«Trois agents le plaquaient au sol, un autre le frappait»

LausanneS’insurgeant contre une intervention policière musclée, un Lausannois écrit directement au commandant.

Francis Besuchet a décidé de témoigner afin que les pratiques qu’il dénonce soient mises en lumière.

Francis Besuchet a décidé de témoigner afin que les pratiques qu’il dénonce soient mises en lumière. Image: Florian Cella

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De son propre aveu, Francis Besuchet est encore «sous le choc». Il y a quelques semaines, cet informaticien lausannois de 40 ans a été témoin d’une scène à laquelle il aurait préféré ne pas assister. En cause: le comportement d’agents de police en service et les méthodes musclées de l’un d’eux. Les jugeant «totalement disproportionnées», Francis Besuchet n’a pas hésité à en référer directement au commandant de la police municipale de Lausanne.

Retour sur un fait divers pour lequel un agent serait sous enquête interne et qui pose la question du recours à la force des policiers et de la proportionnalité. Le tout dans un contexte délicat marqué par la défiance et la dénonciation de violences policières. Pour Francis Besuchet, l’affaire commence le samedi 30 décembre dernier, dans le quartier du Maupas. Il est 19 h. «J’étais dans mon appartement lorsque j’entends des cris en provenance de la rue. Par curiosité, je sors sur le balcon et vois quatre policiers en pleine intervention. Ils ont leurs genoux plaqués au dos d’un homme couché par terre, totalement immobilisé», se souvient l’informaticien.

Situation tendue

Pensant que l’homme est maintenu au sol afin d’être menotté, Francis Besuchet a l’impression d’assister à une arrestation somme toute assez banale. «Mais, soudain, je vois un des agents envoyer une série de coups de poing dans les côtes de l’homme à terre. Les trois autres le plaquaient au sol et un autre le frappait», assure le Lausannois. Qui insiste: «C’était flagrant, d’autant que la scène était bien éclairée par les lumières d’un restaurant: j’avais du mal à y croire, mais je voyais bel et bien un homme se faire tabasser par la police», détaille l’informaticien, que la scène fait sortir de chez lui. Et de préciser qu’on ne saurait évoquer un délit de faciès, l’individu en question étant «un Blanc de 40 à 50 ans».

L’affaire se poursuit donc dans la rue, au milieu de plusieurs témoins. «L’homme était toujours à terre, le visage contre le bitume. J’ai voulu m’approcher, un des agents m’a fait reculer.»

«J’avais du mal à y croire, mais je voyais bel et bien un homme se faire tabasser par la police»

Au pied de son immeuble, la situation est tendue. Tandis qu’il essaie de s’approcher, les agents le maintiennent à distance. S’ensuit une explication au cours de laquelle l’informaticien sort son téléphone pour appeler le 117. «Là, on m’indique que je ne peux pas appeler la police pour me plaindre de la police et on me dit que l’agent avait sûrement une bonne raison d’agir de la sorte.»

Mais Francis Besuchet ne compte pas en rester là. Sitôt rentré chez lui, il se fend d’une lettre au commandant de la police municipale, où il décrit la scène dans le détail. «Je n’ai pas le sentiment que des coups de poing sur un homme contraint, dans l’incapacité de bouger, soient des moyens proportionnels», écrit-il en conclusion.

«Des frappes contrôlées»

Sa missive ne restera pas lettre morte, il est invité quelques jours plus tard au poste, où l’attend le «responsable qualité» de la police. «Cette personne m’a expliqué qu’il s’agissait de frappes contrôlées, destinées à détendre le bras pour permettre une clé de bras et qu’elles étaient enseignées à l’école de police», assure Francis Besuchet, pas totalement convaincu par ces explications.

Circulez il n’y a donc rien à voir? Pas si sûr car, selon nos informations, l’agent incriminé serait sous enquête interne. Mais, au sein de la police, c’est silence radio. L’institution avait pris des mesures pour éviter les dérapages, notamment après l’affaire K. (en 2012, deux agents de police lausannois avaient été condamnés pour abus d’autorité et lésions corporelles sur un Érythréen de 16 ans). Municipal de police, Pierre-Antoine Hildbrand ne commente pas non plus. À peine plus loquace, Sébastien Jost, porte-parole de la police lausannoise, se contente de confirmer qu’une intervention a eu lieu et précise: «Une procédure pénale, diligentée par le Ministère public, est en l’état dirigée contre les deux personnes qui se sont trouvées au contact des policiers.»

En effet, s’il n’y a qu’une personne qui a retenu l’attention de Francis Besuchet, ce sont bien deux individus qui ont eu maille à partir avec les forces de l’ordre. «Un client avait tellement bu que nous avons décidé de ne plus le servir. Le ton est monté avec une autre personne et les deux sont sortis dans la rue. C’est là que les policiers sont arrivés», indique une restauratrice du quartier. Côté justice, le procureur chargé de l’affaire confirme qu’un civil a été condamné par ordonnance pénale.

Enfin ni l’Académie de police de Savatan ni l’Institut suisse de police n’ont voulu s’exprimer. Et n’ont pas répondu à la question que Francis Besuchet se pose depuis des semaines: ces frappes «contrôlées» sont-elles véritablement enseignées aux apprentis policiers? (24 heures)

Créé: 12.03.2018, 07h06

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