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Valency, où Laverrière nous a offert un grand balcon à l’ombre des tilleuls

Tout l’été, «24 heures» part à la rencontre des œuvres de Lausanne Jardins et des lieux qu’elles ont investis.

«L’incise» a été conçue par les architectes Francesco Borghini, Alice Chénais, Mael Feret, Alessandro Frego, l’historienne de l’architecture Silvia Groaz et l’urbaniste Antoine Vialle.
«L’incise» a été conçue par les architectes Francesco Borghini, Alice Chénais, Mael Feret, Alessandro Frego, l’historienne de l’architecture Silvia Groaz et l’urbaniste Antoine Vialle.
Chantal Dervey

C’est comme une balafre, un coup de canif géant qu’on aurait porté au flanc du parc de Valency. Mais quand on s’en approche, à son extrémité est, la coupe fait davantage l’effet d’une scarification maîtrisée au centimètre près.

«L’incise» a fait son apparition quelques jours avant le début de Lausanne Jardins et constitue le point de départ de la manifestation. «On nous a tout de suite demandé ce qu’on allait y planter, se souvient l’un de ses concepteurs, l’urbaniste Antoine Vialle. Eh bien rien!» Une table d’orientation situe le sol du parc dans l’histoire et la géologie, et un banc installé face à la pente permet de la balayer du regard. À son extrémité, des andains de terre ont été stockés séparément.

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Dans l’incise, on donne à voir le sol. Taillée pour montrer, sans endommager irrémédiablement. On découvre le «monde d’en bas», ce «sol, épaisseur invisible et vivante». L’œil du badaud distingue de la terre et des racines. Celles des arbres qui trônent en surplomb, sur l’esplanade de Valency. Risquent-ils d’être déstabilisés par la balafre? Aucun risque, les arbres sont largement ancrés. «La masse d’un arbre en sous-sol est beaucoup plus grande que sa masse aérienne», rappelle la pédologue de l’UNIL, Stéphanie Grand.

La pédologue Stéphanie Grand et le responsable de la protection des sols du Canton, François Füllemann.
La pédologue Stéphanie Grand et le responsable de la protection des sols du Canton, François Füllemann.

La chercheuse, accompagnée du responsable de la protection des sols du Canton de Vaud, François Füllemann, a permis à des curieux, il y a quelques jours, de décortiquer cette terre mise à l’air libre jusqu’en octobre. Les deux spécialistes grattent, creusent et expliquent. «C’est un remblai qui a 80 ans. Un sol vraiment très jeune, de notre point de vue.»

Même pas un siècle que cette terre est là, ajoutée artificiellement au parc pour lui donner sa forme actuelle. La Ville a acquis les lieux en 1931. Ils avaient accueilli de la vigne, des cultures et des prairies jusqu’à la fin du XIXe siècle. En 1906, une pétition des habitants de Montétan demandait, déjà, la création d’une «place promenade» dans le quartier. «Avec la ligne du L-E et celle des TL, lit-on dans le rapport de commission de l’époque, les enfants ne sauront bientôt plus où aller jouer, ni les vieillards se promener en sécurité.»

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Avec l’achat de la campagne de Valency à la famille Charrières-de Sévery en février 1932, pour la modique somme de 593'000 francs, le parc d’aujourd’hui est vraiment lancé. La Ville mandate Alphonse Laverrière pour en tracer les plans. L’esplanade, la rotonde de son extrémité ouest et son allée de 80 tilleuls en particulier ont été pensées par l’architecte. Le poulain de la fontaine, une œuvre de Pierre Blanc, est installé en 1942.

Les plans de Laverrière n’ont en revanche pas été suivis pour ce qui est de la pente vers le sud. Il avait rêvé d’un long mur de soutènement. «L’incise» de Lausanne Jardins y fait un peu référence. Mais quand la Ville reprend à son compte l’élaboration du parc, c’est une prairie en descente qui est privilégiée. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle est cultivée dans le cadre du plan Wahlen.

Les grandes balançoires de l’esplanade de Valency, conçues initialement dans le cadre du festival Annecy Paysages, en 2017, par l’équipe des Nouveaux Voisins, et les architectes Nicolas Grun et Pierre Laurent.
Les grandes balançoires de l’esplanade de Valency, conçues initialement dans le cadre du festival Annecy Paysages, en 2017, par l’équipe des Nouveaux Voisins, et les architectes Nicolas Grun et Pierre Laurent.

Dès 1992, Valency est l’un des premiers espaces publics verts de Lausanne à bénéficier de l’entretien différencié, avec par exemple l’abolition de l’arrosage et des herbicides. Après des années d’entretien intensif. Depuis, à Lausanne comme ailleurs, la pratique tend à se généraliser. «Il y a bien sûr l’évolution de la législation, mais aussi celle des mentalités, dit François Füllemann. Par exemple la conception de l’environnement et celle du beau, de l’esthétique. À une époque, une prairie comme celle-ci était impensable dans un parc urbain. Aujourd’hui, sa fonction est beaucoup mieux acceptée. Pour les sols, on constate aussi une prise de conscience des innombrables services qu’ils nous rendent et de la nécessité de leur protection.»

À l’arpenter, on finit par voir à Valency une miniature végétale de la topographie lausannoise: la pente, les grandes allées qui zigzaguent de part en part et quelques chemins raides en guise de raccourcis. Le sommet, l’esplanade, a été pensé pour être un balcon d’observation des montagnes et du lac. Toujours dans le cadre de Lausanne Jardins, des balançoires géantes permettent de jouir de ce panorama tout en profitant de la fraîcheur des lieux en se balançant… Et apprécier la mobilisation des pétitionnaires de Montétan du début du XXe siècle.

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