«L’UNIL est nettement plus internationale aujourd’hui»

CampusPour le recteur sortant Dominique Arlettaz, l’Université de Lausanne a gagné en cosmopolitisme ces dix dernières années.

Depuis l’arrivée de Dominique Arlettaz à la tête de l’Université, celle-ci compte 3500 étudiants supplémentaires.

Depuis l’arrivée de Dominique Arlettaz à la tête de l’Université, celle-ci compte 3500 étudiants supplémentaires. Image: PATRICK MARTIN

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A la fin de ce mois, il ne sera plus le patron de l’UNIL. Dominique Arlettaz, 60 ans, professeur en mathématiques, Lausannois d’origine valaisanne, ne s’est pas représenté pour un troisième mandat de recteur. Après dix ans à ce poste, il dresse un constat de l’évolution de son institution, avant d’assumer des responsabilités bien différentes, au conseil d’administration de l’Hôpital du Valais.

Que vous étiez-vous fixé comme objectifs au début de votre mandat?
Je peux le dire en trois mots clés. Il s’agit de la cohérence, de l’ouverture et de la réussite. Pour ce qui est de la cohérence, je veux dire que l’Université de Lausanne a des compétences particulières et mon but a été de ne pas vouloir tout faire mais de se concentrer sur ces compétences et de les renforcer. Je ne vais pas toutes les citer, mais on peut évoquer par exemple les sciences sociales, la biologie, l’oncologie, les sciences criminelles, la durabilité ou les sciences du sport.

Comment réagissez-vous lorsqu’on vous dit que l’UNIL n’est plus une université complète, à l’inverse de celle de Genève?
Cela ne me pose pas de problème. De nos jours, aucune université n’est complète. Et ici, le spectre est bien assez large. Nous couvrons un large pan des sciences de la vie, qui va de la biologie végétale à la médecine, nous avons des compétences en lettres, en sciences sociales, en sciences économiques, en sciences des religions… Je n’ai pas non plus le moindre problème avec le fait que les sciences de la vie et de l’environnement soient aussi présentes à l’EPFL. Pour les premières, leur offre se situe à l’interface entre la biologie et la technologie et est parfaitement complémentaire de la nôtre. Et pour les secondes, nos compétences sont très différentes mais nous savons tous qu’elles concernent des enjeux qui sont cruciaux pour l’avenir de notre société et de notre planète.

Et en ce qui concerne l’ouverture?
Cela signifie que nous avons voulu collaborer avec d’autres institutions, d’abord au niveau local et régional, que ce soit avec le CHUV – avec qui nous avons une collaboration de rêve –, avec l’EPFL, avec les hautes écoles vaudoises, et ensuite internationalement. Mais il faut aussi comprendre l’ouverture comme une volonté de dialogue avec la société. Bien sûr, nous tenons à la liberté académique qui garantit l’indépendance de nos recherches, mais nous voulons contribuer à résoudre les grands problèmes de société. Un des meilleurs exemples de cela est le projet «Volteface», qui réunit des acteurs du terrain et des chercheurs de l’UNIL pour aborder certains enjeux de la transition énergétique.

L’UNIL est-elle aujourd’hui plus internationale?
Oh oui, nettement, même si, comme la qualité, ce n’est pas quelque chose que l’on peut facilement quantifier, en tout cas pas par des rankings. L’UNIL a aujourd’hui une véritable stature internationale. Et ce qui me réjouit particulièrement, c’est que plus de la moitié des étudiants qui obtiennent un master de l’UNIL ont fait auparavant une partie de leurs études dans une autre université. C’est un pourcentage important, plus qu’il y a dix ans. Pour les étudiants qui ne font pas le choix de la mobilité, pour des raisons qui leur sont propres, il faut qu’ils trouvent sur notre campus une ambiance internationale, que leur voisin dans la salle de cours vienne d’ailleurs. Car je suis convaincu que nos étudiants veulent comprendre le monde globalisé dans lequel ils vivent. Pour ce qui concerne les relations internationales de l’UNIL, je constate clairement que, si au début c’était nous qui allions démarcher d’autres universités pour décrocher des collaborations, aujourd’hui c’est le phénomène inverse. Ce sont elles qui nous sollicitent.

Donnez-nous des exemples.
Nous avons, je le répète, beaucoup de partenaires, mais il en est certains avec lesquels les relations sont plus fortes. Ce sont des universités qui ont des similarités avec nous et avec qui nous partageons des valeurs et des objectifs, comme par exemple l’atteinte d’une certaine qualité dans l’enseignement et la recherche. Il s’agit notamment de l’Université de Montréal et de l’Université Laval au Québec ou de l’Université de Lancaster. Dans ce dernier cas, c’est elle qui a sollicité cette collaboration plus étroite pour bénéficier de conseils pour évoluer dans une direction similaire à la nôtre.

Les tensions actuelles entre la Suisse et l’Europe sont-elles préoccupantes pour l’UNIL?
Oui, évidemment. Nous ne sommes plus dans le programme Erasmus de mobilité des étudiants. Mais nous avons réussi à sauvegarder les échanges avec nos universités partenaires en Europe à près de 100%. Mais à quel prix! D’abord cela a un coût, financé par la Suisse, et il a fallu fournir un intense travail pour mettre à profit nos relations et aller frapper à chaque porte. Aujourd’hui, le fait que nous risquons fort d’être exclus du programme Horizon 2020 est très inquiétant pour nos chercheurs qui veulent se mesurer et collaborer avec leurs collègues européens.

Et la «réussite», ça veut dire quoi?
Le mot parle de soi. Mon objectif est que chaque membre de la communauté universitaire puisse réussir son projet. J’aime rappeler que la grande majorité de nos diplômés ne restent pas dans le milieu académique. Ils s’insèrent dans le tissu économique, dans les administrations ou la vie associative et ils apportent leurs compétences et contribuent au succès de notre pays. Par ailleurs, l’UNIL est une université où les gens savent qu’ils peuvent développer des projets, des idées nouvelles, que ce soit en matière de recherche ou d’enseignement.

La croissance du nombre d’étudiants est-elle une bonne chose?
C’est évident. En dix ans, depuis 2006, nous avons eu 3500 étudiants de plus. Cela ne peut logiquement que nous réjouir. En Suisse, nous avons aujourd’hui un manque de personnes qualifiées, que ce soit dans les formations supérieures ou dans d’autres secteurs. L’exemple de la pénurie de médecins est bien connu. La croissance signifie aussi que l’UNIL est attractive. Et c’est son devoir d’accompagner la croissance démographique du canton de Vaud. En revanche, je ne sais pas si elle a permis à plus de personnes venant de couches sociales moins favorisées de venir à l’université: je le souhaite mais n’en suis pas certain car les données ne permettent pas de l’affirmer. Nos efforts ont consisté à faire en sorte que ce plus grand nombre d’étudiants puisse être accueilli dans de bonnes conditions. Et fort heureusement nous avons pu dégager les ressources pour cela. Pour mémoire, au début de mon mandat, il y avait encore un problème aigu d’encadrement dans plusieurs disciplines. Je crois pouvoir dire que ce n’est plus le cas. (24 heures)

Créé: 25.07.2016, 07h36

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A la tête de l’Hôpital du Valais

Il ne sera plus recteur, mais il va rester prof à l’UNIL. Dominique Arlettaz va retourner à l’enseignement et à la recherche en mathématiques, en Faculté des géosciences et de l’environnement. En parallèle, il va diriger le conseil d’administration de l’Hôpital du Valais. «Il se trouve que cette institution a une taille, en nombre de collaborateurs et en budget, qui est proche de celle de l’UNIL», explique le mathématicien.

Le conseil d’administration est un organe qui a un rôle stratégique et de relation avec le monde politique, des domaines dans lesquels il a une certaine expérience. «Je suis bien sûr conscient que cette institution a traversé une crise de confiance, mais je n’ai pas encore une vision très précise car je commencerai ce mandat en septembre prochain.»

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