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[VIDEO] «J’ai beaucoup pleuré, ça fait mal de devoir partir»

Voué à la démolition, le 26 de la rue du Simplon a été vidé de la plupart de ses locataires pour faire place à une expo éphémère. Témoignages émus d'anciens habitants.

Deux anciens habitants du numéro 26 de la rue du Simplon, ainsi que sa concierge qui y vit toujours, évoquent les difficultés qu'ils ont pour faire leurs adieux à «leur immeuble».

«C’est triste de devoir quitter l’endroit où j’ai vu grandir mes trois enfants.» Assise à la table en bois massif de sa salle à manger décorée de photos de famille jaunies par le temps, Maria Diana n’en revient toujours pas. A la fin de l’année, elle et son mari Gerardo devront quitter définitivement le lieu dont ils sont les gardiens depuis 49 ans.

Après plusieurs années de flou administratif, d’oppositions et de retards, leur immeuble situé au numéro 26 de la rue du Simplon a été vidé de la plupart de ses locataires. Comme d’autres bâtiments du quartier, il sera bientôt démoli pour faire place aux travaux d’agrandissement de la gare de Lausanne.

Les numéros 22, 24 et 26 de la rue du Simplon voués à la destruction (image d'archives)
Les numéros 22, 24 et 26 de la rue du Simplon voués à la destruction (image d'archives)

«Arrivés d’Italie, nous sommes rentrés ici le 1er janvier 1971. J’étais enceinte de mon troisième enfant, raconte la concierge, une larme au coin de l’oeil. Au début, nous trouvions qu’il y avait trop de bruit à cause des trains. Mais on s’y est vite fait.» Aujourd’hui, elle avoue avoir de la peine à s’imaginer vivre ailleurs. «Dans l’immeuble on était comme une grande famille: dans les escaliers, on se saluait, on s’entraidait, on se rendait des services», se rappelle-t-elle avec nostalgie. Dans quelques mois, elle et son mari devront, à 72 et 76 ans, faire leurs cartons et rejoindre leurs enfants à Gollion, près de Cossonay. «Ici, c’est la ville, on a tout autour. Là-bas, c’est la campagne. La vie sera très différente», s’inquiète-t-elle en s’essuyant les yeux.

Une expo pour dire adieu

Au même moment, dans les couloirs de la vieille bâtisse construite dans les années 1930, c’est l’effervescence. Pour lui dire adieu, une trentaine d’artistes a décidé de lui rendre hommage en transformant plusieurs de ses appartements en musée le temps de l’exposition «Traces de passages», dont le vernissage a lieu le lendemain, et qui durera jusqu'au 22 septembre.

Initiateur du projet, Sébastien Martinet, qui a vécu dans l’immeuble pendant quinze ans, s’affaire d’ailleurs, assis sur le sol du hall d’entrée de son ancien appartement, aux derniers préparatifs de son installation. Soit une dizaine de sculptures censées représenter des scènes de ruptures amoureuses. «Cette installation me permet d’exorciser une partie de ce que j’ai pu vivre de difficile ici pour affronter ma nouvelle vie.» D’abord en colère contre la destruction de son immeuble, il semble aujourd’hui apaisé. «Il y a quelque chose de définitif dans le fait que ça soit détruit qui est presque plaisant: personne d’autre ne vivra dans mon appartement», relativise-t-il.

De son côté, Claudia Savona admet avoir plus de peine à tourner la page. Elle a vécu dans l'immeuble durant cinq ans. Si aujourd'hui elle a retrouvé un nouveau chez-soi qui lui plaît, le deuil a été long. «Je suis restée ici jusqu'au dernier moment, en mars dernier. J'étais dans le déni, se rappelle-t-elle. Je me suis installée dans l'immeuble après une rupture amoureuse et c'est dans cet appartement que je me suis reconstruite. Si j'avais pu choisir, je n'aurais pas quitté ce petit cocon.»

Ce jeudi-là, c'est la première fois que Claudia revient dans son appartement après son déménagement. Elle découvre l'installation artistique qui y a pris place et qui sera présentée au public dès le lendemain: un salon jonché de feuilles mortes.«C'est bizarre, mais ça fait plaisir de voir que le lieu n'est pas complètement perdu. Avec «Traces de passages», cet endroit qui représente beaucoup pour moi ne va pas tout à fait disparaître. Grâce aux différentes installations, aux photos, aux témoignages et aux souvenirs des gens qui seront venus voir l'expo, ça va rester quelque part. Ailleurs que simplement dans ma tête.»

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