[VIDEO] Lausanne, la ville où les paraplégiques remarchent

HandicapDepuis une semaine, la capitale fait figure de porte-drapeau d’une révolution scientifique sans précédent.

Démonstration de l'exosquelette Twiice par Silke Pan. L'athlète de handisport vaudoise est son pilote d'essai.
Vidéo: ANETKA MÜHLEMANN

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Aux yeux du monde, Lausanne est depuis quelques jours la ville qui parvient à faire remarcher les paraplégiques. En montrant comment des personnes paralysées des jambes apprennent à remarcher, Grégoire Courtine et Jocelyne Bloch ont posé la première pierre d’un miracle technologique au retentissement mondial (lire encadré).

Cette révolution scientifique en marche est aujourd’hui renforcée par un deuxième espoir pour les paraplégiques. Après les implants, c’est en effet au tour de la robotique de contribuer à remettre les paralysés des jambes sur pied. Le tout, et c’est le plus important, sans aide extérieure.

La scène se passe mardi après-midi, sur le campus de l’EPFL. Silke Pan, l’ancienne acrobate devenue paraplégique suite à un accident de trapèze, s’extirpe de son fauteuil roulant à la force de ses bras. Elle s’assied seule sur un tabouret où l’attend l’exosquelette Twiice One, qu’elle a aidé à développer. Ce dispositif d’assistance à la marche conçu au Laboratoire de systèmes robotiques (LSRO) de l’EPFL se compose de deux jambes articulées motorisées, d’une batterie dorsale et de béquilles, dont une dotée d’une manette pour commander l’appareil. Une montre connectée où s’affichent notamment les possibilités de l’armure (marche lente, marche rapide, assis, debout, escaliers) complète l’équipement.

Verticalité sur commande

Silke Pan s’appuie sur ses béquilles, enclenche l’exosquelette en mode «debout». Un léger bip se fait entendre. La femme paraplégique se lève. Et marche. «Que ça fait du bien d’être dépliée», sourit l’athlète de handisport.

La scène est émouvante, Silke Pan rayonne et évoque la première fois où elle est parvenue à se redresser. C’était il y a deux ans, grâce à la première version de l’exosquelette, qui lui a notamment permis de remporter le Cybathlon de Düsseldorf.

Plus légère, moins lourde, plus performante que tout ce qui existe sur le marché, la nouvelle version de l’exosquelette permet surtout à son utilisateur de pouvoir s’en servir seul. Il fallait à l’époque trois personnes pour installer Silke Pan dans son exosquelette.

Sensation d'apesanteur

«La première fois que je me suis retrouvée debout, après être restée assise pendant neuf ans, c’était incroyable! Les sensations sont assez proches de ce que je ressentais à l’époque, mais ce n’est pas tout à fait la même chose. Je ne sens plus mes jambes, j’ai donc la sensation de flotter un peu, comme si j’étais sur des échasses télécommandées», image la jeune femme, qui déambule au milieu d’une assistance impressionnée.

Les pas s’enchaînent avec une apparente facilité, dont on devine tout de même qu’elle résulte d’un long travail. «Lorsque je marche, je dois chercher mon équilibre avec les épaules et non plus avec les pieds, le bassin ou les hanches. Une autre difficulté est de veiller à poser mes béquilles en dehors de mon chemin tout en regardant droit devant moi», poursuit Silke Pan, qui enchaîne avec l’action la plus spectaculaire de la démonstration: monter et descendre des escaliers.

«Nous avançons vers une nouvelle ère pour les personnes victimes de lésions de la moelle épinière. Il y a désormais un espoir»

«Grâce à l’exosquelette, même si la paralysie est toujours là, on parvient à refaire ce que l’on pensait réservé aux valides. Entre ces deux mondes, les barrières tombent. Nous avançons vers une nouvelle ère pour les personnes victimes de lésions de la moelle épinière. Il y a désormais un espoir.»

Et l’espoir, c’est ce qui nous fait avancer», poursuit la jeune femme, qui imagine désormais un quotidien où l’exosquelette aurait toute sa place. «Je rêve de l’avoir dans le coffre de ma voiture. Lorsque je ne l’ai pas, être debout me manque.»

Mais la route est encore longue avant que le rêve de Silke Pan devienne réalité. C’est à cette mission que va désormais s’atteler la start-up Twiice, qui conçoit des armures adaptées à d’autres morphologies en collaboration avec des partenaires industriels (Sonceboz et Fischer). «La question du remboursement de ce genre d’appareils, dont les prix peuvent varier de 80'000 à 150'000 francs, est cruciale. Il s’agit d’expliquer aux assurances que les exosquelettes représentent un véritable gain, notamment économique, pour la société», détaille Tristan Vouga, fondateur de la jeune pousse. (24 heures)

Créé: 07.11.2018, 06h44

Trois patients remis sur pied grâce à des implants

La nouvelle aux allures de miracle publiée dans «Nature» et «Nature Neuroscience» a fait le tour du monde, la semaine dernière. Des chercheurs de l’EPFL et du CHUV ont réussi à faire marcher à nouveau trois patients paraplégiques grâce à une stimulation électrique de la moelle épinière associée à une rééducation intensive.

Ces trois personnes ont subi, il y a plusieurs années, des lésions de la moelle épinière à la suite d’un accident de sport ou de la circulation. Elles sont aujourd’hui capables de marcher avec l’aide de béquilles ou d’un déambulateur.



Le protocole novateur de réhabilitation, développé depuis des années à l’EPFL par le neuroscientifique Grégoire Courtine, a été testé sur l’homme avec le concours de la neurochirurgienne Jocelyne Bloch. «C’est un premier pas important pour les paraplégiques», juge-t-elle. «Nous avons été en mesure de reproduire en temps réel la manière dont le cerveau active naturellement la moelle épinière», résume Grégoire Courtine.

Concrètement, des électrodes sont implantées au-dessus de ladite moelle épinière. Activé sur demande, l’implant permet une stimulation très ciblée de zones spécifiques, reproduisant les signaux que le cerveau lancerait pour produire la marche.

La précision de cette stimulation électrique (où et à quel moment) est la clé du succès.

Plus incroyable encore: après plusieurs mois d’entraînement intense, et ce même en l’absence de stimulation électrique, deux patients ont pu activer des mouvements des jambes et faire quelques pas. Il s’agit donc d’une certaine récupération neurologique, d’une croissance de nouvelles connexions nerveuses.

«Ma jambe gauche était complètement paralysée, témoigne David Mzee, Zurichois de 28 ans victime d’une mauvaise chute en 2010. Désormais, je peux faire une extension du genou de ma jambe sans stimulation électrique, fléchir ma hanche et même bouger mes orteils.» Il est en mesure de parcourir plus d’un kilomètre avec un déambulateur et de faire quelques pas sans assistance.

Pour les chercheurs, il s’agit désormais de confirmer ces résultats sur d’autres paraplégiques et de transformer ce protocole en un traitement largement accessible au quotidien, «à disposition partout dans le monde». Grégoire Courtine et Jocelyne Bloch ont fondé une start-up en vue de développer une «neurotechnologie sur mesure».

Marie Nicollier

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