrêté en 2018 lors d’une vaste opération de police, un Nigérian était le pivot d’un réseau qui a écoulé 40 kilos de coke en cinq mois.

Le prévenu a été arrêté le 29 mai 2018 près de la Blécherette lors d'une opération qui a impliqué 150 policiers et gendarmes.

Le prévenu a été arrêté le 29 mai 2018 près de la Blécherette lors d'une opération qui a impliqué 150 policiers et gendarmes. Image: Patrick Martin

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Les habitants du discret chemin des Sauges, au nord de Lausanne s’en souviennent encore. Le 29 mai 2018, 150 policiers et gendarmes ont fait une descente musclée au n°30. Bilan de l’opération: quatre personnes interpellées et 20'000 francs saisis, ainsi qu’une centaine de grammes de cocaïne. Depuis plusieurs mois, ce petit immeuble près de la Blécherette faisait jaser dans le voisinage: il était squatté par une centaine de migrants africains organisés au sein du collectif Jean Dutoit. L’enquête de police a démontré qu’il abritait aussi l’un des plus importants trafics de drogue actifs en région lausannoise à cette époque.

Ce jeudi, le Tribunal d’arrondissement de Lausanne a condamné l’un de ses principaux acteurs à 13 ans de prison. Selon l’acte d’accusation du Ministère public, de fin octobre 2017 à fin mars 2018, ce Nigérian d’une cinquantaine d’années a contribué à écouler près de 40 kilos de cocaïne, des quantités qui représentent une valeur de plusieurs centaines de milliers de francs. Alors qu’à l’époque le «chairman» présidait les assemblées hebdomadaires du Collectif Jean Dutoit, cette aura paraissait bien ternie devant le tribunal. Une seule de ses connaissances était présente pour le soutenir.

À la barre, il a défendu qu’il n’était qu’un petit rouage du réseau, et que seuls 4 kilos de cocaïne sont passés entre ses mains. «Je n’avais jamais eu affaire à la drogue avant cela», a-t-il assuré. Il aurait accepté la proposition d’un ami afin de soutenir les études de ses enfants et d’autres jeunes restés au pays. Aussi prévenu de blanchiment d’argent, il jure en outre que sur 24'000 francs envoyés entre 2016 et 2018 à sa femme au Nigéria, seuls 2000 à 3000 francs venaient de lui. Pour le reste du trafic, il charge un autre homme qui vivait lui aussi dans le squat à l’époque.

«Le prévenu a assumé un rôle central dans ce trafic, un rôle que l’on ne confie pas à n’importe qui», a, au contraire, estimé la procureure Carole Deletra. Cheffe de la section STRADA du Ministère public, spécialisée entre autres dans les affaires de stupéfiants, c’est elle qui a ordonné sa mise sous surveillance, notamment téléphonique, dès février 2018. Les résultats de l’enquête donnent une idée de la manière dont le trafic était organisé. Dans son logement, le «chairman» était chargé de réceptionner les livraisons de deux femmes qui faisaient régulièrement le voyage depuis Thonon-les-Bains avec de la drogue venue des Pays-Bas. Toutes deux ont également été condamnées à plusieurs années de prison.

Selon l’enquête, ce sont au moins 14 livraisons de cocaïne qui ont été reçues dans le squat de la Blécherette, dont certaines ont alimenté jusqu’à 20 trafiquants. Selon la procureure, les clients identifiés du réseau étaient toutefois essentiellement des personnes extérieures au squat, et rien n’indique que le Collectif Jean Dutoit était impliqué ou même informé. «Le prévenu a implanté ce trafic dans un squat hébergeant des migrants et a exploité une structure à vocation sociale, ce qui est inadmissible», a-t-elle souligné.

«Dans cette affaire, il est question d’un vaste trafic international. Et pourtant, mon client est seul devant vous», a quant à lui plaidé l’avocat commis d’office, Me Rachid Hussein. Il a épinglé une enquête qui, selon lui, ne prouve pas l’implication du prévenu dans toutes les transactions et qui ne fait pas la lumière sur tous les protagonistes. Le mystère demeure en effet sur l’organisateur du réseau, un certain «3Mss», cet «ami» qui mettait l’accusé en contact avec les mules, et sur un deuxième homme qui aurait lui aussi réceptionné de la drogue dans le squat. Pour Me Hussein, l’opération du 29 mai n’a en outre été ordonnée que pour répondre à la polémique sur le deal de rue à Lausanne lancée par le réalisateur Fernand Melgar à peine quelques jours plus tôt. «Elle n’a en rien enrayé un trafic qui n’a en fait jamais cessé, malgré l’arrestation de son «auteur principal», dont le rôle doit être relativisé.»

Dans son verdict, c’est le Ministère public que le juge a presque entièrement suivi, estimant que la culpabilité du prévenu était «écrasante» et que l’intégralité de la drogue était effectivement passée entre ses mains. «C’était quasiment un travail à temps plein», a-t-il tonné, retenant comme circonstance aggravante le fait de mettre en avant sa famille pour expliquer ses actes.

«Il y aura probablement un appel, a d’emblée annoncé l’avocat du prévenu, Me Hussein. Même si l’on est habitué aux peines sévères en Suisse dans ce genre d’affaires, avec 13 ans, on est dans le haut de la fourchette.»

Créé: 14.11.2019, 20h06

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