[VIDÉO] Le Conseil d’État a refait son somptueux château

LausanneLe château Saint-Maire, entièrement rénové, ouvre au public ce samedi. Visite des lieux.

Vidéo: Fabien Grenon

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L'immense bâtisse carrée qui domine la Cité a fait peau neuve. Le chantier de rénovation du château Saint-Maire s’achève après deux ans et demi de travaux. Les Vaudois pourront pénétrer samedi dans ce vénérable palais de 3800 m2 de plancher où le Conseil d’État siégera de nouveau dès le 2 mai. Sur l’esplanade, on rencontre Vincent Grandjean, chancelier de l’État de Vaud. Gardien du temple et des institutions depuis deux décennies, il connaît le bâtiment comme sa poche.

Le chancelier contemple le château avec émotion: «Je ne me rendais pas compte à quel point j’étais sensible à ce lieu avant de déménager ailleurs durant deux ans et demi, dit-il. Maintenant, je savoure le privilège de travailler dans un endroit aussi beau.» On passe devant le buste du colonel François Veillon, que le Conseil d’État a choisi de laisser en place malgré son anonymat. Il ne sera pas remplacé par Jean-Pascal Delamuraz ou Franz Weber, comme le voulait le député Serge Melly.

On entre dans la demeure fortifiée des anciens princes-évêques de Lausanne. Des ouvriers s’activent dans tous les coins pour d’ultimes finitions. Dans l’entrée, on avise l’œuvre de l’artiste vaudoise Ariane Épars: elle a inscrit au mur des noms de vertus et de qualités, tirées de fresques de la Renaissance. Le mot «noblesse» est écrit tout en haut. Quelle est la vertu préférée de Vincent Grandjean? «Loyauté», lance-t-il sans attendre, montrant qu’il y a réfléchi.

Plus lumineux

La salle du Conseil d’État résume l’esprit de cette rénovation: les lourdes tentures ont été ôtées et l’endroit est bien plus lumineux qu’avant. Le mobilier est contemporain et des écrans de télévision ornent le mur mais le plafond représentant des écussons de communes vaudoises a été conservé. Traditionnel et moderne à la fois. C’est ici que le Conseil d’État tiendra ses séances tous les mercredis à 8 h 15. «Souvent j’arrive le premier et les séances commencent à l’heure», explique Vincent Grandjean. Pas de quarts d’heure vaudois? «Rarement.»

Un peu plus loin, on avise le bureau du chancelier. La hauteur de plafond et les dimensions sont carrément sardanapalesques. «On ne pouvait pas modifier les volumes et il fallait bien répartir les bureaux», s’excuse presque Vincent Grandjean, qui précise que l’endroit servira aussi de salle de réunion. Au temps des princes-évêques, eût-il été un chambellan au costume tapageur et couvert d’or? «Non, j’eusse sans doute eu la dignité d’un prévôt serviteur, vêtu d’un simple habit noir», assure-t-il.

On monte à l’étage. L’ascenseur est fonctionnel. Cette concession à la modernité, dont l’historien trublion Bruno Corthésy a estimé qu’elle «éventre» le bâtiment, est l’une des nouveautés de cette restauration. «Dans des murs de trois à quatre mètres d’épaisseur, il était possible de creuser un conduit, rappelle Vincent Grandjean. L’ascenseur était nécessaire pour l’accès des personnes à mobilité réduite. L’alternative, un ascenseur extérieur, aurait motivé des oppositions justifiées.»

À l’étage, la chancellerie et les futurs bureaux du Département des institutions et de la sécurité (DIS): l’endroit est là aussi lumineux et les salles vitrées suivent l’ancien chemin de ronde. Béatrice Métraux aura décidément le plus beau bureau du Conseil d’État. Une voix retentit très fort: «Attention! Ceci est un cas d’urgence. Veuillez garder votre calme et quitter le bâtiment en suivant les issues balisées.» Un essai d’alarme. Tout en haut, on pénètre dans une salle de verre qui permet d’admirer une poutraison de 17 mètres de hauteur. Certaines pièces de chêne ont 500 ans. «La salle des combles s’appellera désormais la salle des communes, indique Vincent Grandjean. Elle sera à la disposition de divers groupes qui veulent y tenir des réunions. Notre vœu est d’ouvrir ce château au monde extérieur.»

«Rien de trop»

On reprend l’escalier pour descendre au sous-sol. Une entrée étroite donne sur un espace confiné de quelques mètres carrés. «Tout bâtiment vaudois requiert un carnotzet, tradition oblige, déclare le chancelier. En termes de place, il n’y a rien de trop, mais c’est suffisant pour y mettre une petite table et quelques chaises.» Ce n’est pas ici que le Conseil d’État pourra accueillir de nombreux invités, mais dans la cave des Monnaies transformée en cafétéria, juste à côté. Et dans la salle des médias: pièce voûtée datant de l’origine du bâtiment.

Philippe Pont, chef du Service immeubles, patrimoine et logistique (SIPAL), nous a suivis pendant la visite. «Le budget de 23 millions a été tenu», dit-il, pas peu fier de cette restauration. «Pour un bâtiment de ce genre, le coût d’une restauration est variable. La volonté était de s’en tenir à un coût normal vu l’état du bâtiment, indépendamment de surprises toujours possibles.» Pascal Broulis, contacté par téléphone, se félicite du résultat: «Nous avons tenu les délais. Le bâtiment est utilisable par l’administration et correspond aux critères actuels. Nous l’avons voulu agréable et élégant, sans être ostentatoire. Je crois que c’est une réussite.»

L’évêque bâtisseur de Saint-Maire, Guillaume de Challant, et ses successeurs auraient peut-être trouvé le résultat austère. Le public jugera sur pièces samedi. Et après cela, le château sera-t-il encore accessible aux citoyens lambda? «Il sera toujours possible d’organiser des visites guidées en dehors des heures ouvrables, répond Vincent Grandjean. C’est même notre vœu de les multiplier. En dehors de cela, les nouvelles salles (combles et sous-sol) seront elles aussi disponibles sur demande. Il y aura aussi quelques assermentations légales et protocolaires au château: corps préfectoral, procureurs, notaires.» (24 heures)

Créé: 14.04.2018, 10h55

Un sou en souvenir

Le public vaudois est invité à découvrir le château Saint-Maire rénové, ce samedi de 13 h 30 à 17 h 30. Certains s’étaient plaints de la collation un peu chiche servie lors de l’inauguration du nouveau parlement en 2017. La chancellerie avait invoqué le souci de ne pas dilapider l’argent du contribuable. Pour l’inauguration du château Saint-Maire, ce débat n’aura pas lieu: il n’est prévu ni verrée ni collation pour le public, «la visite étant plutôt courte par rapport à celle du nouveau parlement et ouverte après le repas de midi», explique Vincent Grandjean. Les 450 invités à la partie officielle, le matin, auront droit à un apéritif. On pourra acquérir une pièce commémorative frappée sur place, en souvenir du temps où le canton de Vaud battait monnaie dans le château (entre 1803 et 1825). Cette pièce unique sera vendue 30 francs aux amateurs.

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