[VIDEO] «C’était fou de pouvoir suivre le chantier du M2»

AnniversaireLe métro lausannois souffle ses 10 bougies. Retour sur le travail de l’artiste Sylvie Moreillon qui, sollicitée par la Ville, avait suivi la construction du premier métro suisse.

Sylvie Moreillon s'est inspirée du chantier du M2 pour réaliser plus d'une centaine d’œuvres artistiques: des toiles représentant l'ambiance du chantier, des portraits d'ouvriers, des sculptures faites de déchets métalliques, etc.
Vidéo: Fabien Grenon

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«Je me souviens encore très bien d’un événement qui avait marqué les esprits de tous les Lausannois: l’effondrement de la place Saint-Laurent. Ce soir-là, je souhaitais observer le chantier de nuit. J’étais présente dans le secteur de Bessières quand on m’a prévenue. Je pensais que c’était une blague. Je n’y croyais pas.»



Dix ans après la fin des travaux du M2, le souvenir de cette soirée mouvementée de février 2005 reste vif dans la mémoire de Sylvie Moreillon. «Par la suite, j’ai pu descendre dans le gouffre dans une nacelle, raconte-t-elle. C’était fou de pouvoir observer d’en bas ce que tout le monde voyait d’en haut.»

Une centaine d’œuvres

À l’époque, la peintre et sculptrice vaudoise a été sollicitée par la Ville de Lausanne pour observer l’avancée du chantier d’un point de vue artistique. Et, en trois ans, elle a parcouru de nombreux kilomètres à pied dans les tunnels du M2 en travaux. Outre des toiles représentant l’ambiance et le décor du chantier ainsi qu’une cinquantaine de portraits d’ouvriers réalisés sur fibre de verre (un matériau utilisé sur les chantiers pour colmater les fissures), l’artiste établie à Épalinges y avait trouvé un véritable terrain de jeux où laisser libre cours à sa créativité. «La peinture est rapidement devenue insuffisante pour décrire la richesse des lieux», sourit-elle.

C’est alors qu’elle a décelé quelque chose d’extraordinaire dans les figures géométriques laissées par les machines de forage dans la molasse. «J’ai eu l’idée d’en relever les empreintes. Car, malheureusement, les travaux de gunitage (ndlr: projection de béton contre les parois d’un ouvrage) font disparaître ces témoignages du travail des ouvriers.» Des hommes de l’ombre dont elle salue d’ailleurs la bienveillance et la disponibilité d’esprit. «Même s’ils me prenaient parfois pour une folle, ils m’ont toujours bien accueillie et souvent aidée.»

Les déchets métalliques du chantier l’ont également beaucoup inspirée. D’étonnantes sculptures réalisées avec des copeaux de métal issus du rainurage des rails du M2 ont notamment vu le jour. «Quatre tonnes de déchets métalliques m’avaient été données à l’époque. D’ailleurs, il m’en reste toujours que j’utilise encore dans certaines créations», rigole-t-elle.

Dix ans après cette folle aventure, quand Sylvie Moreillon emprunte le M2 pour descendre en ville depuis son domicile palinzard, elle ne pense plus vraiment au chantier qu’elle a connu. «Pour moi, c’est aujourd’hui un moyen de transport comme les autres. Tout est lisse, très impersonnel.» Quoi qu’il en soit, elle demeure très reconnaissante de la chance qui lui a été donnée de pouvoir se balader librement dans les entrailles de ce chantier hors norme. «Les manières d’exploiter ce terrain de jeux étaient infinies, ce qui m’a ouverte à de nouvelles techniques artistiques.»


CARTE BLANCHE

Par Olivier Français, municipal lausannois des Travaux à l'époque de la construction du M2

«Même un métro sans conducteur ne se construit pas sans pilotes !»

Même un métro sans conducteur ne se construit pas sans pilotes ! S’il m’a été octroyé d’incarner politiquement le projet, c’est aux transports publics lausannois (TL), par son directeur Michel Joye, directeur des TL, et à Marc Badoux, directeur du projet, qu’était confiés le pilotage technique. Nous avons pris la tête d’une formidable équipe de femmes et d’hommes qui ont mis leur carrière entre parenthèses pour consacrer une partie de leur vie professionnelle au service de cette réalisation audacieuse. Ensemble, lors de nos rencontres hebdomadaires, nous avons relevé le défi de réaliser un métro à travers une ville chargée d’histoire et à la géographie complexe. Un défi qui n’était pas une aventure hasardeuse, mais bien une réalisation construite avec rigueur et précision. Il a aussi fallu faire face à de nombreuses difficultés imprévues et trouver les solutions pour les surmonter. Celles et ceux qui ont mis, pendant toutes ces années, leurs compétences et leur motivation au service de ce projet sont sans doute fiers d’eux, et à juste titre ! Et nous, nous pouvons leur en être reconnaissants.

Grâce à cette équipe, nous avons pu remettre en cause certaines décisions du passé pour faire évoluer le projet et osé remettre à l’enquête la plupart des stations pour en faire évoluer tant l’esthétique que la capacité d’accueil. C’est aussi à ce moment que sont nées la Coulée verte ou l’évolution architecturale du Pont Bessières, parmi de nombreux exemples qui ont marqué l’espace urbain. Aujourd’hui, il suffit à celles et à ceux qui ont vécu ces moments critiques, devenus usagers, de monter dans le M2 et de se poser à la fenêtre pour repenser à ces enjeux et sentir les souvenirs affluer.

Construire le M2 n’était pas seulement un privilège pour une génération d’ingénieurs et de personnalités politiques. Très vite, ce projet a suscité l’engagement de la population. Au cours de sa construction, pas moins de 170'000 personnes ont visité le chantier, pour moitié lors de portes ouvertes, et pour moitié par petits groupes, pour descendre dans les entrailles lausannoises et découvrir l’ampleur des travaux et le quotidien des ouvriers engagés sur le projet. Au-delà des experts et des professionnels, c’était aussi les citoyens qui voulaient voir comment avançait celui qui allait devenir «leur» métro et apercevoir les visages de celles et ceux qui le réalisaient.

Deux mots ont animé ces années de chantier : confiance et respect. Confiance envers les humains, la technologie et les efforts de chacun. Et respect des objectifs, de la planification et du budget, mais aussi entre les différents acteurs concernés. Car si le projet était régulièrement réévalué et coordonné, des efforts menés en lien avec l’Office fédéral des transports, sa réussite vient aussi des efforts qu’ont su faire tous les intervenants, de l’équipe du chantier aux fournisseurs, partenaires et autres responsables. C’est ainsi que nous avons pu mettre en œuvre les choix technologiques complexes, comme le pilotage sans conducteur, garantir une gestion rigoureuse tant technique que financière, mais aussi faire face aux moments difficiles, comme le décès d’un ouvrier ou l’effondrement de la place St-Laurent.

Unis pour construire, tout corps de métier confondu, chacun a respecté les compétences de l’autre pour former une équipe solide qui a su affronter les diversités avec sérénité et professionnalisme. De cette partie de vie, je pense que nombre de nous avons grandi, acquis une expérience humaine et professionnelle hors du commun et que nous apprécions à sa juste valeur. Je peux témoigner que l’engagement des femmes et des hommes sur ce projet a été remarquable. Le succès du chantier leur appartient à toutes et à tous.

La plus belle récompense de tout ce travail, pour moi, fut l’inauguration de septembre 2008. Des centaines de milliers de personnes ont déferlé au centre-ville, l’espace d’un week-end, pour faire connaissance avec cette prouesse technique offrant une nouvelle traversée de Lausanne. Nous y avons toutes et tous vécu d’extraordinaires moments de fête et de partage entre acteurs du projet et citoyens locaux ou de passage. Ces images resteront gravées dans nos mémoires, comme celles de toutes les formidables rencontres humaines qui ont accompagné ce projet.

Aujourd’hui, le M2 a dépassé toutes les ambitions que nous avions pour lui, tant en termes techniques que de fréquentation. Depuis dix ans, les TL l’exploitent et en accroissent la capacité pour répondre à une demande de mobilité toujours plus forte. Cela ne serait évidemment pas possible sans le travail de l’ombre des femmes et des hommes qui l’entretiennent la nuit et le font fonctionner le jour. Enfin, les derniers acteurs de ce résultat, ce sont ses milliers de voyageurs. Il y a dix ans, ils ont découvert le M2, et depuis, ils l’ont adopté au quotidien. Ce métro et sa réussite leur appartiennent ! (24 heures)

Créé: 14.09.2018, 19h04

Le garage atelier du M2 ouvre ses portes

Pour célébrer les dix ans du premier métro de suisse, les tl ouvrent exceptionnellement ce samedi 15 septembre de 9h à 17h les portes du garage-atelier du m2 à Vennes.

Outre la découverte des coulisses du m2, des expositions, des démonstrations et des projections sont également au programme. Sans compter que les curieux pourront en apprendre davantage sur les grands projets qui attendent Lausanne dans les prochaines années, comme le futur tram, le m3 ou encore les bus à haut niveau de service. A noter que des foodtrucks ainsi que des bars à boissons sont aussi prévus.

Plus d'informations sur: www.t-l.ch

Quelques œuvres de l'artiste

«Dévotion»

«Coups-de-soleil»

«Course d'obstacles»

«Les dents de la Marne»

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