Dans le vignoble, les moutons font le bonheur des vignerons

ViticultureDepuis l’hiver dernier, un troupeau d’une vingtaine de têtes s’ébroue joyeusement sur les coteaux de Lavaux.

Nicolas Pittet, vigneron à Villette, a toujours rêvé de voir des moutons dans ses vignes.

Nicolas Pittet, vigneron à Villette, a toujours rêvé de voir des moutons dans ses vignes. Image: VANESSA CARDOSO

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En regardant ses vignes, Nicolas Pittet a le sourire. Le vigneron, en charge du vignoble de 4,5 hectares que la Commune de Payerne possède à Villette et à Lutry, ne se lasse pas du spectacle des moutons qui arpentent désormais l’une de ses parcelles. «J’en ai toujours rêvé! Ils sont de formidables tondeuses et des fertilisants hors pair, et c’est un bonheur que de les voir trotter dans les allées, s’exclame-t-il. Pour moi qui aurais aimé être à la fois paysan et vigneron, c’est une forme de décroissance bienvenue, un retour aux traditions, à la vraie vie de la vigne.»

Un nettoyage sans faire de dégâts

Depuis le 2 octobre dernier, les vendanges une fois terminées, dix-huit bêtes de la race suffolk, haute sur pattes et particulièrement robuste, broutent en effet goulûment l’herbe d’une parcelle simplement entourée d’une fine clôture électrique. «En moins de quinze jours, elles sont capables de nettoyer plus d’un hectare sans faire le moindre dégât à la vigne», précise Philippe Michauville, moutonnier amateur qui a prêté ses bêtes à Nicolas Pittet pendant quelques semaines. Si les deux hommes se connaissent depuis de longues années, c’est pourtant l’initiative prise l’an dernier par Gilles Wannaz, dont le domaine viticole surplombe Cully, qui a mis la puce à l’oreille de son collègue de Villette.

Quand Gilles Wannaz, au hasard d’une conversation, s’ouvre de son envie d’accueillir des moutons dans ses vignes au peintre et réalisateur Frédéric Gonseth, infatigable arpenteur des pentes de Lavaux, celui-ci pense immédiatement à son ami Philippe Michauville qui, à côté de son métier de spécialiste en addictologie, élève une vingtaine de moutons sur les terres qui entourent son chalet du Vallon de Villard. Les deux hommes se rencontrent, sympathisent, et le troupeau du moutonnier amateur passe ainsi une partie de l’hiver 2014-2015, de début novembre à fin janvier, dans les vignes de Gilles Wannaz.

Fonction apaisante

«Remettre l’animal dans les vignes est l’un des principaux concepts de la biodynamie que je pratique depuis plus de dix ans. Nous avons fait des essais avec des lamas, des mulets, mais le mouton est plus adéquat, même si la race suffolk est sans doute un peu trop grande», souligne le vigneron de La Tour de Chenaux, avant de préciser: «De surcroît, les moutons, qui bénéficient chez nous d’une herbe sans pesticides ni herbicides, ont également une fonction apaisante, presque thérapeutique: ils embellissent le paysage hivernal et séduisent les promeneurs. C’est un plus pour Lavaux, un retour à un vignoble sans chimie, notamment à l’heure où l’utilisation d’un désherbant, le glyphosate, pose d’inquiétantes questions. Que je sache, le mouton, lui, n’est pas cancérigène…»

Gilles Wannaz, qui n’a toutefois pas encore fini de vendanger, attend avec impatience l’arrivée des moutons de Philippe Michauville au terme de leur étape à Villette: «Ils sont utiles et bienvenus après les vendanges, dès le mois de novembre, et avant le débourrement de la vigne, la pousse des bourgeons qui a lieu autour du mois d’avril, dit-il. C’est une opération gagnant-gagnant à tous égards: leur présence enrichit le terrain, nous fait gagner du temps, et donc de l’argent, et le moutonnier est assuré que ses bêtes sont bien nourries.»

Sauver les narcisses

A tel point que d’autres vignerons sont déterminés à s’engouffrer dans la brèche. «Quand Alain Chollet, dont le domaine est au-dessus du mien, a vu arriver les moutons sur ma parcelle, il a immédiatement manifesté son enthousiasme», raconte Nicolas Pittet. Vincent Chollet, dont le Domaine Mermetus s’étend sur les appellations Lutry, Villette, Epesses et Chardonne, n’est pas en reste: «Les fonctions de nettoyage et de fertilisation que les moutons assurent dans les vignes m’intéressent énormément. Et je me demande si nous ne devrions pas nous regrouper pour acheter un troupeau.»

Philippe Michauville, qui entend bien ne pas augmenter le nombre de ses bêtes pour satisfaire tout le monde, a une autre idée. «Je vais essayer de mettre en contact les vignerons et les moutonniers qui m’entourent au Vallon de Villard, dit-il. Qui sait? Une éventuelle collaboration pourrait en effet épargner quelques hectares de narcisses que le bétail piétine chaque année, au grand dam des promeneurs et de l’Association Narcisses Riviera.» Une nouvelle opération gagnant-gagnant, en somme.

Créé: 09.10.2015, 06h42

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