Vaudoise aréna: le Canton sévèrement mis en cause

Conflit de travailLe syndicat Unia accuse le service de l’emploi d’avoir tardé à protéger les employés. Selon lui, la loi n’est toujours pas appliquée.

Image: CHRISTIAN BRUN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Après avoir dénoncé les conditions de travail à la Vaudoise aréna, le syndicat Unia passe à l’attaque contre l’État de Vaud. Ce mercredi, il a saisi le Secrétariat d’État à l’économie (SECO), en tant qu’autorité de surveillance au niveau fédéral, en épinglant très sévèrement l’action du Service cantonal de l’emploi (SDE). Le syndicat estime que plusieurs défaillances ont été commises à partir du moment où une partie des travailleurs a donné l’alerte sur ses conditions de travail avec, parmi les griefs, du travail de nuit effectué sans autorisation et des heures supplémentaires excessives.

Auprès du SECO, Unia s’étonne en particulier que le Canton ait attendu deux mois pour agir formellement. Le 10 janvier, le conseiller d’État Philippe Leuba écrivait en effet une lettre au conseil d’administration du Centre sportif de Malley (CSM) exigeant un audit. Trop tard, pour le secrétaire syndical Arthur Auderset, qui relève qu’un inspecteur du SDE a entendu des employés lors d’une rencontre dès le 1er novembre 2019. «Le SDE aurait dû mener des contrôles sur place dès ce moment. Il pouvait examiner les fiches de timbrage et parler aux collaborateurs. Il aurait dû produire une sommation demandant à l’employeur de se conformer à la loi en lui donnant un délai. Rien de tout cela n’a été fait.»

Un contrôle après les JOJ

Pourquoi demander un audit plutôt qu’un contrôle de l’inspection du travail? Philippe Leuba a donné des éléments de réponse, mardi au Grand Conseil, suite à une question orale du député Alexandre Rydlo (PS). Il a expliqué qu’une lettre avait été demandée aux employés dès les premiers contacts, un document nécessaire selon lui pour permettre aux services du canton de contacter l’employeur. Cette lettre a été reçue le 13 décembre. Quatre jours plus tard, le SDE a contacté Jean-Jacques Schilt, président du conseil d’administration du CSM, afin de fixer une date pour un contrôle. «C’est la date du 27 janvier qui a été finalement retenue, notamment en raison des Jeux olympiques de la jeunesse qui limitaient les disponibilités des personnes concernées», a expliqué Philippe Leuba.

Pour Arthur Auderset, la lettre exigée des employés par le Canton n’était pourtant pas nécessaire. Pire, elle n’aurait servi qu’à les effrayer et à les exposer: «Après avoir remis cette lettre en décembre, les collaborateurs pensaient que le Canton allait agir. Au lieu de cela, le SDE a appelé l’employeur, l’a informé des dénonciations et lui a même donné le nombre de signatures.»

Mais les reproches ne s’arrêtent pas là. «Pourquoi le service a-t-il négocié avec l’employeur la date d’un éventuel contrôle, sans en informer les employés, en acceptant qu’il ait lieu après les Jeux olympiques de la jeunesse?» interroge Unia dans un communiqué diffusé mercredi. Ce n’est d’ailleurs pas la seule question que suscite ce contrôle. A-t-il eu lieu? Arthur Auderset affirme que les employés représentés par Unia n’en ont pas connaissance. Face au Grand Conseil, Philippe Leuba, lui, déclare qu’initialement prévu le 27 janvier, il a été maintenu et sera bien réalisé. Il n’en précise toutefois pas la nouvelle date.

«Souffrance aggravée»

«Le Canton n’a pas tout fait pour faire respecter la loi et, ce faisant, il a renforcé la souffrance des employés», accuse le syndicaliste. Selon lui, la loi n’est d’ailleurs toujours pas appliquée à la Vaudoise aréna: «Les employés ont travaillé de nuit sans autorisation pendant les JOJ et ça continue aujourd’hui. C’est extrêmement grave.» Contacté pour réagir aux allégations d’Unia, Jean-Jacques Schilt s’est refusé à tout commentaire. Il admet toutefois: «Vraisemblablement, il n’a pas été possible d’éviter du travail de nuit pendant les JOJ, notamment pour la cérémonie d’ouverture.»

Contacté également, Philippe Leuba a défendu point par point l’action du SDE, expliquant que l’autorisation des employés était nécessaire pour vérifier leurs allégations, qui n’étaient à l’origine que peu détaillées. Il dément également l’accusation selon laquelle ses services ont livré des indications permettant d’identifier les employés. Finalement, il défend que pour faire cesser une infraction, il faut la constater. «Si l’audit met en lumière des infractions, le SDE s’assurera que l’ordre légal soit rétabli.»

Créé: 12.02.2020, 20h03

Jean-Jacques Schilt «juge et partie»

Les salariés remettent en question l’audit confié au cabinet privé Vicario Consulting. Selon eux, «l’accord des travailleurs n’a jamais été sollicité». Dans son communiqué, Unia rappelle que le président du conseil d’administration, Jean-Jacques Schilt, «est une des deux personnes mises en cause par la dénonciation des salariés». Or, «c’est lui qui organise l’audit et c’est lui qui les invite à y participer. […] M.Schilt est ainsi juge et partie dans le présent conflit.» La situation n’est pas nouvelle. Comme l’a appris «24heures», les collaborateurs du CSM n’ont même pas de structure interne pour faire remonter les problèmes. La «commission du personnel» est uniquement composée de membres du conseil d’administration, dont Jean-Jacques Schilt. Dans un e-mail envoyé en mai2019, une employée informait la commission de la situation difficile qu’elle avait vécue et du fait qu’elle aurait voulu pouvoir en faire part à une cellule comme l’ARC (Aide à la résolution des conflits) de la Ville de Lausanne. «La taille de notre entreprise […] ne justifie pas la création d’une structure spécialisée, lui avait répondu Jean-Jacques Schilt. Le directeur d’abord, des membres de la commission du personnel ensuite devraient constituer les ressources nécessaires en cas de difficultés, dont il faut espérer qu’elles resteront exceptionnelles!»

Articles en relation

La Municipalité interpellée sur la Vaudoise aréna

Lausanne Le PLR et la gauche déposeront des interpellations urgentes ce mardi soir au Conseil communal. Plus...

«Cette affaire est un gâchis humain»

Vaudoise aréna Le président Jean-Jacques Schilt est également pointé du doigt par des employés pour son rôle dans le conflit du travail à Malley. Plus...

Des employés à bout plongent la Vaudoise aréna dans la crise

Conflit de travail Les arrêts maladie ont plu peu avant les JOJ. Alors que le Canton demande un audit, le président du Centre sportif s’explique. Plus...

Lausanne 2020 répond à la patineuse blessée

Vaudoise aréna Les organisateurs des JOJ se défendent après que la victime a déploré leur indifférence. Plus...

«Non, je n'ai pas perdu l'équilibre, il y a eu un problème technique»

Interview Miraculée après sa chute sur la glace de la Vaudoise aréna en amont des JOJ, la patineuse Olga Sevastianova prend la parole. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.