Au milieu du village, La Maison de Ville

L'esprit des pintesBernard et Ilda Hurel font vivre leur bistrot à Penthalaz depuis presque vingt ans

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La table traverse la salle sur toute sa longueur. De part et d’autre, des membres du service technique communal en habits fluo, un peintre en salopette blanche, des retraités aux cheveux gris et même un jeune avec un sweat à capuche. «C’est l’état des lieux de 9h», rigole Olivier qui préfère rester discret puisqu’il travaille dans le milieu judiciaire. «Notre réseau social à nous, renchérit à côté de lui Jean-Claude Andrey. On allume les employés communaux pour essayer de découvrir les petits secrets de la Muni.»

En ce mercredi matin, ils sont ainsi une bonne quinzaine de tous âges et de tous profils sociaux à prendre ensemble leur café à la Maison de Ville de Penthalaz. «C’est une chance d’avoir encore une vraie pinte dans notre village, souligne Christian Laffely. En plus la patronne est très sympa!»

Les bistrots ne manquent pourtant pas dans le village des bords de la Venoge: il y a en effet au moins cinq enseignes où l’on peut boire un verre ou se restaurer. Mais la Maison de Ville possède une double particularité: d’abord le bâtiment appartient à la Commune, et puis, surtout, il est le seul situé au cœur du vieux village, sur les hauts de la commune, face à Cossonay. «On est aussi juste à côté de l’église, ce qui fait qu’on y vient souvent après les cérémonies», relève Olivier. Officialité oblige, et même si le bâtiment n’abrite plus depuis bien longtemps les séances du Conseil communal, les résultats des élections y sont toujours proclamés.

Ilda et Bernard Hurel, les exploitants, ont débarqué à Penthalaz en 2001, il y a donc presque vingt ans. «On est arrivés ici par hasard, parce qu’on cherchait à reprendre une auberge avec un appartement», raconte la patronne. Le caractère jovial de cette Portugaise d’origine s’occupant de la salle a facilité l’intégration. Plus réservé, son mari a utilisé, lui, ses compétences culinaires pour se faire accepter. «C’est un amoureux de la cuisine, explique la patronne, toujours admirative. Il faisait déjà des gâteaux à 8 ans et il est capable de laisser mijoter un fond de sauce presque huit heures pour une recette de chasse.» Bernard Hurel hausse les épaules: «Je m’adapte aux demandes des clients. Mais c’est vrai que je sais tout faire: aussi bien un couscous pour dix personnes que de la cuisine plus élaborée.» Sans oublier de temps à autre une petite bouillabaisse pour faire honneur à ses origines marseillaises. Aujourd’hui à midi, ce sera jambon à l’os et gratin de pommes de terre pour les traditionalistes ou magret de canard à l’orange pour les amateurs de cuisine plus raffinée.

Mais les quelques instants de répit entre l’équipe du café du matin et les premiers habitués de l’apéro touchent à leur fin. Marcel et Janine Lombardet s’assoient à une table. Ils ont respectivement 91 et 90 ans et ont fêté récemment leurs 70 ans de mariage. «Ça fait plusieurs semaines qu’on n’est plus venus, parce que mon mari a eu un souci de santé. Mais ça nous a manqué!» explique la pétillante nonagénaire en commandant deux portos. «Ma maman est née dans la maison juste en face, et depuis bien longtemps on vient manger ici pour les grandes occasions.»

Deux messieurs entrent à leur tour et viennent s’asseoir à la table du couple: «Le Noir» et «Le Chanteur». «Ouais, mais le Chanteur, c’est de l’histoire ancienne, maintenant je déchante», ironise Jean Charlet avec un sens certain de la formule. «J’aime bien venir le matin boire mon café et lire le journal et je viens aussi souvent en fin de journée boire trois de Vinzel avec une équipe.» «Le Noir» n’était, lui, plus passé depuis longtemps. «J’étais en voiture et je me suis dit: tiens, si je retournais une fois à la Maison de Ville?» explique Gérald Benoit de son vrai nom. S’il n’habite plus au village, cet ancien tanneur-monteur-assureur apprécie toujours de passer serrer quelques mains. «Aussi parce que mes beaux-parents ont tenu le bistrot.»

Toute cette petite vie appartiendra toutefois bientôt au passé: Ilda et Bernard Hurel ont annoncé leur départ pour fin juin, afin que le chef puisse prendre une retraite bien méritée. La Commune en profitera pour rafraîchir les locaux, mais le nom des repreneurs n’est pas encore connu. Comme beaucoup de clients, Jean-Claude Andrey espère «que l’ambiance ne va pas trop changer».

Créé: 15.03.2020, 09h20

L'adresse

Maison de Ville
Route de la Gare 6
1305 Penthalaz
Tél: 021 861 10 58


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